21/08/2026
L'interview accordée par la ministre de la Santé au Figaro comporte un signal positif : le Gouvernement semble avoir entendu les nombreuses inquiétudes suscitées par le projet de doublement du plafond des franchises médicales qui aurait pénalisé les personnes malades.
Nous prenons acte de ce recul. Nous espérons désormais qu'il sera définitivement confirmé, ce qui ne ressort pas clairement dans ses propos.
Mais le reste du problème demeure. Transférer des dépenses de l'Assurance maladie vers les complémentaires santé n'est pas une réforme. C'est un déplacement de la charge financière qui finit toujours par être supporté par les assurés sociaux.
À cela s'ajoute un niveau de taxation parmi les plus élevés d'Europe. Cette hyper-taxation de la santé pèse in fine sur les cotisations des adhérents.
L'enjeu est ailleurs : améliorer la pertinence des soins et renforcer l'efficience de notre système de santé.
J'avoue par ailleurs mon incompréhension devant la justification des déremboursements. Les soins dentaires, les dispositifs médicaux, la télésurveillance ou encore les traitements par allergènes participent pleinement à l'accès aux soins et à l'innovation. Leur utilité est démontrée. Les allergènes peuvent prévenir des chocs anaphylactiques graves, les soins dentaires conservateurs évitent des traitements plus lourds, et plusieurs médicaments du quotidien verront leur prise en charge fortement réduite. Quant aux dispositifs numériques et à la télésurveillance, leur déremboursement revient aussi à transférer une partie du financement de l'innovation.
Donner un vernis scientifique à ces décisions ne trompe pas. Comme l'ont souligné les conseils de la Cnam et de l'Unocam, il s'agit avant tout d'arbitrages comptables, pas d'une stratégie de santé publique.
Enfin, une grande absente de cette interview : la prévention.
Alors que chacun reconnaît qu'elle est l'un des leviers les plus efficaces pour améliorer durablement l'état de santé de la population et maîtriser les dépenses, elle est encore reléguée au second plan. C'est pourtant sur cet investissement de long terme que repose une partie de la soutenabilité de notre système de santé.
Plus largement, il est temps d'engager un débat démocratique sur le financement pérenne de notre protection sociale et de notre système de santé. Un débat fondé sur des choix explicites, justes et solidaires, afin de garantir à tous un accès durable à des soins de qualité.
ENTRETIEN EXCLUSIF - La ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées détaille les décrets sur le point d’être publiés et défend sa ligne pour contenir le déficit de la Sécurité sociale, qui a dépassé 21 milliards d’euros en 2025.