APALA Think & do tank des transitions qui contribue à l’émergence de solutions scientifiques aux problématiques de soutenabilité de nos modes de vie.

Par une approche scientifique et avec une démarche low-tech, l'association travaille à apporter des solutions techniques et open source aux problématiques de soutenabilité de nos modes de vie. Son action se concentre autour de 3 axes :

1 - La Recherche & le Développement et l'expérimentation, pour évoluer constamment
2 - La sensibilisation et la formation pour faire connaître et transmettre
3 -

La diffusion et la commercialisation pour rendre accessible

Valeurs de l'association :

- Entraide entre les projets portés
- Utile pour répondre à des besoins formulés
- Accessible par diffusion libre, formation didactique, prix accessible
- Durable en s'inscrivant dans une démarche qui vise à diminuer l'impact environnemental
- Ouverte vers l'extérieur pour évoluer constamment
- Tend vers la revalorisation, le recyclage, la récupération
- Travaille la viabilité pour éviter les faux espoirs
- Conviviale et participative par nature
- Intrinsèquement non violente pour éviter toute domination
- Modestie, humilité et bienveillance avant tout !

🦌 Une base de données d’interventions à court terme pour les animaux sauvages 📊 Rethink Priorities lance la WAWID pour r...
08/04/2026

🦌 Une base de données d’interventions à court terme pour les animaux sauvages

📊 Rethink Priorities lance la WAWID pour repérer ce qui pourrait aider « bientôt » et à quel prix

[ ⏱️ Temps de lecture de l'article estimé à 9 minutes]

⛓️ Dans la lignée de la précédente publication "Pour en finir avec le vivant !" (https://www.facebook.com/auxpetitsacteurslavenir/posts/pfbid02yTD8GzTv957xUdcqxKwRZXS7Br3Sf9UCumsFPmFrJAU4gQcWv76DfB1fVHz45am9l).

🌿 Rethink Priorities part d’un constat : la souffrance des animaux sauvages est potentiellement immense, mais la « tractabilité » des interventions reste très incertaine. D’où l’idée de ne pas seulement faire du field-building académique, mais aussi de cartographier des options actionnables à court ou moyen terme.

🗂️ Leur réponse est la WAWID (Wild Animal Welfare Intervention Database) : une base qui recense des interventions possibles et les évalue selon des critères utiles à des financeurs, chercheurs, advocates et futurs implementers du champ WAW.

🧪 Méthode : projet lancé en septembre 2025, liste initiale d’interventions et de critères, puis consultation d’acteurs du domaine pour élargir. Les auteurs insistent : la base ne reflète pas “les priorités” de RP, et il n’y a pas une seule philosophie morale ou stratégie supposée vraie derrière la sélection.

🔍 Chaque intervention est examinée via des « shallows » (r***es rapides) réalisées avec un cadre commun : estimer l’ampleur du problème, identifier des leviers, juger la robustesse des effets nets (risque de backfire inclus), et repérer les ressources “hors-mouvement” mobilisables. Ils ajoutent aussi des critères orientés mouvement, comme l’intérêt pour bâtir des coalitions et attirer des financements externes.

🐦 Exemples concrets : contrôle de fertilité des pigeons en ville via appâts contraceptifs (alternative aux méthodes létales), “mating disruption” par phéromones chez certains ravageurs du riz (réduction associée des applications de pesticides), ou encore l’idée d’intégrer le bien-être animal sauvage dans l’urbanisme, jugée faisable mais au bénéfice très incertain.

⚖️ Premières observations : il y a “de quoi intéresser tout le monde”, mais rien n’est robuste à toutes les visions du monde. Une intervention peut paraître très prometteuse pour construire des alliances, tout en comportant un risque réel de dégrader le bien-être net. Le texte souligne aussi une forte « valeur de l’information » : quelques contingences peuvent renverser un avis, ce qui rend les conclusions souvent à faible confiance.

