14/12/2024
Clash lors des cérémonies du 14 décembre à la mémoire des Déportés:
Dans le cadre des cérémonies commémorant me 81 anniversaire de la Rafle du 14 décembre 1943 à Nantua, je devais prononcer un discours place de la Déportation, à la gare. J'avais pu noter la présence du député de la circonscription, membre du RN, au collège, où la cérémonie avait débuté.
Voici mon discours que j'ai du interrompre:
Cérémonie du 14 décembre 2024
Mesdames messieurs, chers amis,
Nous sommes réunis pour évoquer le souvenir des victimes de la Rafle de ce funeste mardi noir à Nantua, il y a 81 ans.
Un centenaire assidu aurait pu écouter un 81è discours sur ce thème.
Dans cette dernière prise de parole en public, je souhaite vous parler de Nantua ; pas de Nantua la plus belle ville du monde, mais de Nantua martyrisée……
Discours interrompu :
« Veuillez m’excuser, je ne peux poursuivre. Je suis un profond démocrate et accepte le verdict des urnes. Mais je ne peux évoquer la Déportation en présence d’un élu de la communauté nationale, membre d’un parti dont le président fondateur a pu soutenir que les fours crématoires étaient un détail de l’Histoire. »
En d’autres temps, voilà comment j’aurais poursuivi.
Si vos parents, grands parents déjeunaient chez eux, le 19 juin 1940 ils auraient pu entendre le grondement de la colonne de la 1ère division d’infanterie motorisée allemande traverser la ville venant du Haut-Jura par Saint-Germain de Joux. Elle filait en direction d’Hauteville, Saint-Rambert, Pont de Chéruy…..
En 1943, un observateur attentif aurait pu noter une effervescence suspecte autour de la maison du Dr Mercier.
Des responsables de mouvements de Résistance venaient le solliciter pour adhérer à leur mouvement.
Au mois de février, le Général Delestraint, qui devait recevoir du Général De Gaulle l’ordre de mettre la Résistance sur pied de défense dans la France entière, et de créer L’A.S., le convint d’adhérer à Combat. L’Armée secrète allait s’organiser. le Docteur avait déjà préparé le travail au cours de ses visites dans les campagnes. Il y eu bientôt dans chaque village un responsable politique et un responsable militaire.
Les Nantuatiens prirent aussi l’habitude de croiser 43 douaniers qui avaient réquisitionnés l’Hôtel de France pour installer une Feldgendarmerie. Ils restèrent à Nantua du 1er avril au 25 octobre 1943.
C’est durant cette même période que l’AS dut prendre en charge les nombreux réfractaires au STO.
Un camp s’installa à la ferme du Mont. Sans responsable, les jeunes descendaient à Nantua pour courtiser les jeunes fille, ce camp fût dissout. Cette même ferme devait accueillir en septembre un camp de Triage, créé par le capitaine Romans, devenu chef des Maquis de l‘Ain.
Alors que les maquisards défilent à Oyonnax, 150 Nantuatiens à visage découvert, forment un cortège à hauteur du Comice Agricole. Le directeur Ary Geoffrey, absent ce jour, est un résistant de la 1ère heure. Emmenés par le sénateur Eugène Chanal, ils vont au Monument aux Morts rendre hommage aux vainqueurs de 14-18, et déposent une g***e. Puis le cortège traverse Nantua par la rue de l’Hôtel de Ville, et la rue du Collège, et s’arrête devant le piédestal d’Alphonse Baudin. une minute de silence est encore observée.
Le 6 décembre, quelques membres du P.C. de Romans promènent dans les rues de la ville un singulier cortège : un couple, tenanciers du café du Jura, en très légère tenue, arborant la croix gammée. Les tenanciers vendaient sous le manteau du tabac volé au dépôt , au profit soi-disant de la
Résistance. Les passants ne réagirent pas et le cortège passa pratiquement inaperçu de la majeure partie de la population.
Vint cette journée funeste du mardi 14 décembre où toute la population fût affectée, pas une famille ne fût privée : d’un mari, d’ un père, d’un oncle, d’un cousin, d’un ami.
Vous savez tout ça.
130 quittèrent cette gare, 40 sautèrent du train...58 ne devaient pas rentrer de Buchenwald.
Les autorités allemandes justifièrent cette opération au prétexte que le symbole de la croix gammée avait été profané lors de l’exhibition des cafetiers le 6 décembre.
