29/07/2026
Mort de Quentin Deranque : quand les accusés se retournent enfin contre leurs bourreaux
Cinq mois après le lynchage de Quentin Deranque à Lyon, deux militants antifascistes mis en examen dans ce dossier viennent de déposer plainte à leur tour contre une quinzaine de militants d'ultradroite. Une contre-attaque judiciaire qui remet en lumière ce que l'extrême droite et une partie des médias ont tenté d'effacer depuis février.
On croyait le récit figé : des militants identitaires, présentés en victimes, face à des antifascistes brutaux et sanguinaires. Cinq mois plus t**d, la réalité judiciaire vient sérieusement écorner ce storytelling bien huilé.
France Inter a révélé ce mardi que deux plaintes ont été déposées courant juillet par des personnes mises en examen dans la mort de Quentin Deranque, ce militant identitaire de 23 ans roué de coups le 12 février à Lyon, en marge d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan, et mort des suites de ses blessures quelques jours plus t**d. Ces plaintes, déposées pour violences avec préméditation, en réunion, avec armes et dissimulation du visage, visent quinze militants d'extrême droite présents ce jour-là.
L'une d'elles émane de Jacques-Élie Favrot, ancien assistant parlementaire du député Raphaël Arnault et ex-cadre de la Jeune Garde, ce collectif antifasciste dissous par le gouvernement l'été précédent. Favrot est aujourd'hui mis en examen pour complicité de meurtre par instigation, tandis que huit autres militants le sont pour homicide volontaire. Tous sont placés en détention provisoire depuis février.
Deux poids, deux mesures judiciaires
Voilà bien le cœur du problème que dénonce son avocat, Me Bertrand Sayn : deux procédures totalement disjointes. D'un côté, une information judiciaire confiée à trois juges d'instruction pour le meurtre de Quentin Deranque. De l'autre, une simple enquête préliminaire, menée par le seul parquet, sur les violences commises par les militants identitaires ce même 12 février. Deux dossiers que Me Sayn qualifie sans détour d'aberration, alors qu'ils concernent le même affrontement, la même journée, les mêmes protagonistes.
Ce traitement à deux vitesses prive la défense d'éléments qu'il juge essentiels : les perquisitions menées chez les militants d'extrême droite, les téléphones saisis, tout un matériel qui pourrait éclairer la vérité sur ce qui s'est réellement passé ce jour-là. En portant plainte, la défense espère se constituer partie civile et enfin obtenir l'accès à ce dossier qu'on lui refuse.
Ce que les vidéos montrent, et que certains auraient préféré cacher
Car depuis février, le récit d'une agression à sens unique tient de moins en moins la route. Une vidéo révélée par Le Canard enchaîné dès le 17 février montre deux groupes s'affronter violemment, et permet d'identifier clairement des militants d'ultradroite lyonnaise habillés de noir, équipés pour en découdre : béquille, parapluie, bombe lacrymogène, fumigène. Selon l'hebdomadaire, ce seraient les identitaires qui auraient lancé les premiers projectiles.
Pour l'avocat de Jacques-Élie Favrot, ces images parlent d'elles-mêmes : ces militants étaient très clairement là à dessein, alors qu'ils avaient d'abord été présentés comme de simples victimes venues soutenir pacifiquement le collectif Némésis. Il va plus loin et dénonce une entreprise de désinformation massive dont ses clients auraient été la cible.
Un contexte que l'extrême droite voudrait faire oublier
Rappelons ce que cette affaire tente de dissimuler depuis le début : le 22 février, une enquête révélait déjà que Némésis s'était organisé de concert avec des militants néofascistes pour tendre des guets-apens à des militants de gauche. Loin de l'image d'un collectif féministe pacifique, c'est bien une stratégie de provocation concertée qui se dessine, avec pour objectif de faire porter le chapeau à l'antifascisme.
Pendant que la machine médiatique et une partie de la classe politique s'empressaient de désigner des coupables tout trouvés, l'enquête, elle, prenait son temps. Et elle commence, cinq mois plus t**d, à raconter une tout autre histoire que celle qu'on nous a vendue en boucle au lendemain du drame.
La mort de Quentin Deranque reste un drame. Mais faire de ce drame l'arme d'un procès politique contre l'ensemble de la gauche antifasciste, en occultant sciemment le rôle actif de l'ultradroite dans l'escalade de la violence, relevait depuis le début de la manipulation pure. Cette double plainte est un premier pas pour rétablir un peu d'équité dans un dossier où la justice, jusqu'ici, semblait avancer à deux vitesses selon la couleur politique des mis en cause.
Sources : Libération, l'Humanité, France Info
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