08/04/2025
ACTE I, SCÈNE UNIQUE – Tirade d’un petit entrepreneur accablé qui entre, un gros registre sous le bras, un rouleau de Cerfa en guise d’écharpe...
LE PATRON, seul :
Ô rage ! ô désespoir ! ô formulaire ennemi !
N’ai-je donc entrepris que pour souffrir ainsi ?
Que fais-je en ce pays, glorieux par ses discours,
Où l'on loue l’entrepreneur… mais l'entrave toujours ?
À peine ai-je fondé mon modeste échafaud,
Qu’on m’accable déjà d’un paperassier fardeau !
Pour déclarer un contrat ? Cent pages à signer.
Pour un simple reçu ? Trois portails à buguer.
On m’ordonne un bilan, un rapport, un audit,
Et que le tout soit lu par quelque clerc maudit !
Et gare à l’oubli d’un code alphanumérique,
Car me voilà traité tel un voleur tragique.
Mais que diable fait l’État ? Il me flatte et me noie,
Me jette au fond d’un puits tout en chantant sa foi !
Chaque ministre en place, de sa bouche m’assure :
« Nous aimons les PME, leur noble envergure ! »
Mais quand vient la réforme – ô subtil artifice ! –
C’est un mille-feuille de règlements factices.
J’y perds mon latin, ma santé, mes talents,
À remplir du Cerfa jusqu’à l’écœurement.
Vous voulez que j’embauche ? Quelle noble mission !
Mais pour le faire droit, faut prier la raison.
Entre la DPAE, les grilles, la mutuelle,
C’est un vrai carnaval de contrainte cruelle.
Ah ! Molière, si tu vis, reprends donc la plume !
Viens conter l’entrepreneur et son combat posthume.
Point contre la finance, ni contre un vil bandit,
Mais contre l’administration, ce monstre sans répit !
Qu’on me laisse innover, vendre, créer, bâtir !
Et non m’enliser dans des tableaux à remplir.
Car si l’État m’adore, qu’il le prouve en actions,
Et non par de nouvelles obligations.
Je rêve d’un pays où l’on puisse entreprendre,
Sans craindre chaque jour une norme à comprendre.
Où l’on ne soit plus suspect par présomption,
Mais reconnu pour sa contribution.
Hélas ! Je parle en vain... Mon sort reste cruel.
Je retourne à mes chiffres, à mon portail virtuel.
Mais qu’on se le dise, à tous les hauts gradés :
Trop de paperasse tue l’envie d’oser !
JFF