10/06/2026
🦋🦗 Il y a quelques semaines, nous faisions le point sur la sentience des insectes. Les études convergent, plusieurs familles d’espèces ont une capacité à ressentir la douleur et peut-être à éprouver un large spectre d'émotions.
https://www.fondation-droit-animal.org/elevages-dinsectes-faillite-economique-et-morale/
Ces données éclairent d'une autre façon l'histoire de l'industrie des élevages d'insectes et notamment le cas Ÿnsect.
En 2011, la startup française naît sur une idée séduisante : élever des vers pour produire de la farine, des engrais et des composants pharmaceutiques. Une réponse à la pression démographique mondiale anticipée par la FAO dès le début des années 2000. En 2017, une première usine voit le jour (Dole, Jura) qui doit préfigurer l’inauguration en 2021 de la plus grande usine d’insectes au monde (Poulainville, Somme). Trois ministres sont présents, au total 600 millions d'euros investis dont 250 à 300 millions d'argent public (https://www.linkedin.com/posts/tom-bry-chevalier-6a53b711b_dans-une-tribune-parue-ce-jour-dans-lhumanit%C3%A9-share-7465328825728577537-Q3cJ/).
Mais les usines se révèlent rapidement défaillantes, les alertes internes se succèdent sans réponse, des licenciements massifs ont lieu, la cessation d'activité est prononcée (https://www.vakita.fr/fr/ynsect-du-reve-au-desastre/watch/490).
Le cas n'est pas isolé : en 2025, le Danois ENORM dépose le bilan (https://eagmark.net/news/danish-insect-producer-declares-bankruptcy), le Canadien Aspire Food Group est placé en redressement judiciaire (https://www.cbc.ca/news/canada/london/london-ont-cricket-plant-ordered-into-receivership-amid-41m-debt-bill-to-creditor-1.7533755), le Sud-Africain Inseco ferme à son tour (https://agfundernews.com/south-african-insect-ag-co-inseco-calls-it-quits-amid-power-cuts-pivots-we-ran-out-of-time).
Beaucoup analysent ces fiascos d’un angle purement économique : une croissance trop rapide, un marché mal identifié, des débouchés incertains. Ce diagnostic n'est peut-être pas faux mais il laisse de côté une question indispensable, celle du bien-être animal.
En 2020, entre 1 000 et 1 200 milliards d'insectes d'élevage ont été abattus (https://www.fondation-droit-animal.org/120-elever-des-insectes-et-des-licornes-lessor-dune-filiere/). Ce chiffre vertigineux prend une autre dimension à la lumière de ce que la science établit aujourd'hui : en 2023, plus de 60 organisations scientifiques et de protection animale, dont la LFDA, ont signé une déclaration estimant qu'il est assez probable qu'une grande partie des insectes soient sentients, et appelant à agir sans attendre pour leur bien-être.
La question n'est donc pas de savoir si les insectes ont le même niveau de conscience qu'un mammifère. Jeremy Bentham l'avait formulé dès 1789 : "La question n'est pas « peuvent-ils raisonner ? » ni « peuvent-ils parler ? » mais « peuvent-ils souffrir ? »" (https://pedagogie.ac-rennes.fr/sites/pedagogie.ac-rennes.fr/IMG/pdf/texte_de_bentham_sur_la_souffrance_animale.pdf). Si les insectes souffrent de leur élevage, et nous avons de bonnes raisons de le penser, alors cette industrie est moralement indéfendable.
Les faillites des élevages d’insectes ont été analysées comme des erreurs de marché. Mais même une filière rentable aurait été une catastrophe éthique.
Notre article complet → https://www.fondation-droit-animal.org/elevages-dinsectes-faillite-economique-et-morale/
Les élevages d'insectes s'effondrent : Ynsect, ENORM, Aspire… derrière la faillite économique d'une filière survalorisée, une faillite morale que personne ne veut nommer. Car les insectes, contrairement aux promesses de l'industrie, ne sont pas des animaux insensibles.