🧱 Limites assumées : les critères comportent des jugements de valeur implicites, la fiabilité inter-évaluateurs n’est pas mesurée, et il peut exister des biais systématiques (par exemple une tendance à surestimer la valeur “movement-building” de certaines pistes).

🔭 Suite envisagée : statistiques descriptives, gabarit de coût-efficacité, spot-checks via interviews d’experts, ajout d’interventions (ex. conservation de grands herbivores, interdiction des pièges à colle) et de nouveaux critères selon les besoins des utilisateurs.

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🤔 Pour en finir avec le vivant ! — Nouvel article de Thomas Lepeltier🧐 Et si, au lieu de “défendre le vivant”, on devait...
07/04/2026

🤔 Pour en finir avec le vivant ! — Nouvel article de Thomas Lepeltier

🧐 Et si, au lieu de “défendre le vivant”, on devait d’abord défendre les êtres capables de souffrir ?

[ ⏱️ Temps de lecture de l'article estimé à 12 minutes]

⛓️ Dans la lignée des publications : "Sauver les animaux" (https://www.facebook.com/auxpetitsacteurslavenir/posts/pfbid022HMU6pjLui1mkDLgGryrWdxLgVPrtRTzZ2QND5xB42KEjgg1KZao8PbYesDPw1gsl), "Modifier la nature, ce n’est pas trahir la vie" (https://www.facebook.com/auxpetitsacteurslavenir/posts/pfbid0pqMe5qaiGDjTQv6Dcrz4ocZMc6YLncZTKkD2stjzpnqidyYwdnAftJHF4xXyCCHel) et de la conférence "De la physique à l'éthique" par David Olivier (https://www.youtube.com/live/iBFoh8ujxzM).

🌿 Thomas Lepeltier part d’un constat : “défendre le vivant” est devenu un mot d’ordre quasi intouchable, porté par des philosophes, anthropologues et militants. Mais cette valorisation suppose que la vie aurait une valeur morale en elle-même — présupposé qu’il juge contestable.

⚖️ Premier argument : “vivant” ne veut pas dire “moral”. La vie, dit-il, n’est qu’un ensemble de processus biologiques. Qu’elle soit fascinante ou belle ne suffit pas à lui donner une valeur morale, pas plus qu’une étoile ou un phénomène physique n’en acquiert une.

😌 Il concède que la vie peut être source de bien parce qu’elle permet l’existence d’expériences positives. Mais elle peut tout autant produire douleur, peur, frustration, souffrances intenses : la vie n’est donc pas “bonne” en soi, elle est seulement la condition d’expériences bonnes ou mauvaises pour ceux qui les vivent.

🩸 Il insiste aussi sur une réalité structurelle : la vie fonctionne largement par violence (prédation, parasitisme, compétition). “Protéger le vivant” reviendrait alors, paradoxalement, à sacraliser les mécanismes mêmes qui génèrent en continu souffrance et mort.

🐾 Thomas Lepeltier met ensuite l’accent sur la souffrance sauvage : maladies, parasites, faim, blessures, aléas climatiques, prédation, et surtout mortalité juvénile massive liée aux stratégies reproductives. Il parle d’un “biais du survivant” : on voit les survivants, pas les myriades d’animaux morts très tôt, souvent péniblement.

🧠 D’où sa thèse centrale : le vrai critère moral n’est pas “la vie”, mais la sentience — la capacité à éprouver plaisir et souffrance. Les plantes, rivières ou écosystèmes n’éprouvent rien : ce qui leur arrive n’est ni bon ni mauvais “pour eux”. À l’inverse, les êtres sentients ont des intérêts, notamment celui de ne pas souffrir.

🚫 Cette logique mène à une critique des “pensées du vivant” : elles seraient holistes (centrées sur biodiversité, écosystèmes, équilibres) et risqueraient de dissoudre les animaux en “rouages” d’un tout, au lieu de considérer des individus avec des intérêts propres.

