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22/11/2024

https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/11/22/les-descendants-d-immigres-se-disent-autant-discrimines-que-les-immigres_6408256_3224.html

Les descendants d’immigrés se disent autant discriminés en France que leurs parents
Une étude de l’Insee souligne d’un « paradoxe de l’intégration » pour les personnes aux descendances extra-européennes : alors qu’elles sont nées en France, elles déclarent plus souvent avoir subi des discriminations que les immigrés de même origine.

Par Julia Pascual

Fresque murale à Paris, le 13 juin 2019. <img src="https://img.lemde.fr/2024/11/22/0/0/3882/2587/664/0/75/0/7a1d792_1732257060336-000-1hh712.jpg" alt="Fresque murale à Paris, le 13&nbsp;juin 2019."> Fresque murale à Paris, le 13 juin 2019. JOEL SAGET / AFP
La situation sociale des descendants d’immigrés est meilleure que celle de leurs parents. Cela est vrai quelles que soient leurs origines : leur niveau de vie est plus favorable, leurs conditions de logement aussi. En revanche, les descendants d’immigrés déclarent autant que les immigrés avoir été discriminés. C’est ce qui ressort d’une enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiée jeudi 21 novembre et intitulée « France, portrait social. Edition 2024 ». Selon ces données, issues d’une enquête réalisée auprès d’environ 27 000 personnes âgées de 18 à 59 ans, menée avec l’Institut national des études démographiques, un quart des immigrés et des descendants d’immigrés « déclarent avoir connu “souvent” ou “parfois” des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années ».

La France compte 7,2 millions d’immigrés – dont 51 % sont des femmes et un tiers ont acquis la nationalité française –, soit 10,6 % de la population. Le pays compte également huit millions de descendants d’immigrés (dont 56 % n’ont qu’un seul parent immigré). Immigrés ou descendants, plus de 45 % d’entre eux sont originaires du continent africain.

Si l’on s’intéresse aux origines géographiques des personnes déclarantes, le vécu de discrimination varie de façon importante. Les descendants d’immigrés d’origine européenne sont « moins nombreux à rapporter des expériences de discrimination (13 %) que les immigrés des mêmes origines (19 %) ». En revanche, souligne l’Insee, il existe un « paradoxe de l’intégration » pour les individus aux descendances extra-européennes : « Alors qu’ils sont nés en France et y ont majoritairement effectué leur scolarité, ils déclarent plus souvent avoir subi de discriminations que les immigrés de même origine. » C’est le cas de 34 % des enfants d’immigrés d’origine asiatique et africaine, contre 26 % des immigrés de la première génération de même origine.

Plus prompts à déceler les traitements inégalitaires
Comment expliquer cet écart entre générations ? Pour l’Insee, il trouve sa source en partie dans le fait que les descendants d’immigrés ont des profils plus jeunes et plus diplômés donc plus prompts à déceler et à déclarer ces traitements inégalitaires.

De façon générale, l’origine géographique est le « premier facteur de discriminations », souligne l’étude. Ainsi, un immigré ou un descendant d’immigré d’Afrique (hors Maghreb) a près de trois fois plus de risques d’avoir été victime de discriminations dans les cinq dernières années qu’un immigré ou un descendant d’immigré d’Europe du Sud.

Les descendants d’immigrés non européens ont aussi plus de risques d’avoir été discriminés pendant leur scolarité. Ainsi, « 15 % des descendants d’immigrés du Maghreb déclarent avoir été moins bien traités que les autres élèves dans les décisions d’orientation, tout comme 14 % des descendants d’immigrés des autres pays d’Afrique ou encore de Turquie ou du Moyen-Orient (12 %) ». Cela ne concerne en revanche que 4 % des descendants d’immigrés d’Europe du Sud.

