16/07/2026
La vie ressemble parfois à des petites briques.
Nous passons des années à construire pièce par pièce un avenir à nos enfants. Nous fondons des espoirs en imaginant comment ils grandiront et ce qu’ils deviendront, espérant secrètement qu’ils soient meilleurs que nous.
Nous leur donnons le meilleur de nous-même, nous les soignons avec patience et abnégation.
Nous apprenons à comprendre leurs pleurs et à les interpréter : j’ai faim, je veux un câlin, j’ai besoin d’être changé, je veux tes bras…
Nous apprenons à avoir des cycles de sommeil courts pour les endormir, les bercer, les apaiser quand ils font des cauchemars ou qu’ils ont juste besoin de nous.
Nous sommes là lorsqu’ils s’endorment puis quand ils ouvrent les yeux afin qu’ils voient ce visage familier qui leur sourit. Nous devenons parents dans leur regard et découvrons l’espace d’un instant que nous sommes « leur monde ».
Puis ils grandissent et nous sommes là pour les premiers éclats de rires, les gazouillis, les premiers bobos, les larmes qu’il faut sécher et les premières sorties.
Nous apprenons à les accompagner tout en gardant une distance pour qu’ils vivent leurs premières expériences, leurs premiers émoi amoureux, leurs premières disputes…
Et parfois l’indicible se produit. Tout se brise, Tout explose.
La maladie vient, balaye tout sur son passage. On se bat contre elle, on espère, on avance, on se rattache à ce que l’on peut et on renie toutes ses convictions devant autant d’injustice.
De manière insidieuse la maladie revient plus forte et finit par emporter cette vie, cet être en devenir, cet espoir que nous avons construit secondes après secondes.
Alors on explose comme un Lego qui tombe d’une falaise. On se brise en milliers de pièces. On ne sait même pas comment on va recoller tout ça.
Cette phrase resonne dans ma tête depuis que vous l’avez prononcé quand vous êtes arrivés pour cette dernière hospitalisation en urgences : « Je vais faire quoi après ?».
Je me suis senti démuni et triste ne sachant rien de la réponse à vous donner. Juste un sourire maladroit, une accolade espérant apaiser l’espace d’un instant votre souffrance et cette peine sidérale que je voyais dans vos yeux.
Peut-être que le temps fera son œuvre quand le temps du départ sera passé, quand votre ange rejoindra sa dernière demeure et que le brutal retour à la réalité se fera.
Alors pièce par pièce vous vous reconstruirez, différemment. Ce sera une autre version de vous, ni pire, ni meilleure…. Juste différente, vieillie prématurément par le poids de cette souffrance.
Vous serez comme ce Lego que vous avez reconstruit mais dans lequel il y aura désormais toujours cette cicatrice, comme une pièce manquante.
Pour vous, V, S et surtout pour toi E…. Ton rire cristallin resonnera longtemps dans nos murs et ton cœur restera dorénavant à nos côtés.
Franck