11/10/2026
📂 🇲🇷 🪶 EL MOCTAR OULD DJAY : LA FORCE TRANQUILLE
/ Par Sidahmed Khlil
Il ne parle point ; il compte, il ne harangue point; il consigne,il ne promet point; il demeure.
El Moctar Ould Djay n'est point un Premier Ministre comme les autres; il est le produit le plus achevé, et le plus inquiétant, d'un système que la République mauritanienne a elle-même sécrété, puis qu'elle ne sait plus comment résorber : le technocrate compromis, rendu indispensable par ses propres compromissions.
L'Enfant terrible de la République
Il n'est point arrivé par la grande porte du suffrage, ni par la petite porte du militantisme; il est arrivé par la porte de service : celle du Budget, celle des chiffres, celle où l'on signe sans être vu, et où l'on s'enrichit sans être su.
Directeur Administratif et Financier à la Présidence de la République, il a vu le pouvoir; Administrateur Directeur Général de la SNIM, première mamelle de l'État, il a vu la rente; Directeur de Cabinet du Président de la République sous l'actuelle mandature, il a vu le secret.
Il a tout vu et, surtout, il a tout noté
C'est cela, l'enfant terrible : celui qui a trempé, il faut le dire sans fard et sans euphémisme, dans toutes les combines et dans toutes les combinaisons sordides que ce pays a connues depuis quinze ans. Non point par avidité vulgaire, ni par idéologie affichée, mais par disponibilité absolue, par cette docilité efficace qui, dans les palais, vaut toutes les vertus. Il était là, toujours là, là où il fallait un homme qui sache faire, et qui sache, surtout, se taire.
La Force tranquille, ou l'inertie comme pouvoir
Sa force, dès lors, n'est point charismatique; elle est structurelle. Elle n'est point morale; elle est physique.
Dans un régime où chaque clan détient le dossier susceptible de perdre l'autre clan, l'homme qui détient, lui, le dossier de tous les clans, devient, par définition, intouchable. Sa culpabilité, diffuse, devient son assurance-vie; sa connaissance, encyclopédique, des circuits, devient sa rente politique.
L'on l'a cru commis ; il est devenu commettant, l'on l'a cru exécutant; il est devenu condition.
C'est pourquoi sa démission, le vendredi à dix heures, n'a duré que cent vingt minutes. Non point parce qu'il aurait lutté, ni supplié, ni menacé; mais parce que le système, en le perdant, s'est aperçu, avec effroi, qu'il perdait son propre mode d'emploi.
Qui, sans lui, saurait où se trouve l'argent de la SOMELEC ?
Qui saurait comment boucler, sans bruit, le budget de GTA ?
Qui saurait, surtout, comment ne point avoir à l'expliquer ?
Le Président, frêle et indolent, a besoin d'un mur porteur qui ne lui fasse point d'ombre. Les Maîtres de l'Épée ont besoin d'un civil qui ne porte point d'uniforme. Les Maîtres de l'Or ont besoin d'un Premier Ministre qui connaisse leurs marges sans les étaler. L'Ailleurs, Abu Dhabi et Paris, ont besoin d'un interlocuteur qui parle la langue lisse des tableurs.
Ould Djay est ce mur
Cette Force tranquille, non point au sens mitterrandien du terme, qui supposait la sagesse, mais au sens mauritanien, qui suppose l'inertie : rien ne s'écroule, parce que rien ne bouge; rien ne bouge, parce qu'il tient tout.
L'Incontournable du présent, l'indispensable de l'avenir
Il faut lui reconnaître cela, avec la froideur de l'analyste, et sans l'indulgence du partisan : cette structure, froide, méthodique, presque clinique, d'incontournable du présent et d'indispensable de l'avenir.
Il n'est point aimé; il est utilisé.
Il n'est point admiré; il est craint, car l'on craint toujours, en Mauritanie, celui qui sait.
Il n'est point l'avenir du pays; il est le présent dont le pays ne parvient point à se défaire.
Il est l'enfant terrible que la République a grondé, le matin à dix heures, devant le peuple, pour le reprendre, à midi, dans ses bras, derrière les rideaux du Palais.
C'est ainsi que l'on gouverne, à Nouakchott : non point avec des hommes providentiels, mais avec des hommes nécessaires ; non point avec des vertueux, mais avec des incontournables.
Le peuple, lui, regarde le cabaret, il compte les heures.
Deux heures
Il comprend, avec une lucidité amère, que l'on ne change point d'architecte, quand on a bâti, avec lui, toutes les caves secrètes de la maison.
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