10/11/2025
« En rédaction, il n’était que moyen, mais en orthographe il était franchement mauvais »
Le prix Goncourt a été attribué jeudi dernier à Laurent Mauvignier qui a été emporté, selon l’expression, dans le flot médiatique. En 1968, après l'attribution du Goncourt aux Fruits de l'hiver, quelles furent les réactions dans le Jura natal de Bernard Clavel, c’est-à-dire à Lons-le-Saunier ?
Pour Lons-le-Saunier, voir un enfant du pays pareillement couronné, ce n’est pas rien. La préfecture jurassienne faisait un peu parler d’elle à la même époque, pour des raisons bien moins joyeuses. 1968, c’est la grande année des greffes du cœur, chacune d’elles est un évènement. Noël Moissonnier, un jeune homme de Lons-le-Saunier, est greffé à Lyon. La ville jurassienne semble tout entière au chevet du jeune homme qui, hélas, ne survivra pas à l’opération et décède en ce mois de novembre 1968.
Revenons à Bernard Clavel. Notons qu’en 1967, il avait déjà bien participé à la notoriété du pays avec l’adaptation et la diffusion à la télévision du roman L’Espagnol, tourné à Château-Chalon. Pour 1968, la presse locale se saisit naturellement de l’événement, plus d’ailleurs Le Progrès que son concurrent Les Dépêches – Bernard Clavel a été journaliste au Progrès à Lyon, dans les années cinquante, ceci expliquant peut-être cela… Cela dit, l’écrivain semble peu reconnu. Quelques témoignages fleurissent dans les colonnes du Progrès. L’un des anciens camarades de classes de l’écrivain raconte ainsi combien Bernard Clavel était le plus fort en dessin, en ajoutant « en rédaction, il n’était que moyen, mais en orthographe il était franchement mauvais ». Un autre témoignage rappelle son passage dans le club de gymnastique de L’Espérance où son goût se portait plus sur la pratique des haltères que celle de la gymnastique. Pratique dispensée sous la férule de l’éducateur Ted Robert qui se glissera dans la peau d’un personnage de « L’Hercule sur la place ».
M. Genevaux, commerçant qui ouvre son magasin à de jeunes peintres du pays, garde un souvenir tout particulier de Bernard Clavel, souvenir qui donne à voir une autre facette de son talent. Le voici : « Si j’admire l’écrivain, je pleure le peintre qui avait un réel talent. Lorsque j’ai fait sa première exposition, il était jeune marié, simple et craintif, il doutait de son talent et ne croyait pas en sa peinture, c’est sa femme qui le poussait. C’était, alors que nos artistes peignent le Jura à l’automne, un peintre de printemps. Sa peinture contenait tout l’air frais du Jura. Maintenant si Bernard Clavel veut s’accomplir il doit se remettre à peindre. » Le quotidien Les Dépêches retrouve une image de son école primaire dans les années trente.
En fait, Bernard Clavel va vite arriver dans le Jura, et c’était prévu de longue date. Mais à Dole, pour le tournage de La Maison des autres.