19/06/2026
Les actes de notre séminaire « La Russie », organisé le mardi 31 mars 2026, sont désormais en ligne.
En se tenant à distance des simplifications qui dominent le débat public, plus encore depuis le déclenchement de la guerre d’Ukraine, la Fondation Res Publica a souhaité proposer des analyses équilibrées des réalités qui caractérisent la Russie contemporaine, qu’il s’agisse de sa situation socio-économique, de son organisation politique ou de ses ambitions géopolitiques, en cherchant à la comprendre dans sa vision propre du monde comme dans sa projection vers l’avenir.
Sont intervenus à cette fin : Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe et chercheur associé à l’IRIS ; Jean-Robert Raviot, docteur en science politique, professeur de civilisation russe et soviétique à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense et auteur du Logiciel impérial russe ; et Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France à Moscou, directeur de recherches à l’IRIS et auteur de nombreux ouvrages consacrés à la Russie et aux relations internationales.
Après une introduction de notre présidente Marie-Françoise Bechtel, Arnaud Dubien a dressé le tableau d’une société russe désormais structurée en quatre blocs : la « Russie partie » (physiquement ou mentalement), la « Russie des capitales », la « Russie profonde » et la « Russie combattante ». Il a ainsi mis en lumière les évolutions des mentalités depuis le début de la guerre en Ukraine, les fractures territoriales et sociales du pays, le rapport ambivalent des Russes à l’État, ainsi que les attentes d’une population marquée par les incertitudes économiques et aspirant, selon sa formule, à davantage de justice sociale - un enjeu majeur des élections législatives de septembre 2026 - et à un « retour à la vie normale ». Il a également souligné que les Russes se montraient de moins en moins optimistes quant à l’issue du conflit, tout en rappelant que 83 % d’entre eux soutiendraient Vladimir Poutine s’il signait demain un accord de paix.
Jean-Robert Raviot a ensuite proposé une réflexion historique et géopolitique sur ce qu’il nomme le « logiciel impérial russe ». Revenant sur le temps long de la construction de l’État russe, il a analysé les ressorts du « moscopolitisme » - une dynamique appelée, selon lui, à perdurer dans les décennies à venir -, la place centrale de la préservation de l’unité territoriale dans la pensée stratégique russe, le rapport à la frontière, ainsi que les racines profondes de la guerre d’Ukraine et des incompréhensions réciproques qui alimentent aujourd’hui les tensions entre la Russie et les puissances occidentales.
Jean de Gliniasty a enfin examiné l’état des relations entre l’Europe et la Russie. Revenant sur l’échec progressif des tentatives de rapprochement engagées après la fin de la guerre froide et sur la dégradation continue des rapports entre Moscou, l’Union européenne - notamment depuis ses élargissements à l’Est - et l’OTAN, il a replacé la rupture actuelle dans une perspective historique plus large. Son intervention a également mis en lumière les divergences croissantes entre les intérêts européens et américains, les limites de la diplomatie européenne face au conflit ukrainien, ainsi que la nécessité de réfléchir à une future architecture de paix et de sécurité en Europe, seule susceptible de permettre une recomposition durable des rapports entre Européens et Russes, une perspective qui lui paraît aujourd’hui difficile et lointaine.
Le débat final a rappelé la nécessité, pour dépasser les blocages actuels, de comprendre la Russie telle qu’elle est, et de restituer à la réflexion géopolitique la profondeur historique qui lui est nécessaire. Cet impératif irrigue également les deux textes annexés aux actes de ce colloque, eux aussi disponibles sur le site de la Fondation Res Publica : la note de conjoncture n° 164 du CEMI du 4 mai 2026, consacrée à « l’économie russe au premier trimestre 2026 », ainsi que la note de lecture rédigée par Marie-Françoise Bechtel sur l’ouvrage Le recommencement de l’histoire : d’une perestroïka l’autre, récemment publié aux Éditions Frantz Fanon par Natalia Routkevitch, jeune politologue franco-russe.
📎 https://fondation-res-publica.org/seminaire/la-russie/