🧩 L’antispécisme, dit-il, est au contraire individualiste : ce qui compte moralement, ce sont les individus sentients, humains ou non. C’est ce qui justifie le refus des discriminations d’espèce et, sur le plan pratique, une critique de l’exploitation animale (et donc un appel au véganisme).

🌲 Il va plus loin : si l’on prend la sentience au sérieux, alors le monde sauvage n’est pas à “préserver” mais à améliorer. Pourquoi soigner un animal domestique et laisser un animal sauvage agoniser d’une infection évitable, si leurs intérêts sont identiques ?

🛠️ Il défend donc l’idée d’interventions prudentes et progressives dans la nature : vaccinations ciblées, antiparasitaires, contraception pour limiter famines liées à la surpopulation, aides lors de catastrophes, etc. L’inaction n’est pas neutre si elle laisse perdurer des souffrances évitables.

🧬 Enfin, il évoque des perspectives plus radicales : biotechnologies et génétique pourraient un jour réduire massivement certaines souffrances (parasites, maladies). Il soutient qu’on peut moralement préférer un monde où certaines formes de vie disparaissent ou se transforment si cela diminue fortement la souffrance totale.

🎯 Conclusion : “défendre le vivant” confondrait la vie avec ce qui donne de la valeur à la vie. Pour Thomas Lepeltier, la priorité morale devrait être de rendre le monde moins cruel pour les individus sentients — ce qui peut impliquer de transformer la nature plutôt que de la sanctuariser.

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🫵 Une réhabilitation de Bjørn Lomborg🧐 L'expérience de Lomborg montre ce qui se passe lorsqu'un chercheur remet en cause...
17/03/2026

🫵 Une réhabilitation de Bjørn Lomborg

🧐 L'expérience de Lomborg montre ce qui se passe lorsqu'un chercheur remet en cause un discours dominant à l'aide de chiffres dérangeants.

[ ⏱️ Temps de lecture estimé à 8 minutes, traduction DeepL ]

📑 Résumé : Lorsque Bjørn Lomborg a remis en cause les discours alarmistes sur l'environnement, il n'a pas été accueilli par un débat ouvert, mais par des tentatives visant à le discréditer et à le réduire au silence. Deux décennies plus t**d, bon nombre de ses arguments fondamentaux se sont discrètement imposés dans le courant dominant. La convergence de ses opinions avec celles exprimées aujourd’hui par des personnalités de premier plan nous enseigne le coût de traiter les désaccords scientifiques comme des hérésies morales plutôt que comme des occasions d’enquête empirique.

Lorsque le chercheur danois Bjørn Lomborg a publié *The Skeptical Environmentalist* en 2001, la réaction de l’establishment environnementaliste n’a pas été un débat, mais une tentative d’excommunication. Scientific American a consacré un dossier spécial à attaquer le livre, le qualifiant de partial et truffé d’erreurs. L’Union of Concerned Scientists l’a accusé de déformer la science et d’exagérer les bonnes nouvelles.

Au Danemark, la réaction est allée plus loin. Les Comités danois sur la malhonnêteté scientifique ont décidé que *The Skeptical Environmentalist* était « clairement contraire aux normes de bonne pratique scientifique » et relevait « objectivement » de la malhonnêteté scientifique. De manière honteuse, les Comités ont fondé leur conclusion sur des critiques partiales de tiers, n’ont présenté aucune preuve des erreurs et se sont livrés à un anti-américanisme flagrant, faisant notamment allusion à « de puissants intérêts aux États-Unis liés à l’augmentation de la consommation d’énergie et à la croyance dans les forces du marché libre ».

