01/05/2025
Message
UNITE D’ACTION SYNDICALE (UAS) / BURKINA FASO
LES CENTRALES SYNDICALES :
CGT-B – CNTB – CSB – FO/UNS – ONSL – USTB
LES SYNDICATS AUTONOMES :
SAMAE – SATB – SATEB – SBM – SNEAB – SNESS – SYNAPAGER – SYNAPIB – SYNATEB – SYNATEL – SYNATIC – SYNATIPB –SYNTAS – SYNTRAPOST – SYSFMAB – UGMB
MESSAGE A L’OCCASION DU PREMIER MAI 2025
Camarades militant (e)s,
Camarades travailleuses et travailleurs,
Les Secrétaires Généraux des Centrales Syndicales et des Syndicats Autonomes saluent votre mobilisation à l’occasion de la commémoration de la journée internationale du Travail. En rappel, cette commémoration rend hommage à la lutte héroïque menée par les ouvriers de Chicago en 1886 et qui a permis d’arracher au profit des travailleurs un acquis de taille qui est la journée de travail de huit heures.
A la mémoire des FDS, des VDP, des autres victimes du terrorisme ainsi que de nos camarades et parents qui nous ont quittés depuis l’année dernière, nous vous invitons à vous lever pour observer une minute de silence.
Camarades travailleuses, camarades travailleurs, la commémoration du premier mai nous offre l’occasion de faire un tour d’horizon de la situation dans le monde, dans notre pays et d’analyser les conditions que vivent les travailleurs.
Au niveau international
La crise qui frappe le système capitaliste impérialiste que nous évoquons depuis des dizaines d’années continue de s’aggraver. Ce qui retient l’attention, c’est l’aiguisement des rivalités inter impérialistes et les profonds bouleversements qui s’opèrent dans la géopolitique et dans les relations internationales.
Ceux-ci sont fortement influencés par la nouvelle orientation de la politique américaine sous la direction de Donald TRUMP. En effet, dans sa volonté clairement exprimée à travers le slogan « Make America Great Again » c’est-à-dire rendre à l’Amérique sa grandeur, il affiche clairement l’option d’assurer aux USA leur rôle de gendarme du monde.
Ainsi, il a pris et prend régulièrement d’importantes mesures sur tous les plans, économique, diplomatique, culturel, social, ... C’est dans ce cadre que s’inscrivent les graves décisions comme l’expulsion des migrants, le retrait des USA de bon nombre d’institutions de l’ONU, la rupture des contrats de milliers de travailleurs, le relèvement des droits de douanes sur de nombreux produits qui entrent sur le territoire américain. Toutes ces mesures qui visent à renforcer l’hégémonie des USA, en plus des différentes guerres dans le monde, amplifient les contradictions inter impérialistes et contribuent à faire courir au monde la menace d’une troisième guerre mondiale.
En tout état de cause, c’est connu que les guerres font partie des solutions que la bourgeoisie actionne pour faire face aux crises que traverse son système. Fort heureusement, les travailleurs et les peuples, à l’exemple de ceux des Etats-Unis, engagent des luttes qui vont en s’amplifiant contre les mesures qui compromettent leur avenir. L’aiguisement de la contradiction inter impérialiste ne masque pas les autres contradictions de notre époque à savoir la contradiction entre le capital et le travail et celle entre l’impérialisme et les peuples. Cela se traduit par des guerres, le développement du terrorisme, le pillage des ressources des nations dominées, etc.
Au Moyen-Orient particulièrement, fort du soutien inconditionnel des Etats-Unis, Israël abat sur le peuple palestinien une répression sauvage, se soldant par des dizaines de milliers de morts, la destruction d’infrastructures dont des hôpitaux, des établissements scolaires et universitaires. Au mépris du droit international et surtout des résolutions pertinentes de l’ONU, il continue d’occuper des territoires en Palestine.
Face à toutes les agressions, le peuple palestinien organise la résistance et en Israël même, de puissantes manifestations sont menées dénonçant la politique agressive et la dérive de type fasciste du premier ministre Benyamin Netanyahu.
En Afrique, la situation est marquée par la guerre civile au Soudan, au Soudan du Sud, en RDC, la crise sécuritaire dans les pays du Sahel, la constitution par les trois pays du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) de la Confédération des Etats du Sahel (AES), la sortie de ces trois pays de l’organisation sous régionale qu’est la CEDEAO.
Par ailleurs, on observe un repositionnement géostratégique de pays africains comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le Tchad, la République Centrafricaine vers la Russie en rivalité avec les anciennes puissances coloniales. Du fait d’une absence de perspectives viables, la migration des populations, surtout des bras valides du continent vers l’Europe et l’Amérique se poursuit avec des drames sur les mers et océans. On déplore également des mesures de rapatriement de milliers de travailleurs migrants de l’Algérie vers le Niger.
Fort heureusement, un peu partout dans le monde, la classe ouvrière et les peuples mènent des combats multiformes pour de meilleures conditions d’existence et l’indépendance véritable de leurs pays.
Au niveau national,
La situation reste marquée par la persistance de la crise sécuritaire avec une multiplication depuis le début de cette année 2025 des attaques terroristes dans les régions du Centre-est, de l’Est, du Nord, du centre-nord, du Sahel et de la Boucle du Mouhoun. Cette crise se manifeste par des massacres de populations (civiles et militaires), une crise humanitaire dont des déplacements de populations, la fermeture d’écoles et de structures de santé, le renchérissement des prix des produits de première nécessité parfois doublé de pénuries de certains produits de grande consommation.
