25/02/2026
UNE VERSION AUGMENTÉE DU PROJET “PHARES”
Le sujet ÉNERGIES réapparaît dans l’actualité ouessantine avec la publication par décret le 13 février de la 3e PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie).
Une Annexe “Îles du Ponant” détaille le programme des 10 prochaines années pour Ouessant : il s’agit malheureusement d’une reprise du projet PHARES, avec, entre autres, 2 éoliennes annoncées.
Nos élus municipaux et régionaux doivent prendre position clairement et influer sur ce projet désastreux qui ne prend pas en compte les réalités de notre territoire.
Nous détaillons ci-dessous notre analyse de la PPE pour Ouessant et partageons dans le post suivant les pages de l'annexe de la PPE qui concernent notre île.
Il est consternant de constater que ceux qui décident de notre avenir persistent dans une posture idéologique déconnectée des réalités de notre île. La soi-disant nécessaire “autonomie énergétique insulaire” continue à être présentée comme un dogme indiscutable, alors que les énergies renouvelables impliquent une énergie pilotable pour compléter leur production intermittente et que cette énergie ne peut provenir que du continent, que ce soit du gaz, du fuel, du biocarburant ou de l’énergie nucléaire.
Aujourd’hui c’est le fuel, demain selon la PPE ce serait le biocarburant, alors qu’il est de plus en plus critiqué par les scientifiques puisqu’il est issu de l’agriculture intensive, émet plus de CO2 que les énergies fossiles (défrichage des terres, production et transport), tout en étant responsable de l’augmentation des prix des huiles au niveau mondial.
Selon les études d’OVdB’, et à condition que les productions de l'hydrolien et de l'éolien soient conformes aux objectifs (alors que les seules données résultant de l'expérimentation Sabella montrent qu'on en est très loin) notre électricité serait, dans ce cadre, produite au mieux à 40-50% par la centrale thermique. Que ce soit avec le fuel ou le biocarburant, cela ne change rien au bilan carbone catastrophique de la centrale
AUJOURD’HUI
Ouessant est une ZNI (Zone Non Interconnectée), alimentée principalement par une centrale thermique au fuel.
Nous consommons l’électricité la plus chère et la plus polluante de Bretagne, pourtant nous payons le même prix que les continentaux grâce aux taxes payées par tous les Français sur leur facture d’électricité, selon le principe de péréquation.
Cette situation n’est satisfaisante ni économiquement ni écologiquement et pourtant les moyens pour en sortir ne sont pas évoqués dans la PPE, excepté dans une phrase où la possibilité d’un câble est suggérée.
Lors d’une réunion en sous-préfecture de Brest le 12/12/2024 sur la PPE, OVdB’ a insisté sur l’intérêt de la solution Câble, déploré le manque de suivi des performances de l’hydrolienne par l’État qui subventionne la filière, et fourni de la documentation aux participants (nos analyses du projet PHARES, un début d’analyse multicritères). Il en reste cette phrase incluse dans la PPE :
“Si la trajectoire de développement substantiel d’une autonomie énergétique s’avère inatteignable à l’horizon 2035, une étude de faisabilité technique et de coût de la pose d’un câble entre le continent et Ouessant pourra être pertinente.”
Nous pouvons l’affirmer dès aujourd’hui, l’autonomie énergétique d’un petit territoire est impossible, l’interconnexion est indispensable ! On ne résoudra pas la question énergétique en se repliant sur nous-mêmes !
LES OBJECTIFS DE LA PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) POUR OUESSANT
• PHOTOVOLTAÏQUE
Il est prévu de passer de 180 kW en 2025 à 3 000 kW en 2035. Ce gigantesque pas nécessiterait d’utiliser une superficie égale à 10% de l’île, ce qui semble énorme. L’installation des panneaux en toiture pose le problème du coût qui serait assumé par les particuliers et n’offre pas une surface suffisante pour la production espérée. Où installer des parcs de PV et sur quelle superficie ? Quelles conséquences pour la biodiversité insulaire ? Quel serait le financement ? Ce sont les questions à poser à nos élus.
Le photovoltaïque serait néanmoins l’énergie renouvelable la mieux acceptée et la plus simple à mettre en place, sous la condition de respecter l’environnement et la biodiversité.
• ÉOLIEN : 2 ÉOLIENNES PRÉVUES POUR 2035 !
Les éoliennes ne sont pas bienvenues à Ouessant, petit territoire classé à plusieurs titres pour la protection de la faune, de la flore et des paysages qui sont, de plus, ses atouts économiques principaux.
Le projet éolien à Ouessant a été déclaré illégal par le Ministère de la Transition écologique puisque prévu en site classé. Logiquement cela devrait bloquer tout nouveau projet puisqu’il n’est possible d’en installer que sur le littoral, alors qu'il est classé dans son entièreté.
Annoncer 1 500 kW (2 éoliennes) en 2035 n’est pas réaliste, à moins d’envisager de ne pas respecter les réglementations en vigueur et de s’asseoir sur la protection environnementale la plus forte de la législation française.
• HYDROLIEN
La faillite de Sabella et l’abandon de son hydrolienne dans le Fromveur signent l’échec de cette filière et le scandale de son financement public à fonds perdus (plus de 30 millions d’euros rien que pour Sabella, presque un milliard globalement en France pour la filière). L'origine et la nature des deux hydroliennes annoncées ne sont pas connues, pourtant la PPE prévoit une production électrique théorique 8 fois plus importante que celle de la D10.
On nage dans la désinvolture la plus totale.
• BIOMASSE
Il s’agit en fait de convertir la centrale thermique au “biocarburant”. Ce dernier est critiqué par les scientifiques pour son impact négatif sur le climat et la sécurité alimentaire mondiale.
En effet, sa culture détourne l’usage de terres agricoles de leur fonction nourricière et les biodiesels, issus de colza, de soja ou de palme, émettent plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles.
Cerise sur le gâteau, ils coûtent 1,5 fois plus cher que le fuel, tout en bénéficiant de subventions publiques qui profitent à de grands groupes agro-industriels comme Avril, présidé par le patron de la FNSEA. Rien d’écologique en somme.
CONCLUSION
La solution du câble reste la seule qui respecte les exigences de décarbonation, de sécurité d’approvisionnement et de coût. N’attendons pas 2035 pour l’étudier et la mettre en place !
Notre avenir passe par l’ouverture au monde, par des échanges avec les autres territoires, ce qui permettra aussi le développement d’énergies renouvelables respectueuses de notre environnement et de la biodiversité.
Nos élus municipaux doivent prendre position clairement et influer sur ce projet désastreux qui ne prend pas en compte les réalités de notre territoire.
Mairie d'Ouessant Mélanie Thomin Parc naturel régional d'Armorique