L’affaire a fait la une des journaux internationaux et a été considérée comme une tache sur l’intégrité de Lomborg. Un an plus t**d, le ministère danois des Sciences a annulé la décision initiale sur de nombreux chefs d’accusation. Il a jugé la décision originale « insatisfaisante » et « émotionnelle », mais surtout, le ministère a invalidé la décision parce qu’elle n’était « pas documentée » et qu’elle était « totalement dépourvue d’argumentation » — éléments indispensables à une décision juridiquement valable selon le droit danois. Le ministère a renvoyé l’affaire aux comités, qui ont refusé de la rouvrir.

La substance du « crime » de Lomborg était simple. Il a pris la litanie environnementale de catastrophisme et l’a confrontée aux données à long terme de l’ONU, de la Banque mondiale et d’autres sources officielles. Il a conclu que, selon la plupart des indicateurs, le bien-être humain s’était amélioré, que de nombreuses tendances environnementales n’étaient pas aussi catastrophiques qu’on le prétendait, et que les ressources consacrées à certaines causes écologiques phares sauveraient plus de vies si elles étaient réorientées vers la santé de base, la nutrition et le développement économique. Il a admis que le réchauffement climatique était réel et largement d’origine humaine, mais a fait valoir que la combinaison de politiques standard consistant en des réductions agressives des émissions à court terme constituait un mauvais investissement par rapport à une adaptation ciblée, à l’innovation et à la réduction de la pauvreté.

Lomborg ne prétendait pas détenir une révélation personnelle. Inspiré par Julian Simon, ancien chercheur principal au Cato Institute, il a passé des années à compiler des statistiques et des courbes de tendance, s’appuyant au final sur quelque 3 000 sources, pour la plupart secondaires. Sa méthode était claire : quantifier les problèmes, les classer en fonction de leurs coûts et de leurs avantages, et se demander où chaque dollar supplémentaire est le plus utile. Le projet Copenhagen Consensus, dirigé par Lomborg, a étendu cette logique en réunissant des économistes pour comparer des politiques allant de la prévention du VIH à la libéralisation du commerce en passant par l’atténuation du changement climatique, là encore dans le but de maximiser le bien-être par dollar dépensé.

Pour cela, il a été qualifié de « négationniste », présenté comme un instrument des intérêts des énergies fossiles et traité comme quelqu’un dont les opinions se situaient en dehors de toute discussion courtoise. DeSmog le décrit encore aujourd’hui, de manière amusante, comme un « négationniste de la crise climatique » et mène campagne contre les bailleurs de fonds qui soutiennent ses travaux. Les critiques scientifiques ont souvent dégénéré en tentatives de le discréditer personnellement, et un article de r***e juridique montre comment même ses tentatives de réponse détaillée ont été accueillies par des menaces juridiques de la part de ses détracteurs plutôt que par un échange ouvert dans les mêmes pages.

Deux décennies plus t**d, le monde ressemble davantage aux tableaux de Lomborg qu’à la rhétorique apocalyptique du début des années 2000.

Les émissions augmentent plus lentement que prévu, le nombre de décès liés aux catastrophes climatiques a baissé, et les pays pauvres restent confrontés à des menaces plus immédiates telles que le paludisme, la malnutrition et le manque d’infrastructures de base. C’est dans ce contexte que Bill Gates s’est récemment exprimé dans une note sur le climat qui ressemble étrangement à une chronique de Lomborg.

Le 28 octobre 2025, à la veille du sommet COP30 au Brésil, Gates a publié « Trois vérités difficiles sur le climat » sur son site Gates Notes. Il y affirme que, bien que le changement climatique aura de graves conséquences, « il ne mènera pas à la disparition de l’humanité », et que les gens « pourront vivre et prospérer dans la plupart des endroits de la Terre dans un avenir prévisible ». Il met en garde contre le fait qu’une focalisation obsessionnelle sur les objectifs d’émissions à court terme a évincé des moyens plus efficaces d’aider les populations et appelle à « un pivot stratégique » vers l’amélioration des conditions de vie, en particulier dans les pays pauvres.