L’Insee s’est intéressé au sentiment que peuvent avoir les immigrés ou leurs descendants d’être perçus comme n’étant pas français et renvoyés à leurs origines. D’après les résultats de l’étude, un quart des immigrés du Maghreb et 30 % des descendants d’immigrés du Maghreb disent qu’on leur demande souvent leur origine. C’est aussi le cas de plus de 40 % des immigrés d’Afrique ou de leurs descendants. Et de plus du tiers des immigrés d’Asie ou de leurs descendants. « Sans être nécessairement associées à des comportements négatifs, plus ces situations sont fréquentes, plus le sentiment d’une altérité subie se renforce », explique l’Insee.

Plus de 45 % des immigrés considèrent ainsi ne pas être vus comme français. C’est beaucoup moins le cas de leurs descendants (20 %) même si la proportion augmente pour ceux de descendance africaine ou asiatique (29 %). Pour l’Insee, les descendants d’immigrés non européens « continuent à expérimenter l’altérisation connue par les immigrés, et celle-ci contredit leur aspiration à l’égalité de traitement et les conduit à mieux identifier les discriminations ».

Julia Pascual

Une étude de l’Insee souligne d’un « paradoxe de l’intégration » pour les personnes aux descendances extra-européennes : alors qu’elles sont nées en France, elles déclarent plus souvent avoir subi des discriminations que les immigrés de même origine.

Lutter contre la pauvreté pourrait s’avérer bénéfique pour l’économie françaiseÀ un jour de la présentation du projet de...
09/10/2024

Lutter contre la pauvreté pourrait s’avérer bénéfique pour l’économie française
À un jour de la présentation du projet de budget 2025 qui prévoit des coupes importantes dans les dépenses de l'État, un collectif d'une trentaine d'associations publie un rapport sur le coût de la pauvreté. Selon ce collectif, la pauvreté coûte à l'État près de 119 milliards d'euros par an.

Un sans-abri dort sur un matelas sous une ligne de métro aérien à Paris, le 30 juin 2024. (Image d'illustration)
JOEL SAGET / AFP Un sans-abri dort sur un matelas sous une ligne de métro aérien à Paris, le 30 juin 2024. (Image d'illustration) JOEL SAGET / AFP © Joël Saget / AFP
Par : Agnieszka Kumor
Le rapport intitulé Lutter contre la pauvreté : un investissement social payant a été réalisé à la demande du collectif Alerte, qui regroupe entre autres la fondation Abbé Pierre, Emmaüs, les Petits frères des pauvres ou encore le Secours catholique.

Selon cette étude, réalisée par le cabinet de conseil Oliver Wyman, 119 milliards d'euros sont dépensés chaque année par l’État pour réduire la pauvreté en France. Dans le détail, un peu plus de 51 milliards d'euros sont dépensés sous forme de minima sociaux ou autres accompagnements.

Mais la pauvreté engendre aussi des coûts indirects dans des domaines tels que l'éducation, la justice ou encore la santé. Ces surcoûts, qui comprennent aussi des recettes fiscales non perçues, s'élèvent à plus de 67 milliards d'euros par an.

L’inaction de l’État coûterait encore plus
Plus de neuf millions de personnes vivent en France sous le seuil de la pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1 216 euros par mois. Cette situation concerne 14 % de la population française.

Ce chiffre n'est pas nouveau. Ce qui l’est en revanche, c'est une approche économique de ce fléau, d’autant qu’en prenant les choses à l'envers, lutter contre la pauvreté pourrait s’avérer payant, estime le président du collectif Alerte, Noam Leandri : « Chaque euro que vous allez investir contre la pauvreté va générer des économies ailleurs au moins à hauteur d’un euro, si ce n’est plus. C’est une étude inédite en France parce qu’il n’y a jamais eu de calculs de ce qu’on appelle le coût bénéfice. C’est-à-dire combien cela me coûterait et combien cela me ferait gagner en matière de la lutte contre la pauvreté. Cela se pratique davantage au Canada, en Angleterre ou encore en Irlande ».

