01/04/2026
LA CENSURE TURQUE D’UNE CARTE DU XIe SIÈCLE
La Turquie ne se contente pas de turquiser tous les noms géographiques kurdes, d’effacer les traces historiques de la présence kurde en Haute Mésopotamie, depuis la nuit des temps, elle censure aussi les documents historiques.
Ainsi, une carte géographique en arabe, due à un savant ouïghour du XIe siècle, Mahmoud de Qashgar (actuellement dans le Xinjiang chinois), vient d’être censurée par le ministère turc de la Défense parce qu’elle mentionne le « pays des Kurdes » (Ard ul Aqrad) sur une région qui correspond au Kurdistan actuel. Ce pays ou terre des Kurdes sera d’ailleurs appelé “Kurdistan” dès 1150 par les conquérants turcs seldjoukides.
Le ministère de la Défense turc a mis sur son site internet une version « corrigée », c’est-à-dire expurgée de la mention « pays des Kurdes » de cette carte censée illustrer l’ancienneté des savoirs et sciences turcs. Cette manipulation n’a pas échappé aux historiens kurdes qui l’ont dénoncée. Le député DEM d’Agri (Ararat) Sirri Sakik a, dans une intervention au Parlement, interpellé le ministre turc de la Défense Yasar Guler. Devant les réactions, le ministère s’est contenté de retirer de son site cette carte, sans explication.
Pour l’anecdote, c’est un bibliothécaire et érudit kurde de Diyarbakir, Ali Emiri, qui avait découvert au XIXe siècle, une copie originale de cette carte qui a fait la fierté des Turcs ottomans. Il est vrai que dans l’empire ottoman, le pays kurde était du XVIe à la chute de l’empire appelé Kurdistan. Dans sa fameuse lettre au roi de France François Ier, le sultan ottoman Soliman le Magnifique se vantait d’être le souverain du pays de Roums (Grecs), d’Égypte, du Kurdistan, etc. Depuis 1924, le mot « Kurdistan » est devenu tabou et son usage interdit. Au point où, le gouvernement et les médias turcs, appellent le Kurdistan irakien « l’Irak du Nord » alors que cette région autonome est reconnue sous le nom du Kurdistan dans la Constitution irakienne et par la communauté internationale. Le gouvernement régional du Kurdistan est appelé par les Turcs « l’administration kurde du nord de l’Irak ».
L’obsession anti-kurde du régime turc ne connaît ni limites ni frontières. Alors que la Turquie a été visée par quatre missiles iraniens, le président turc a prévenu Donald Trump qu’en cas de soulèvement des Kurdes iraniens contre le régime de Téhéran, la Turquie interviendra militairement contre eux aux côtés de l’Iran.
Cela a au moins le mérite de la clarté et du sens très relatif de la logorrhée de « fraternité kurdo-turque » des dirigeants turcs.