22/06/2026
Quand la détresse devient un marché : le témoignage de Norma
Norma a 73 ans. Elle est retraitée. Comme beaucoup de personnes de son âge, elle vit avec les fragilités du temps, les problèmes de santé et les inquiétudes qui s’installent quand la vie se complique. Elle avait mis de côté quelques économies pour faire face aux imprévus, aux dépenses médicales, aux difficultés ordinaires de l’âge.
C’est dans cet état de vulnérabilité qu’elle a pris contact avec « Alicia », pseudonyme d’une femme active sur les réseaux sociaux, qui se présentait comme voyante, médium et spécialiste de prétendus « travaux occultes ».
Norma pensait trouver une écoute, un appui, peut-être une solution. Ce qu’elle dit avoir trouvé, c’est une mécanique de promesses, de paiements et de silence, dont le coût, pour elle, a été immense.
Le dossier transmis à l’Institut national des arts divinatoires (INAD) ne repose pas sur un simple récit de déception. Norma a remis à l’institut un témoignage détaillé, accompagné de justificatifs de paiement faisant apparaître, selon les éléments examinés, des versements pour un montant total de 4 811 euros. Une partie de ces sommes a été versée au profit d’« Alicia » ; une autre a été encaissée par la société Aveniroscope, également mentionnée dans le dossier.
Au départ, explique Norma, il y a eu les mots qui rassurent et la promesse qu’une situation douloureuse pouvait être “débloquée”. Puis sont venues les explications : il fallait entreprendre un “travail”, lever des obstacles, agir vite, ne surtout pas interrompre le processus. Pour donner du poids à son discours, Alicia aurait également mis en avant de prétendus allers-retours entre la France et le Maroc, présentés comme nécessaires à l’efficacité de ses interventions.
Puis les demandes d’argent ont commencé.
D’abord quelques sommes. Puis d’autres, plus importantes. Toujours la même logique : une nouvelle étape, un obstacle à lever, un “travail” à terminer. À chaque versement, la promesse d’un résultat proche. À chaque doute, la peur de tout compromettre si le paiement ne suivait pas.
Norma raconte une spirale. Une mécanique qui consiste à capter la confiance d’une personne fragilisée, à nourrir son espoir, puis à transformer chaque inquiétude en motif de paiement supplémentaire.
Et au bout de cette chaîne, il n’y a rien.
Seulement 4 811 euros envolés , les économies d’une femme âgée, mises de côté pour faire face aux dépenses de santé, aux imprévus et aux difficultés de l’âge.
Lorsque Norma demande des explications, puis le remboursement des sommes versées, les réponses se raréfient avant de cesser. Le dialogue laisse place au silence.
Saisi de cette réclamation, l’INAD a examiné les pièces transmises, puis écrit à Alicia pour lui exposer les faits dénoncés et proposer une issue amiable : le remboursement de 3 840 euros, soit 80 % des sommes versées, afin d’éviter des démarches plus contraignantes.
Aucune réponse satisfaisante n’a été apportée à ce courrier.
L’INAD le dit clairement : derrière les mots de “voyance”, de “travaux” ou de “blocages” à lever, ce dossier renvoie moins à une pratique sérieuse qu’à l’exploitation d’une croyance mise au service d’un commerce de la détresse.
Il faut appeler les choses par leur nom. Quand une personne âgée, malade ou isolée est enfermée dans une spirale de règlements, quand on lui fait croire que tout dépend du prochain versement, il ne s’agit plus d’accompagnement. Il s’agit d’une exploitation méthodique de la faiblesse humaine.
La souffrance d’une retraitée seule et isolée n’est pas un marché. La maladie n’est pas un filon.
Aujourd’hui, Norma a choisi de parler pour éviter que d’autres ne tombent dans le même piège. Son récit, appuyé par des justificatifs de paiement, par l’intervention formelle de l’INAD et par une tentative de règlement amiable restée sans réponse, vaut avertissement.
Norma se prépare désormais à déposer plainte avec le soutien de l’INAD.
Témoignage recueilli par l’Institut National des Arts Divinatoires (INAD).