Un cercle vertueux pour l’économie
Mais selon le président du collectif Alerte, l'inaction pourrait coûter encore plus à l'État. Il assure même qu'un investissement supplémentaire de 8 milliards d'euros par an pourrait s'avérer bénéfique pour l'économie française : « Et ce parce que vous allez remettre ces personnes dans l’emploi, vous allez leur redonner de la dignité. Tout cela va avoir un effet positif sur l’économie. Cela va même augmenter la croissance économique. Une augmentation estimée à terme à un demi-point de PIB chaque année ».

Ces 8 milliards d’euros d’investissements seraient à répartir entre l'accompagnement des ménages, le retour à l'emploi ou encore les problèmes liés au logement.

Un plan de 60 milliards d’économies
Le collectif souhaite convaincre les parlementaires français d'adopter une loi qui engagerait l'État à réduire la pauvreté très fortement, voir à l'éradiquer, d'ici à la fin de la décennie. Mais il n'est pas sûr que le message soit entendu.

Pour l'heure, le gouvernement de Michel Barnier cherche exactement l'inverse. Jeudi 10 octobre, il doit présenter un plan de rigueur avec l'objectif de trouver au moins 60 milliards d'euros d'économies pour réduire le déficit public de la France.

À un jour de la présentation du projet de budget 2025 qui prévoit des coupes importantes dans les dépenses de l'État, un collectif d'une trentaine d'associations publie un rapport sur le coût de la pauvreté.…

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/09/28/europe-vers-un-nouveau-durcissement-sur-l-immigration_6337410_32...
28/09/2024

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/09/28/europe-vers-un-nouveau-durcissement-sur-l-immigration_6337410_3210.html

En Europe, l’obsession de l’immigration

Alors que les arrivées irrégulières ont baissé de 39 % depuis le début de l’année 2024, les dirigeants européens, de droite comme de gauche, reprennent les idées que l’extrême droite défend depuis quarante ans.

Par Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)

Depuis l’annonce par l’Allemagne, début septembre, du rétablissement des contrôles à ses frontières intérieures, l’Europe a remis au premier plan le débat sur l’immigration. Le premier ministre britannique travailliste, Keir Starmer, s’est rendu en Italie pour s’informer sur la politique migratoire restrictive de la présidente du conseil, Giorgia Meloni. Les Pays-Bas et la Hongrie ont officiellement demandé à la Commission européenne, mi-septembre, une dérogation pour ne plus participer à la politique migratoire commune en cas de révision des traités, tandis qu’en Autriche le sujet a dominé la campagne législative.

En France, à peine nommé au ministère de l’intérieur, Bruno Retailleau a annoncé, lundi 23 septembre, qu’il souhaitait mettre fin au « désordre migratoire », moins d’un an après la dernière loi restrictive sur le sujet, tandis que la première ministre danoise, la sociale-démocrate Mette Fredriksen, affirmait : « Nous devons malheureusement être très durs en matière d’immigration. » Désormais, résume-t-on à Bruxelles, il n’existe plus aucun tabou sur cette question.

Pourquoi un tel durcissement des discours, alors que les arrivées irrégulières ont baissé de 39 % depuis le début de 2024 (à 140 000 personnes) et que le million de demandes d’asile annuelles, certes à leur plus haut niveau, reste modeste au regard d’un continent de 450 millions d’habitants ? De droite comme de gauche, les dirigeants européens se sont raidis sur ce sujet et ils n’hésitent pas à emprunter les idées que l’extrême droite défend depuis quarante ans.

« Une manière de polariser le débat »

« D’un pays à l’autre, ces annonces sont souvent liées à des séquences électorales, note Matthieu Tardis, chercheur au centre de réflexion et d’action Synergies migrations. En Allemagne, le rétablissement du contrôle des frontières est intervenu après une lourde défaite du SPD [Parti social-démocrate] dans certains Länder face à l’AfD, le parti d’extrême droite, ainsi qu[’après] des faits divers tragiques [notamment l’attaque au couteau à Solingen par un réfugié syrien, le 23 août]. En France, la fermeté en matière de gestion migratoire est pour le nouveau gouvernement un marqueur politique fort. C’est devenu un totem et une manière de polariser le débat. »