La situation économique est plus que morose. La dette intérieure prend des proportions inquiétantes, conduisant les autorités à casser les Dépôts à Termes des sociétés d’Etat dans les banques dont ceux des caisses de prévoyance sociale (CARFO, CNSS) par ailleurs régulièrement sollicitées par le gouvernement pour des investissements dans des sociétés industrielles. Dans le même temps, le gouvernement, au mépris du souverainisme affiché, recourt massivement aux emprunts obligataires et aux bons du Trésor dans l’espace UEMOA ainsi qu’aux prêts du FMI et de la Banque Mondiale, avec leurs corollaires de mesures d’austérité qui impactent négativement les conditions des travailleurs et du peuple.
Camarades militant(e)s, camarades travailleuses et travailleurs,
Les atteintes graves et répétées aux libertés individuelles et collectives que nous dénonçons depuis quelques années se poursuivent. Elles sont faites d’enlèvements, de réquisitions forcées, de remises en cause des libertés d’expression et de la presse, de menaces ouvertes contre ceux qui osent émettre des opinions critiques. C’est l’occasion pour nous de réitérer notre appel aux autorités de libérer toutes les personnes arrêtées en dehors des procédures légales et de cesser les recherches policières contre certains camarades.
Dans ce contexte, la situation des travailleurs, à l’image de celle des autres couches populaires, est très difficile. En plus d’être confrontés aux conséquences de la crise sécuritaire et humanitaire, ils font face à divers prélèvements sur les salaires et primes : retenue de 1% des salaires et de 25% sur les primes de motivation des travailleurs qui en bénéficient ; l’institution de taxes sur certains produits qui contribue à réduire les pouvoirs d’achat et à rendre la vie plus chère dans un contexte où l’efficacité des contrôles de prix est insignifiante.
Les préoccupations des travailleurs sont aussi relatives au Code du Travail dont l’avant-projet, fruit de concertations des différents acteurs, tarde à être adopté depuis son double retrait de l’Assemblée nationale en 2022 puis de l’ALT en 2023. Et pourtant, les autorités elles-mêmes traitent le code actuel d’esclavagiste ! Dans le même temps, on assiste à des atteintes aux libertés syndicales se traduisant par des licenciements abusifs des représentants des travailleurs. De même, le projet de loi portant liberté d’association tarde à être introduit à l’ALT.
A ces textes de loi, il faut adjoindre la reconduction du prélèvement de 1% sur les salaires des travailleurs salariés sans aucune concertation avec leurs organisations syndicales, l’opérationnalisation du processus de mise en œuvre du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU), laquelle n’a pas pris en compte de façon adéquate les recommandations faites par le monde syndical pour entre autres lui conférer réellement un caractère d’équité et préserver les droits acquis de certains travailleurs en matière d’assurance maladie, etc.
L’annonce de la dernière rencontre Gouvernement/Syndicats avait suscité beaucoup d’espoir au sein de l’UAS qui voyait l’occasion d’un débat franc sur ses nombreuses préoccupations.
Malheureusement, cette rencontre a accouché d’une souris : les résultats étaient nettement en-deçà des attentes et pire, le gouvernement n’était guère disposé à mener des discussions franches avec nos organisations. Malgré tout, la simple tenue de la rencontre constitue en elle-même un acquis non négligeable et l’autre acquis, c’est que la délégation syndicale est restée unie et unanime sur le contenu du communiqué final.
Au plan social, le chômage continue de prendre des proportions inquiétantes, surtout au niveau de la jeunesse en particulier. Les maux tels que la toxicomanie, la prostitution, l’alcoolisme menacent les fondements de la société et commandent des mesures fortes.
Camarades militant (e)s,
Camarades travailleuses et travailleurs,
La commémoration de cette date historique du 1er mai 2025 nous offre l’occasion de réaffirmer l’importante contribution des travailleurs à la marche du pays, à travers la production des richesses et en contribuant à assurer aux populations des service essentiels. C’est pourquoi nous interpellons encore une fois les autorités de notre pays sur la nécessité :
- de reconsidérer ses relations avec les organisations démocratiques dont l’UAS dans le sens de construire une véritable cohésion sociale ; dans ce sens, d’associer convenablement les organisations représentatives des populations aux débats sur la vie de la nation ainsi qu’aux grandes décisions sur la marche du pays ;
- de veiller à respecter et faire respecter les droits et libertés que la constitution reconnaît aux citoyens, si tant est que cette constitution conserve quelque validité. Comme nous l’avons dit à la rencontre Gouvernement/Syndicats, « l’acceptation des critiques ne peut que contribuer à améliorer la gouvernance à travers les correctifs qui peuvent être portés dans la conduite des affaires de l’Etat » ;
- de respecter les engagements pris lors de la rencontre Gouvernement/Syndicats.
Pour terminer, au regard du contexte ci-dessus dépeint, l’UAS appelle les travailleurs :
- à se mobiliser au sein de leurs cadres de lutte et donc à renforcer ceux-ci ;
- à élever leur niveau de conscience et leur esprit de sacrifice ;
- à développer encore plus la solidarité avec les populations confrontées à la crise sécuritaire et humanitaire.
Ouagadougou, le 1er Mai 2025
Ont signé : Les secrétaires généraux des centrales syndicales et Syndicats autonomes.