A la Libération cette cause de la rafle fût admise, elle permettait d’éviter tout lien avec le défilé d’Oyonnax, exonérant toute responsabilité.
Il fallût attendre le 40è anniversaire de ce défilé pour que dans une édition spéciale du Progrès, le maire de Nantua Mr Gorju sous mon impulsion, trace un lien directe entre les 2 évènements. Nantua était une victime collatérale.
J’ai l’habitude de dire que si Nantua était située en
pleine Beauce, elle n’aura pas subie de telles répressions.
Poursuivons : C’est dans une atmosphère de détresse infinie que débute l’année nouvelle 1944….
Une Feldgendarmerie de 45 douaniers vient s’installer, à l’Hôtel de France le 15 janvier 1944. Elle est transférée le
14 mars à l’Hôtel Vuaillat, au carrefour de La Cluse, qu’elle abandonnera le 6 juin 1944 lors de l’Insurrection.
Fin janvier, on apprend le départ pour l’Allemagne des victimes de la rafle, et les premiers colis peuvent être envoyés.
Lors de l’opération allemande Korporal du 5 au 13 février 2500 hommes attaquent les Maquis des plateaux de Retord et d’Hauteville. Insaisissables, ils s’en prennent à la population, assassinats, Déportation, maisons incendiées….
Les allemands arrivent à Nantua le jeudi 10 février au matin, la neige couvre le sol.
Comme en décembre, ils cernent la ville…., une liste en main, ils parcourent la ville et procèdent à de nombreuses arrestations….Les hommes menacés se sont cachés. Les allemands arrêtent leur femme ou leur mère, « Nous libérerons les femmes lorsque les hommes se livreront », disent-ils. Les captifs, hommes et femmes sont enfermés au deuxième étage de l’Hôtel des Postes. Parmi eux 4 gendarmes de la brigade, à qui on reproche leur mollesse.
Le 12, les 22 de la Poste, ont été rejoint la veille au soir par 26 hommes arrêtés à Oyonnax.
Ils sont conduits à la gare, et embarqués dans un train vers Bellegarde, puis Montluc, Compiègne, Mauthausen (Autriche) Seuls 2 de Nantua et 10 d’ Oyonnax rentreront.
Le sénateur Eugène Chanal est arrêté, il est assigné à résidence à Macon. Avant de partir les Allemands arrache
de l’hôpital Alexandre Sengissen qui croupira à Montluc jusqu’à la Libération de Lyon, échappant au massacre de Saint-Genis-Laval.
L’historien allemand Peter Lieb fait état pour cette opération de 21 Résistants, de 39 civiles tués, de 287 déportation.
Lors de l’opération allemande Frühling, du 7 au 19 avril 1944, 3000 Allemands attaques les Maquisards du Haut-Bugey et du Haut-Jura. Les nombreux sabotages ferroviaires et leur insécurité sur les routes les exaspèrent. Ils, reviennent et cernent Nantua le matin du Vendredi 7 avril.
Il n’y a pas cette fois d’arrestations massives, seul le Juge au Tribunal, signalé par un milicien, est arrêté, maltraité, et emmené à Bellegarde, puis à Lyon, avec d’autres prisonniers de Saint-Claude et d’Oyonnax. Il échappa à la Déportation et fût relâché à Lyon.
Les allemands quittent la ville le 11 avril.
Lors de cette opération « Printemps » Peter Lieb recense 40 résistants, 80 civiles tués et 400 déportations.
Malgré le chagrin des familles en deuil et de ceux en attente d’un retour, la population suit la progression des Alliés.
La Résistance intensifie la bataille du rail, les parachutages arment Maquis et AS.
Le nouveau Sous-préfet Georges Dupoizat, acquis à la
Résistance transmet les notes confidentielles de la Préfecture Régionale.
Tous guettent le Débarquement si longtemps espéré.
Enfin le jour « J »
Cafouillage dans les ordres venus de Londres, ou mauvaise interprétation sur place, toujours est-il que Romans chef militaire du Département ordonne l’insurrection : barrer les routes, intensifier les sabotages, occuper les villes….
Les difficultés font que ces ordres ne s’appliquent rapidement qu’aux seules régions montagneuses du département.