Pour l’Allemagne et l’Autriche, « les récentes annonces sont la conséquence de dix ans d’accueil très important, rappelle Gerald Knaus, le président autrichien d’Initiative européenne de stabilité. Entre 2014 et 2023, l’Allemagne a accueilli 35 % des demandeurs d’asile en Europe, soit 2,5 millions de personnes, et reconnu le statut de réfugiés à 1,4 million d’entre elles. C’est près de la moitié de tous les réfugiés accueillis en Europe ». L’Autriche a accueilli, en proportion de sa population, le plus important contingent de réfugiés. « Après de grandes vagues d’arrivées, vous avez toujours un contrecoup, un retour à une politique protectionniste. Cela a été le cas aux Etats-Unis après chaque grande vague migratoire », remarque le politologue Ivan Krastev, du Centre pour les stratégies libérales de Sofia.

Ces dernières années, si les Allemands et les Autrichiens ont respecté les règles européennes, d’autres pays, notamment ceux de première entrée (Italie, Grèce) ne l’ont pas fait, refusant d’accueillir des demandeurs d’asile qu’ils doivent théoriquement prendre en charge. La Hongrie a pour sa part été condamnée en juin à 200 millions d’euros et à une astreinte de 1 million d’euros par jour par la Cour de justice de l’Union européenne pour ne pas avoir proposé de procédure de protection internationale. De quoi susciter de la rancœur à Berlin et à Vienne contre les politiques de ces pays.

Accord entre Bruxelles et Ankara sur les réfugiés

Le sujet est d’autant plus sensible que l’Europe a peiné à répondre d’une seule voix sur ce sujet. Depuis le début des années 2000, l’Union européenne (UE) a surmonté la crise financière, le Brexit ou la crise due au Covid-19, mais « elle n’a pas su résoudre de manière convaincante la crise migratoire de 2015. Elle n’a pas su montrer sa valeur ajoutée sur ce thème », juge Sébastien Maillard, de l’Institut Jacques Delors.

Au printemps, elle a bien bouclé un pacte sur la migration et l’asile, un ensemble de règles communes pour mieux encadrer les arrivées de demandeurs d’asile à ses frontières, mais il ne sera pas appliqué avant mi-2026. De fait, souligne Gerald Knaus, « depuis dix ans, on parle de changer les règles, mais, dans les faits, il ne s’est rien passé et les partis d’extrême droite ont prospéré ». Pour lui, le seul dispositif efficace a été l’accord entre Bruxelles et Ankara, qui a permis de fixer 4 millions de Syriens en Turquie. Depuis, la Commission a multiplié les accords migratoires, notamment avec la Tunisie et l’Egypte, à la fois très onéreux et qui entraînent souvent des violations des droits humains.

Néanmoins, quand il a fallu accueillir plus de 5 millions d’Ukrainiens chassés par la guerre, les Européens ont facilité leur installation dans le pays de leur choix, sans crise majeure, tout le contraire de la politique restrictive menée contre les migrants non européens. Malgré les discours antimigrants, « le sentiment relativement positif des Européens vis-à-vis de l’immigration ou de l’asile reste assez stable sur le long terme », constate Hélène Thiollet, politiste au CNRS.

Pour Virginie Guiraudon, chercheuse au CNRS également, c’est la façon dont l’Europe a construit sa politique migratoire qui peut expliquer l’orientation actuelle. « Depuis trente ans, les ministères de l’intérieur ont renforcé leur emprise sur ce sujet. Progressivement, la migration n’a été prise que sous le prisme sécuritaire. Auparavant, le sujet était abordé de manière bien plus large par les Etats, prenant en compte les aspects économiques, sociaux, démographiques ou diplomatiques. Conséquence, tout le monde se concentre sur la seule question des entrées irrégulières, une vision très partielle de ce qu’est l’immigration. »

Symétriquement, on demande aux « politiques migratoires de répondre à de nombreux problèmes, comme le chômage, l’insécurité, les divers trafics… Certes, ces sujets peuvent être liés, mais cela relève d’autres politiques publiques plus complexes et moins simples à appréhender qu’ouvrir ou fermer une frontière », juge encore la chercheuse. En réalité, estime Ivan Krastev, « aborder la question migratoire est une manière de répondre à une autre question, celle de la souveraineté territoriale. Un Etat doit montrer à son opinion publique qu’il peut maîtriser et contrôler ses frontières ».

