18/12/2025
Depuis la fenêtre de la voiture c’est l’Arize que nous voyons couler, lentement, et frôler les fondations d'un vieux pont. Quelques canards, comme pour se réveiller, viennent se passer un peu d’eau sur le visage, tête plongée la première dans les profondeurs.
La lumière chaude du soleil inonde les arbres et fait rougeoyer les dernières feuilles agrippées, bientôt prêtes à tomber silencieusement et à recouvrir le sol.
Direction le lieu dit. Cet endroit garde son mystère. C’est une énigme pour ceux qui souhaitent s’y rendre sans tronquer leur sens de l’orientation contre un GPS. Son nom questionne également.
En arrivant, les montagnes recouvertes de leur habit d’hiver nous souhaitent la bienvenue. Un immense ciel azur s’élance depuis leurs sommets. Des collines encore teintées de couleurs automnales leur font face et nous rappellent que nous sommes bien en Ariège.
Tout le monde est réuni autour d’une table sous un joli porche en bois. Le café chaud est versé dans de petites tasses en céramique encerclées par différentes nuances de gris. Pour ceux qui font la grimace face à la caféine, ils auront droit à la tisane verveine, concoctée dans une casserole d’eau chaude sur laquelle les plantes de verveine font la planche et infusent.
Les estomacs matinaux posent leurs yeux sur les viennoiseries (surtout sur les chocolatines, accusées de dégager une odeur qui participerait au bonheur), sur les morceaux de chocolat aux noisettes hachés et sur les cookies couleur soleil.
La discussion s’installe progressivement. Le castor, les rivières et l’hydrologie régénérative sont sur toutes les lèvres. Le sujet rassemble : revoir couler l’eau dans les rivières, recréer les souvenirs de baignades d’autrefois, bref, retrouver ce qui n’est plus. La parole est laissée à chacun/e pour s’exprimer sur le triste constat du manque d’eau sur ce territoire et l’envie partagée de la revoir glisser dans son lit.
Longeant la mare silencieuse habillée de lentilles d’eau, nous marchons en direction des rivières qui nous attendent. Elles devront patienter encore un peu, puisque nous ne pouvons détacher notre regard sur le sublime panorama montagneux que nous offrent les Pyrénées. Nous photographions des yeux cette beauté immobile mais tellement vivante.
Quelques pas plus t**d, nous sommes propulsés dans le monde des rivières, tels des enfants sur leur terrain de jeux. Questionnements, remarques, étonnements, trouvailles alimentent notre marche. Nous serpentons au gré des courbures de la rivière vidée de son élément. Ce silence qu’elle laisse, invite à l’écoute des chants d’oiseaux, et à affiner l’oreille pour entendre le bruit du feuillage, dans les arbres, qui danse au rythme du vent.
L’impression de ne faire qu’un avec la Nature qui nous accueille avec autant de bienveillance que de générosité. Pourtant, cette générosité est mise à mal. La Nature, amputée d’un de ses éléments vitaux, puisque l’eau vient manquer à l’équation, pourrait subir des séquelles irréversibles si nous ne réapprenons pas à l’écouter. Réapprendre à vivre sur son tempo. Agir avec lenteur.
Se reconnecter à elle, ça commence en partant à sa rencontre.
Merci à toustes pour nous avoir si gentiment accueilli.e.s au sein de ce petit bijou et de nous avoir lié.e.s avec le vivant de ce territoire.