07/06/2026
"Rien n’a changé."
Voilà la réponse donnée aux médias par le rectorat à propos de la baisse du nombre d’AESH sur le temps de cantine.
C’est la phrase bouclier :
"Rien n’a changé" ,passez votre chemin, circulez. Une fin de non-recevoir gravée pour cette rentrée, et déjà promise pour les suivantes.
Pourtant, dans nos vies, le décor a basculé. Depuis avril, à Vertou comme ailleurs, le temps du midi de nombreuses familles s’est vidé de ses accompagnements. Ma fille Louise, porteuse de trisomie 21, n'a plus d'AESH pour déjeuner. Sans la béquille de la mairie, la porte de la cantine se refermait.
Elle ne déjeunerait plus avec ses camarades.
Quand l’administration assène que rien n'a changé, elle cherche à étouffer l’émoi pour masquer la toxicité de sa machine.
"Rien n'a changé" : on entend la mélodie : vous mentez. Vous exagerez. Vous êtes hystériques.
Mais la réalité est arithmétique. Dire que rien ne bouge alors que le nombre de besoin augmente, c’est feindre de ne pas comprendre la mécanique du grand vide. Plus d'enfants à la table sans rajouter de chaises on finit le cul par terre. Sous l'horizon des regards. Invisible
Pour s'en laver les mains, le rectorat a trouvé son coupable : le manque de « volontariat » des AESH. Le mot est trompeur, le procédé est bas. On déplace la faute sur les maillons les plus fragiles. Mais ce n'est pas un refus de faire de leur part, c'est le refus d'un jeu de chaises musicales absurde où l'on déshabille la classe pour habiller la cantine.Car l’Éducation nationale ne finance pas d'heures supplémentaires pour la cantine. Elle demande aux AESH de découper leurs contrats déjà précaires.
L'état maintient ces personnels sous le seuil de pauvreté avec des contrats en miettes, des morceaux de temps, des demi-vies. Entretenir la précarité permet de limiter les vocations, tout en feignant de déplorer l'absence de volonté des agents.
Notre réalité ? De la brutalité dans les décisions et un silence de plomb. Nos courriers envoyés restent sans réponse. Une administration devenue sa propre finalité, une machine froide qui tourne à vide, sourde à ses administrés.
Sur le terrain, les humains s'usent. Nous avons croisé des professionnels au bout de leurs vies, les yeux au bord des larmes, épuisés d'être les amortisseurs d'un système qui broie. Mais dans les directions, dans les ministères, règne le froid cynique des tableurs. On y gère le handicap comme une fatigue statistique.
Alors, avec Caroline Boudet - Auteure , on s'agite. Pour Louise, notre boussole. Mais à travers elle, pour toutes les Louises invisibles, pour toutes ces mères contraintes de renoncer à leur job pour surveiller un plateau-repas, pour toutes ces familles que le mille-feuille administratif mure dans l'ombre.
On nous vend l'école inclusive. Quel contresens. Une inclusion de vitrine pour les photos officielles. Une inclusion au rabais, une inclusion à coups de clous, pour que les enfants différents restent fixés, immobiles, loin des autres. L'inclusion qui dissout au lieu de rassembler.
Ne laissons pas les médias se faire distraire par la communication du statu quo. No news.
Pour briser le silence et forcer l'administration à ouvrir les yeux, continuez de signer et partagez la pétition :
https://c.org/zw5XwGvtm8
Texte : Remy Doc