La phrase clé aurait pu être tirée d’un rapport du Copenhagen Consensus : « Les plus grands problèmes sont la pauvreté et la maladie, comme ils l’ont toujours été », et les ressources limitées devraient être consacrées à des interventions qui apportent les plus grands bénéfices aux plus vulnérables. C’est la thèse centrale de Lomborg, réaffirmée par l’un des philanthropes les plus influents de la planète.

Il ne s’agit pas seulement d’une convergence rhétorique. La Gates Foundation soutient depuis longtemps l’accent mis par le Copenhagen Consensus sur le développement. Elle a fait don de plus de 3,5 millions de dollars pour financer en partie la hiérarchisation des politiques dans les deux États indiens du Rajasthan et de l’Andhra Pradesh, un rapport de Best Buys for Africa pour l’Académie africaine des sciences, ainsi qu’un état des lieux et une hiérarchisation des objectifs de développement durable des Nations unies.

Ces efforts ont abouti à des recherches économiques évaluées par des pairs, mettant en évidence les 12 meilleurs investissements pour l’humanité. Ces 12 politiques sont décrites en détail dans l’ouvrage de Lomborg et al. intitulé Best Things First, qui a été sélectionné comme l’un des meilleurs livres de 2023 tant par le Financial Times que par The Economist (résumé par Thomas Lepeltier ici : http://thomas.lepeltier.free.fr/cr/lomborg-best-things-first-the-12-most-efficient-solutions-for-the-world-s-poorest.html). En d’autres termes, Gates ne se contente pas de tenir des propos similaires à ceux de Lomborg sur le climat et le développement ; il finance depuis des années l’approche fondamentale de Lomborg en matière de résolution des problèmes mondiaux.

La note de service de Gates a suscité l’indignation des militants pour le climat, qui lui reprochent de minimiser la gravité de la catastrophe, de remettre en question la température comme principal indicateur de réussite et d’insister sur le fait que la santé et la prospérité constituent les meilleures défenses contre un monde plus chaud. Or, ce sont précisément les arguments avancés par Lomborg lorsqu’il a soutenu que les pays riches ne devaient pas empêcher les pays pauvres d’utiliser une énergie fiable, que l’adaptation et la croissance pouvaient réduire considérablement les dommages, et que la poursuite de réductions d’émissions toujours plus coûteuses tout en négligeant des interventions peu onéreuses mais vitales était une erreur tant sur le plan éthique qu’économique.

La justification de Lomborg ne repose pas sur la perfection de chaque graphique ou prévision. (J’ai toujours soutenu qu’il fallait faire confiance à Lomborg non pas parce qu’il a toujours raison, mais parce que – constamment contrôlé par des milliers de détracteurs qui voulaient le voir échouer – il avait toutes les raisons de commettre moins d’erreurs que ceux qui vivent dans la bulle épistémique du catastrophisme environnemental.) Elle repose sur trois éléments que ses adversaires ont tenté de délégitimer mais qu’ils n’ont pas réussi à renverser.

Premièrement, il a insisté pour mesurer les tendances à long terme plutôt que de réagir aux gros titres. C’est pourquoi *The Skeptical Environmentalist* a consacré tant de pages à la fécondité, à la production alimentaire, à la qualité de l’air et de l’eau, aux prix des ressources et aux statistiques sur les catastrophes. Le message était que l’ingéniosité humaine et la croissance tirée par le marché avaient résolu ou atténué bon nombre des problèmes que les générations précédentes jugeaient insolubles, et que les politiques devaient s’appuyer sur ce bilan plutôt que de partir du principe d’un déclin inévitable.

Deuxièmement, il a traité le changement climatique comme un problème grave parmi tant d’autres, et non comme une croisade morale unique qui l’emporte sur tous les autres objectifs. Son ouvrage ultérieur, *Cool It*, a fait valoir que certaines politiques climatiques très médiatisées ne satisfaisaient pas aux critères élémentaires de rentabilité et qu’une combinaison de tarification modérée du carbone, d’innovation technologique et d’adaptation ciblée serait plus efficace à moindre coût.
Gates fait désormais écho à cette logique lorsqu’il appelle à l’innovation, à une énergie propre et bon marché et à la poursuite des investissements dans la santé et le développement, plutôt que de consacrer chaque dollar disponible à des réductions symboliques des émissions.