« Les partis d’extrême droite rassurent »

Pour le politologue, le durcissement du discours sur la question migratoire répond aussi au vieillissement de la population européenne, qui perd confiance en elle. « Confrontés à l’arrivée de personnes d’autres continents, d’autres religions, les Européens voient progressivement leur environnement évoluer. Face à cette réalité, mal vécue par certains, les partis d’extrême droite rassurent, car ils leur promettent moins d’immigrés et semblent écouter leurs inquiétudes. En quelque sorte, en votant pour ces partis, ils migrent dans le passé. C’est un vote nostalgique. »
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Ivan Krastev : « Les Européens ne sont pas menacés par l’échec de leur modèle mais par ses succès »

Les dirigeants européens qui multiplient les déclarations chocs affichent deux objectifs : l’arrêt de l’immigration clandestine et l’organisation d’une immigration choisie de travail. Sur le premier plan, tout est fait pour éloigner des côtes européennes les exilés qui cherchent à y entrer, qu’ils relèvent ou non du droit d’asile. Depuis le printemps, de plus en plus d’Etats font pression pour que la Commission travaille sur l’externalisation des demandeurs d’asile dans des pays tiers sûrs, sur le modèle que l’Italie développe avec l’Albanie. Les Européens espèrent dissuader les candidats tentant de rejoindre l’UE avec ces projets qui sont juridiquement complexes et particulièrement onéreux.

Le risque du durcissement des politiques migratoires, c’est le démantèlement de la législation nationale et internationale de l’asile et de la protection des réfugiés, et, plus largement, une atteinte à l’Etat de droit et à la hiérarchie des normes, qui veut que le droit national soit conforme aux droits international et européen. Depuis des années, la droite et l’extrême droite demandent, notamment en France, que le droit national en matière de migration prenne le pas sur les engagements internationaux. « Avec les débats actuels sur le sujet, conclut Sébastien Maillard, on ne voit pas où cela peut s’arrêter, tant en France qu’en Europe. »

Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)

Alors que les arrivées irrégulières ont baissé de 39 % depuis le début de l’année 2024, les dirigeants européens, de droite comme de gauche, reprennent les idées que l’extrême droite défend depuis quarante ans.

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14/09/2024

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Italie : six ans de prison requis contre Matteo Salvini pour avoir refusé de laisser accoster des migrants en 2019

L’ex-ministre de l’intérieur d’extrême droite avait mis en œuvre la politique des « ports fermés » en vertu de laquelle l’Italie refusait l’entrée aux navires humanitaires qui secouraient les migrants en Méditerranée.

Le Monde avec AFP

Les procureurs italiens ont requis, samedi 14 septembre, une peine de six ans de prison à l’encontre de Matteo Salvini, vice-premier ministre italien d’extrême droite, pour avoir empêché des migrants de débarquer dans un port italien en 2019. M. Salvini, qui fait partie de la coalition de la première ministre, Giorgia Meloni, est jugé pour privation de liberté et abus de pouvoir présumés pour avoir maintenu 147 migrants en mer pendant des semaines sur un navire géré par l’organisation caritative Open Arms.

« L’accusation a demandé que l’ancien ministre de l’intérieur Salvini soit condamné à six ans de prison », a déclaré à l’Agence France-Presse l’avocat d’Open Arms, Arturo Salerni, alors que les débats touchent à leur fin. Le verdict de ce procès, qui a débuté en octobre 2021, devrait être rendu le mois prochain, a-t-il ajouté.

