03/02/2026
Big brother à la Fédération Française de Tennis
Big brother est l’instance supérieure qui dans le roman de George Orwell 1984 décide tout et contrôle tout en particulier les pensées. George Orwell prétendait ainsi décrire notre futur enrégimenté. Aurait-il fait un émule à la FFT. Certains pourraient le penser à la lecture des dernières décisions de la Fédération sur l’arbitrage.
Un mouvement d’une ampleur considérable vient d’atteindre une des forces de notre tennis français : l’engagement de beaucoup en faveur d’une vie de compétition et de tournoi dans un nombre considérable de localités reparties sur l’ensemble du territoire français. Ce bouleversement va toucher directement 15000 personnes dévouées au tennis. Pour la Ligue du Centre ce sera 650 personnes, mais indirectement beaucoup d’autres seront touchées.
Presque rien ne semblait pourtant annoncer ce bouleversement d’une des composantes du tennis provoqué par les sphères dirigeantes de la Fédération, ni des plaintes ou des demandes des joueurs et des pratiquants ni le programme électoral du candidat Moretton sauf à y lire que les instances hiérarchiques voulaient mettre la main directement sur l’arbitrage pour « alléger les contraintes des clubs » (sic !).
Le mouvement consiste à épurer les arbitres et juges arbitres de différents niveaux à partir des fichiers de la Fédération qui permettent de repérer celles et ceux qui n’auraient pas arbitrer depuis un certain temps (2,3 ou 5 ans selon le niveau) et qui sont automatiquement déqualifiés par la Fédération. Les formateurs seront traités de la même façon et même s ’ils formaient hier des JAT ou des JAE, ils peuvent aujourd’hui être considérés comme inaptes a priori aux fonctions de juges arbitres. A noter au passage qu’aucun remerciement n’est adressé aux juges-arbitres congédiés pour les actions qu’ils ont pu mener en faveur du tennis et que, dans le même ordre d’idée, aucune notification de leur déqualification n’est adressée aux intéresses.
Les déqualifiés pourront-ils être requalifiés ? Oui, mais pas toujours et au terme d’un parcours compliqué. Leur requalification éventuelle ne sera possible qu’à la condition de satisfaire plusieurs obligations. Tout d’abord présenter une lettre de motivation qui devra en particulier décrire la motivation et aussi l’objectif poursuivi par le candidat. Par après ce dernier devra suivre la formation initiale correspondant à son niveau ancien ou subir un recyclage lui aussi payant. Le candidat à la requalification devra enfin juge arbitrer un tournoi sous la supervision d’un formateur désigné par la Ligue ou la Fédération.
La déqualification des 15000 intéressés est certaine, la requalification n’est possible qu’après un véritable parcours du combattant à la discrétion de la Fédération. La Fédération va juger de l’engagement au vu la lettre de motivation, la cohérence des objectifs, le sérieux du suivi de la formation ou du recyclage, la qualité de la prestation test de juge arbitre.
Au vu de ce parcours, la Ligue du Centre peut mettre en garde : « il faut que chacun comprenne que ce n’est pas par un claquement de doigt » que la requalification sera retrouvée. Elle ajoute encore qu’ « il est nécessaire d’avoir la certitude » que la requalification est possible.
Le mouvement emprunte à la tendance de notre Fédération, à la lumière du soleil d’un grand tournoi, de financiariser et de reprendre en main au maximum les actions même quand elles sont avant tout des engagements bénévoles. La Fédération ronge en effet son frein, après les remous et les émois entrainés par son projet de salarisation systématique des Présidents de Ligues et de Comités.
La fédération veut la diversité des pratiques sportives, c’est-à-dire pas seulement du tennis mais des pratiques plus modernes (par exemple mieux adaptées au défoulement du stress des cadres comme le pickleball ou au tourisme comme le beach-tennis) mais elle veut a contrario une uniformité des pratiques et aussi le contrôle de l’état d’esprit de chacun.
L’arbitrage en France fonctionne très correctement. Pourtant un triple contrôle est imposé, non seulement celui de l’engagement et de l’état d’esprit (d’où la lettre de motivation et la désignation d’objectifs), mais aussi celui des connaissances techniques (d’où le recyclage ou le suivi nécessaire d’une formation ab ovo) et enfin de l’aptitude (il est nécessaire d’être certain que le candidat soit apte).
Chacun devra comprendre qu’il est toujours sous le contrôle fédéral. La Fédération promeut une quadruple police, celle des actions, celle des compétences, celle des aptitudes et celle des pensées. Les évènements récents en France ont pourtant montré que l’excès de règlementation, de contrôle, devient insupportable pour beaucoup.
Pierre Tchernonog
Le Bénévole du Tennis
#1984