Troisièmement, Lomborg abordait les priorités comme une question empirique, et non comme l’expression d’une pureté morale. Les exercices du Consensus de Copenhague classent les politiques en fonction du bénéfice attendu par dollar, plaçant souvent les vaccins, la nutrition et l’éducation de base avant les grands objectifs climatiques. Ce cadre n’est rien d’autre que de l’économie du bien-être appliquée. Il est plus proche de l’éthique de la santé publique fondée sur les preuves que de la politique émotionnelle qui a dominé le débat sur le climat.

C’est ce que signifie dire que Lomborg était guidé par la science plutôt que par le dogme ou l’émotion. Il ne niait pas l’existence des problèmes. Il se demandait quelle était leur ampleur, à quelle vitesse ils évoluaient, et quelles étaient les solutions les plus efficaces si l’on se souciait de l’épanouissement humain. Ses adversaires ont souvent répondu non pas par de meilleures données, mais par des tentatives visant à le discréditer, à lui opposer des commissions d’enquête et à dissuader d’autres personnes de poser des questions similaires.

L'apparition de Bill Gates aux côtés de Lomborg dans ce débat souligne à quel point cette stratégie était fragile. Si le changement climatique n'est pas la fin du monde mais que les gens vont en réalité prospérer, si la pauvreté et la maladie restent les principales causes de mortalité, et si les politiques doivent être jugées à l'aune des vies améliorées plutôt qu'à celle des tonnes de carbone seules, alors le cœur du message de Lomborg tient toujours.

Il y a une leçon plus large à en tirer. Les sociétés modernes prétendent vénérer la science, mais transforment trop souvent les controverses scientifiques en batailles morales où les hérétiques doivent être humiliés ou réduits au silence. L’expérience de Lomborg montre ce qui se passe lorsqu’un chercheur remet en cause un discours dominant avec des chiffres gênants. La tentative de le punir n’a pas modifié les données. Elle n’a fait que ret**der une conversation nécessaire sur les compromis, les priorités et la meilleure utilisation de ressources limitées.

Ce débat est désormais inévitable. Gates a en effet conforté les principaux arguments de Lomborg, même si les militants les dénoncent. Au lieu de faire comme si cela ne s’était jamais produit, nous devrions reconnaître ce dont il s’agit : une réhabilitation t**dive de l’écologiste sceptique qui a posé les bonnes questions en premier.

Cet article a été initialement publié dans Quillette le 20/11/2025.

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🧭 Polarisation politique : 5 statistiques pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les démocraties occidentales et ...
13/03/2026

🧭 Polarisation politique : 5 statistiques pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les démocraties occidentales et dépasser l’idée d’une radicalisation uniforme

[ ⏱️ Temps de lecture de l'article complet estimé à 12 minutes]

⛓️Dans la lignée du précédent article "Les émotions gouvernent-elles désormais la politique ?" (https://www.facebook.com/auxpetitsacteurslavenir/posts/pfbid031z5mMaqNFcS5CLfBixPWbesQnayCzvzdmxLt1sPWdi9UtC7WhJPsxKP82zdupeAEl).

🧨 Le texte rappelle d’abord ce que recouvre la « polarisation » : plus de désaccords idéologiques, plus de tensions, moins de compromis, et une logique où l’adversaire est de plus en plus perçu comme un ennemi illégitime, ce qui peut mener au blocage institutionnel.