M. Salvini n’était pas présent à l’audience. Il avait auparavant publié sur Facebook : « Je le referais si j’avais à le refaire : défendre les frontières contre les migrants illégaux n’est pas un crime. » « Il est incroyable qu’un ministre de la République risque six ans de prison pour avoir fait son travail en défendant les frontières de la nation, comme l’exige le mandat qu’il a reçu de ses concitoyens », a-t-il ajouté sur X.

Conditions sanitaires désastreuses

Au moment de résumer son réquisitoire, le procureur Geri Ferrara, du tribunal de Palerme, a estimé qu’« un principe-clé n’est pas discutable : entre les droits de l’homme et la protection de la souveraineté de l’Etat, les droits de l’homme doivent prévaloir dans notre système heureusement démocratique ».
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Immigration : le durcissement allemand provoque des débats tendus en Europe

Le navire est resté bloqué en mer pendant près de trois semaines avant que les migrants soient finalement autorisés par la justice à débarquer sur l’île italienne de Lampedusa. Les membres d’Open Arms avaient assuré que l’état physique et mental des migrants avait atteint un point critique lorsque les conditions sanitaires à bord étaient devenues désastreuses, notamment en raison d’une épidémie de gale. M. Salvini, chef du parti anti-immigration de la Ligue et ministre de l’intérieur à l’époque, a déclaré en janvier qu’il avait estimé que « la situation n’était pas dangereuse » à bord du navire.

En 2019, alors qu’il participait au gouvernement de Giuseppe Conte, il avait mis en œuvre la politique dite des « ports fermés » en vertu de laquelle l’Italie refusait l’entrée aux navires humanitaires qui secouraient les migrants en Méditerranée. Une grande partie du procès a consisté à déterminer si la responsabilité de cette affaire incombait au gouvernement de M. Conte ou à M. Salvini seul. Il a déjà été poursuivi pour un chef d’accusation similaire, mais les poursuites ont été annulées par un tribunal de Catane en 2021.

Le Monde avec AFP

L’ex-ministre de l’intérieur d’extrême droite avait mis en œuvre la politique des « ports fermés » en vertu de laquelle l’Italie refusait l’entrée aux navires humanitaires qui secouraient les migrants en Méditerranée.

https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2024/09/08/la-longue-histoire-du-paris-des-arabes_6307041_6116995.htm...
08/09/2024

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La longue histoire du Paris des Arabes
Chronique
auteur

Jean-Pierre Filiu, Le Monde

Professeur des universités à Sciences Po

La capitale française a constitué une référence fondamentale pour des générations d’intellectuels et de politiciens arabes qui y ont vécu, étudié ou publié.

« Français et Arabes ont en commun, sur le plan de l’honneur, leur conception de la vaillance, leur franche expression de la vérité, ainsi que d’autres traits de l’exigence morale. » L’auteur de ces lignes est Rifaa Tahtawi, chroniqueur égyptien de la révolution française de 1830, qu’il a suivie heure par heure depuis Paris. Cet imam de l’université cairote d’Al-Azhar, la plus prestigieuse du monde islamique, était alors le chaperon d’une délégation de boursiers du gouvernement égyptien, envoyés dans la capitale française pour y étudier durant de longues années.

Il a tiré de cette expérience la matière de « L’Or de Paris », publié en 1834 au Caire, où il « exhorte » ses coreligionnaires à « rechercher les sciences, les arts et les métiers » qui, selon lui, « existent à l’état de perfection » en France. Mais Tahtawi n’est qu’une des très nombreuses personnalités arabes dont la vie a littéralement basculé sur les bords de la Seine, ainsi que le rappelle Coline Houssais dans son « Paris en lettres arabes », récemment publié chez Actes Sud (240 pages, 23,80 euros) et nourri d’une impressionnante documentation.