Romans a réorganisé ses troupes en compagnies, rassemblant camps de Maquis et armée secrète. Bientôt chacun arbore un brassard siglé FFI.
A Nantua, les douaniers allemands ont fui, les gendarmes reçoivent l’ordre de rejoindre Bourg,
Dans la nuit du 7 au 8, le chef de secteur reçoit l’ordre d’occuper la ville.
La IVè République est proclamée à Nantua du haut du balcon de la sous préfecture par Romans au coté du Sous-préfet et des membres de la Résistance, face à la population rassemblée. Une main émue (celle de Mme Mercier ndlr) hisse les trois couleurs qui montent lentement, et l’étendard à la Croix de Lorraine se déploie dans le ciel…..une
Marseillaise spontanée monte vers le drapeau.
Un Directoire est nommé, un tribunal militaire est créé, la poste fonctionne, l’hôpital reçoit les blessés des escarmouches de la périphérie. La prison accueille des dizaines de prisonniers allemands.
C’est le temps de réjouissances, d’un parachutage féerique à Port, de l’atterrissage du 1er Dakota en France occupée.
Les allemands déclenchèrent une attaque générale le 10
juillet, sur l’ensemble de la zone « libérée ». Elle couvre les mêmes territoires que les opérations Korporal et Frühling.
L’A.S. de Nantua avait quitté Nantua le 11 juillet pour Saint- Germain de Joux, (le barrage de Trébillet ayant cédé.). L’ordre de décrochage fut donné à l’ensemble des troupes, le 12 juillet.
Nantua était déclarée « ville ouverte ».
Les allemands arrivèrent à 16 heures, depuis une heure
quatre avions survolaient la ville, à basse altitude, tirant des rafales de mitrailleuse.
Ils prennent possession du Groupe scolaire et y installent leur Q.G.
Le gros de la troupe est constitué par les « Mongols » encadrés d’Allemands. Un État-major de Division occupe l’Hôtel de France. Ils sont accompagnés de Waffen SS
français qui s’installent dans l’Hôtel de Ville.
La répression peut commencer.
A Nantua, prenez le temps en vous promenant, de guetter sur des façades de petites plaques ou une plus grande au bord du lac, vous suivrez le parcours de la barbarie.
Bilan : 18 assassinés, 11 Déportés, dont 2 sont rentrés et 8 femmes de gendarmes ou Résistants : emmenées à Drancy, elles sont libérées le 17 août par les FFI avant leur départ en Allemagne.
Concernant l’ensemble de la zone attaquée, le même Lieb comptabilise : 170 Résistants, 180 civiles tués et 230 déportations.
Le 4 septembre 1944, plus aucun Allemand n’occupait le Département.
Dès lors, les Nantuatiens étaient partagés, les uns heureux d’ être débarrassés des Boches, comme ils disaient, d’autres affligés par un deuil, enfin d’autres anxieux quant au sors d’un être cher en Allemagne….
Nombreux se sont alors posé la question légitime, cela en valait-il la peine ? Le tribu n’est-il pas trop lourd ? Les familles s’interrogent et je les comprend.
Mais, sans une Résistante Intérieur forte, traduite par la création du CNR qui adouba le Gal De Gaulle, ce dernier n’aurait pas supplanté Giraud aux mains de Roosevelt. Rappelez-vous, il était prévu que la France soit administrée par un gouvernement militaire des alliés en territoires occupés, l’AMGOT, la monnaie en francs était déjà imprimée.
Donc merci au Gal De Gaulle, à la Résistance qui permît au Gal De Lattre de Tassigny de siéger à la table de capitulation des Allemands à Berlin le 8 mai 1945, face à un Keitel dépité par sa présence.
Ainsi la France pouvait effacer la honte de 1940, et celle de Vichy.
Pour conclure j’aimerais renouveler ma demande, que tous les noms des morts en déportation partis de Nantua figurent sans ostentation, sur une façade de cette gare.
Rappelez-vous ! Ils ont vécu pendant plus d’un an, puis sont morts sous un matricule, ce nombre tatoué.
Rendons leur leur dignité. Levons une cagnotte, faisons
appel aux associations. Nous, association des amis du musée sommes prêts.
Un dernier vœu : que cette journée du 14 décembre soit la journée de la Déportation qui honore l’ensemble des victimes des différentes répressions. Comment-peut-on oublier juillet 1944.