05/05/2026
🔴 Les actes de notre colloque « La question migratoire aujourd’hui », organisé le mardi 24 février 2026, sont en ligne.
En se tenant à distance des postures qui traversent le débat public, notre Fondation a souhaité proposer des analyses raisonnées sur les causes et les conséquences de l’augmentation et de la diversification des flux migratoires en France, tout en replaçant cette question dans sa dimension européenne et mondiale.
Sont intervenus à cette fin : Gérard-François Dumont, recteur, professeur à Sorbonne Université, président de la r***e Population et Avenir ; Aquilino Morelle, auteur de plusieurs essais publiés chez Grasset dont La France au miroir de l'Amérique : quand les progressistes font triompher le populisme ; Renaud Large, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, et coordinateur de l’enquête « La troisième gauche » (juin 2025) ; et Didier Leschi, préfet, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), auteur de Ce grand dérangement : l'immigration en face (Gallimard, 2023).
Après une introduction de notre présidente Marie-Françoise Bechtel, Gérard-François Dumont a établi, exemples et chiffres, à l’appui, une synthèse des caractéristiques des migrations internationales au XXIe siècle. Il a évoqué les facteurs migratoires classiques - politiques, économiques et démographiques - ainsi que les changements majeurs qui, ces dernières années, ont engendré un « nouveau système migratoire international », tandis que le nombre d’immigrants dans le monde est passé de 161 millions en 1995 à 304 millions en 2024 : l’effet flux, la diminution de l’espace-temps, les technologies de l’information et de la communication, l’effet diasporique et le dividende politique migratoire. L’exposé s’est conclu par une invitation à distinguer le solde migratoire positif des personnes nées à l’étranger du solde négatif des natifs français, condition nécessaire pour comprendre la question migratoire et apporter des réponses adéquates.
Aquilino Morelle a ensuite éclairé la manière dont la question migratoire se pose en France en opérant un détour par les États-Unis. Il a rappelé les différentes phases d’une histoire migratoire bien plus contrastée qu’on ne le croit, évoquant notamment les quotas stricts instaurés par la loi de 1924, ou encore la politique, tout sauf laxiste, des prédécesseurs démocrates de Joe Biden, à l’instar de Barack Obama, qui procéda à l’expulsion de 2,7 millions d’immigrés clandestins, parallèlement à la régularisation de 800 000 « dreamers ». Son propos s’est achevé par des considérations sur l’évolution, ces dernières décennies, du positionnement des gauches françaises sur le sujet migratoire, Aquilino Morelle appelant de ses vœux l’avènement d’une gauche « capable de porter un regard lucide sur les réalités démographiques et sociales du pays, ainsi que sur la volonté clairement exprimée par le peuple français à travers les différentes enquêtes et dans les urnes ».
Renaud Large a quant à lui expliqué qu’un nouveau paradigme migratoire avait émergé après la crise de 2015 : celui d’une « troisième gauche », qui articule régulation stricte de l’immigration, intégration par le travail, cohésion nationale et défense de l’État-providence. Portée notamment au Danemark par Mette Frederiksen, cette ligne a permis aux sociaux-démocrates danois de revenir au pouvoir en 2019, puis d’être reconduits en 2022. Si certains pays, comme l’Espagne, font figure de contre-exemples, elle inspire selon lui un nombre croissant de mouvements de gauche en Europe, notamment en Suède, où les sociaux-démocrates atteignent 34 à 37 % dans les sondages, ou encore au sein du Blue Labour britannique. Elle pourrait, à terme, servir de modèle à une gauche française qui demeure aujourd’hui « dans une position rigoureusement inverse de celle de la troisième gauche » décrite dans son exposé.
Didier Leschi, enfin, a donné son point de vue sur les spécificités de la situation française et expliqué en quoi l’immigration était selon lui, dans un contexte de désindustrialisation, de crise du logement et de pression accrue sur les services publics, « devenue le révélateur de nos difficultés sociales et économiques ». Il ressort, notamment, de son exposé la nécessité de réguler pour mieux intégrer ainsi que de promouvoir « la préférence travail », c’est-à-dire de faire en sorte que la politique de formation soit pensée et planifiée à long terme en fonction des besoins sociaux du pays.
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Le cahier imprimé du colloque « La question migratoire aujourd’hui » est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.