Des « Mille et une nuits » aux « mamelouks »

Le pionnier de ces Arabes de Paris est, à bien des égards, Gabriel Sionite, l’appellation francisée de Jibril Al-Sahyuni, un moine maronite du Liban qui a résidé dans la capitale de 1614 à 1642. Il y a contribué à une éphémère imprimerie arabe, à de nombreuses traductions vers le français et le latin, tout en dispensant des cours d’arabe aux futurs représentants de la France au Levant. Mais il est aussi le premier de ces savants arabophones à être invisibilisé par les orientalistes français, qui s’attribuent l’entier mérite de tels travaux, réduisant leurs collaborateurs arabes à n’être que des « correcteurs » ou des « typographes ». C’est ainsi qu’Antoine Galland devient fameux, en 1717, pour sa version française des « Mille et une nuits », alors que certains des contes les plus célèbres, comme ceux d’Ali Baba et de Sindbad, ont été transmis par le très polyglotte Hanna Dyab, venu d’Alep jusqu’à Paris avec Galland, et demeuré ensuite dans son ombre.

L’expédition menée par le général Bonaparte en Egypte, en 1798, s’achève, trois ans plus t**d, sur une défaite de l’armée française, qui, pour soustraire ses partisans locaux aux représailles, en ramène plusieurs centaines sur ses bateaux. Ces « réfugiés d’Egypte » sont désignés sous le terme générique de « mamelouks », alors que la plupart d’entre eux n’ont pourtant aucune fonction militaire. Elias Pharaon, qui fut l’interprète en Egypte de Bonaparte, est promu consul de France pour les îles Ioniennes. Raphaël Zakhour forme à l’arabe une génération de savants français, dont l’égyptologue Champollion. C’est dans le cadre de ces denses relations entre la France et l’Egypte que s’inscrit le séjour de Tahtawi à Paris, de 1826 à 1831, avant que le 97 boulevard Saint-Michel accueille, de 1844 à 1849, une « École militaire égyptienne » à l’attention des futurs officiers venus du Caire.

La « capitale de l’Orient en Occident »

Ainsi que le souligne Coline Houssais, « Paris s’impose petit à petit comme la capitale de l’Orient en Occident », même si l’expansion coloniale en Afrique du Nord suscite de vifs débats chez les intellectuels arabes face à un tel « paradoxe français ». L’attrait des études à Paris reste néanmoins irrésistible pour certains des plus grands noms de la littérature arabe, comme Ahmed Chawki, le « prince des poètes » de l’Egypte, de 1892 à 1894, Khalil Gibran, l’auteur libanais du « Prophète », de 1908 à 1910, ou Taha Hussein, le romancier aveugle et futur ministre égyptien de l’Éducation, de 1914 à 1919. Et c’est à Paris, dans les locaux qui sont toujours ceux de la Société de géographie, au 184 boulevard Saint-Germain, que se tient en 1913 le congrès fondateur du nationalisme arabe. La France encourage en effet les revendications arabes dans l’Empire ottoman, tout en réprimant le même nationalisme arabe dans les départements français d’Algérie, ainsi que dans les protectorats français sur la Tunisie et le Maroc.

C’est cependant à Paris que sont fondées, en 1926, l’Etoile nord-africaine et, l’année suivante, l’Association des étudiants musulmans nord-africains, deux organisations fondamentales pour l’affirmation des nationalismes au Maghreb. Ces réseaux militants retournent alors contre le colonialisme français les mêmes valeurs de la Révolution de 1789 dont ils se sont imprégnés à Paris. C’est à l’Ecole libre des Sciences Politiques, la future Sciences Po, qu’étudie Habib Bourguiba, de 1926 à 1928, avant de devenir le champion de l’indépendance tunisienne, puis le « président à vie » de son pays émancipé. Coline Houssais rappelle comment « le soufflé de l’euphorie des indépendances est rapidement retombé » dans le monde arabe, d’où l’installation à Paris de nombreux opposants. Dans cette capitale où ils croyaient être en sécurité, certains seront néanmoins assassinés, qu’il s’agisse du Marocain Mehdi Ben Barka – enlevé et disparu – en 1965, du Syrien Salaheddine Bitar en 1980 ou de l’Algérien Ali Mecili en 1987, ces trois meurtres restant impunis.

