19/06/2026
La filière laitière française en décrochage
Alors que les cours du beurre et de la poudre de lait baissent, certaines laiteries demandent aux éleveurs de réduire leur production, faute de capacités de transformation suffisantes — et ce alors même que la production française est loin de ses records.
Le vrai problème est structurel : l'industrie laitière française n'a pas investi dans la modernisation de ses outils, contrairement à ses voisins européens. En France, on ajuste la production à l'outil industriel plutôt que l'inverse, et ce sont les éleveurs qui en paient le prix.
Pendant ce temps, certains groupes ont préféré s'internationaliser plutôt qu'investir en France. Pour rester compétitifs à l'export, ils ont besoin d'un prix du lait français bas — faisant des producteurs une variable d'ajustement permanente.
L'industrie a également raté le virage de certains segments porteurs (fromages pour pizza, restauration hors foyer), laissant la place à des produits européens dès que les prix du lait baissent ailleurs. Double peine pour les éleveurs.
Le paradoxe est saisissant : la demande mondiale en protéines laitières est en plein essor (seniors, sportifs, skyr…), mais la France demande à ses éleveurs de produire moins. Un renoncement collectif que l'auteur qualifie de scandale.
Alexis Descamps – Éleveur laitier dans le Loir-et-Cher