La Ville Lumière a bel et bien ses zones d’ombre. Et ce n’est pas le moindre intérêt de la fresque brossée dans « Paris en lettres arabes ».

Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po)

CHRONIQUE. La capitale française a constitué une référence fondamentale pour des générations d’intellectuels et de politiciens arabes qui y ont vécu, étudié ou publié.

Le scandale des médecins étrangersAlors que nous manquons de médecins dans les hôpitaux, plus de 1 000 médecins à diplôm...
26/08/2024

Le scandale des médecins étrangers

Alors que nous manquons de médecins dans les hôpitaux, plus de 1 000 médecins à diplômes hors Union Européenne (PADHUE) n’ont toujours pas de postes du fait de l’absence de publication d’un décret en attente depuis plusieurs mois.
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Christophe Prudhomme

Médecin au Samu 93

Alors que nous manquons de médecins dans les hôpitaux, plus de 1 000 médecins à diplômes hors Union Européenne (PADHUE) n’ont toujours pas de postes du fait de l’absence de publication d’un décret en attente depuis plusieurs mois. En effet, les modalités de reconnaissance de leurs diplômes constituent un vrai chemin de croix, alors que la grande majorité de ces médecins sont présents depuis des années en France et que les chefs de service qui les ont encadrés ont largement validé leurs compétences.

Ils exercent d’ailleurs la plupart du temps seuls et en pleine responsabilité, y compris lors des gardes de nuit et de week-end, alors que la loi prévoit normalement que leurs décisions doivent être validés par un médecin titulaire. Mais le gouvernement a mis en place en examen avec un nombre de places limité, ce qu’il faut bien appeler un concours, alors qu’il s’agissait simplement de valider leurs compétences et non pas de limiter le nombre de médecins reçus.

Ainsi, alors que nous manquons cruellement de médecins, certains sont repartis dans leurs pays, parfois même sous la contrainte de mesures d’expulsion prises par les préfets, et d’autre sont maintenus dans des situations précaires avec un simple statut d’étudiant assorti d’une rémunération de 1 700 euros brut alors qu’ils assurent une activité identique à celle des médecins hospitaliers titulaires.

Un seul exemple éclaire ce scandale, c’est celui d’un médecin occupant un poste de psychiatre à Millau qui, devant l’absence de possibilité de régulariser sa situation, est reparti dans son pays, ce qui a entraîné la fermeture de la consultation qu’il assurait, laissant les patients sans aucun recours car, face aux problèmes de démographie médicale que connaît notre pays, il n’a pas été remplacé.

Cette situation est inacceptable et constitue un nouvel exemple de la politique de casse de l’hôpital public organisé méthodiquement par le gouvernement illégitime encore en place. En effet, ce dernier a publié en urgence le 3 juillet des textes entérinant un fonctionnement dégradé des services d’urgence et il bloque le décret qui permettrait à de nombreux hôpitaux de pouvoir maintenir en poste des médecins qui, s’ils quittent leurs fonctions, entraîneront de nouvelles fermetures de lits et de services.

En début d’année, le premier ministre évoquait la possibilité de faire appel à des médecins étrangers pour répondre aux besoins dans les déserts médicaux. Aujourd’hui, alors qu’il continue à assurer sa fonction malgré son statut de démissionnaire, il ne remplit pas sa fonction en laissant ce dossier en souffrance.

On voit bien là sa duplicité ainsi que celle du ministre de la Santé, avec des discours lénifiants déversés dans des médias complaisants en contradiction totale avec la réalité de terrain. Nous avons donc là un nouvel exemple de l’urgence de la mise en place d’un nouveau gouvernement capable de mettre en œuvre une politique de rupture avec ce que nous avons connu depuis maintenant trop longtemps sous le mandat d’E. Macron.

Alors que nous manquons de médecins dans les hôpitaux, plus de 1 000 médecins à diplômes hors Union Européenne (PADHUE) n’ont toujours pas de postes du fait de l’absence de publication d’un décret en…

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