🇺🇸 Sur les États-Unis, les auteurs discutent une étude (Royal Society Open Science, données ANES) qui conclut à une hausse de la polarisation depuis la fin des années 1980, surtout via une séparation accrue des groupes sociaux entre 2008 et 2020. Ils insistent toutefois sur un point : il faut distinguer polarisation des élites politiques et polarisation des citoyens, et ne pas confondre les deux dynamiques.

📊 Premier chiffre marquant : l’évolution des opinions au sein des partis américains n’est pas présentée comme strictement symétrique. Le texte cite des déplacements nets chez les démocrates sur des sujets culturels (ex. discrimination positive, immigration), tandis que les républicains évoluent aussi fortement mais sur d’autres axes (ex. réduction de l’immigration). L’idée centrale est que la polarisation dépend de l’indicateur choisi.

🧩 Raul Magni-Berton souligne une limite méthodologique : constater une stabilité “moyenne” à droite peut masquer une hétérogénéité interne (certains allant plus à droite, d’autres se déplaçant vers le centre), ce qui maintient une moyenne stable tout en changeant la structure du camp.

🎭 Autre point important : les indicateurs utilisés mesurent surtout des enjeux culturels. Les auteurs suggèrent que séparer clairement culturel et économique améliore la lecture, car la polarisation semble plus forte sur le culturel, tandis que sur l’économique la dispersion peut évoluer différemment.

🌍 Côté Europe, la prudence domine : le texte explique que si la polarisation des partis est visible dans le débat public, elle apparaît moins nette au sein des populations européennes. Il met aussi en garde contre la tentation de généraliser le cas américain à “l’Occident”, les données ne soutenant pas forcément une dynamique identique.

👶 Deuxième statistique discutée : la fécondité diffère selon l’orientation politique (exemple américain). Les auteurs explorent l’idée que ces écarts peuvent compter à long terme, mais insistent sur les effets d’âge, de génération, la taille des groupes, et le fait que la démographie seule ne suffit pas à prédire les résultats électoraux.

🧬 Troisième chiffre : la transmission intergénérationnelle des opinions serait très élevée (les enfants adoptent massivement les orientations politiques des parents). L’argument : avant même les bulles numériques, il existe des “bulles familiales”, ce qui relativise l’idée d’un individualisme idéologique entièrement autonome.

🧑‍🤝‍🧑 Quatrième angle : socialisation et pression des pairs. Les auteurs décrivent un schéma où les jeunes se positionnent plus à gauche durant les études (influence des pairs, contexte), puis peuvent se redéplacer avec l’âge, tout en restant fortement marqués par le point de départ familial.

⚥ Cinquième bloc : le gender gap et la “tolérance” déclarée. Le texte souligne que la polarisation ne se réduit pas à gauche/droite : elle se joue aussi via le genre, l’âge, la religion, le diplôme, le territoire. Il note un écart croissant chez les jeunes (garçons plus à droite que filles), et discute ce que mesurent vraiment les enquêtes de tolérance.

🏛️ Enfin, sur la mutation des partis, le texte avance que la dimension culturelle a pris le dessus depuis trente ans. Résultat : homogénéisation plus forte à gauche sur certains sujets, tandis qu’à droite la diversité interne resterait plus importante, ce qui produit une polarisation visible surtout sur le culturel plus que sur l’économique.

🔗 Lien de l'article en commentaire ⬇️

📑 Pour aller plus loin : "La théorie des fondements moraux et la polarisation politique" (https://www.facebook.com/citoyenconcerne/posts/pfbid0AVc3kee8aP8MjcTEvHe7cxeWiEEzTgR9BEVy1tVDfvc9g7aCcgHUNHF7j8UT8iCpl), "La politisation de la science et des universités est néfaste pour tout le monde" (https://www.facebook.com/citoyenconcerne/posts/pfbid02orYwKzqDh7LSLrgJ7tzFLjtFgj2oQYN4miS7azXNs9S3TJrQVaoS2pxZtV5htiuel), "Apprendre à s'intéresser à la diversité politique à une époque polarisée" (https://www.facebook.com/citoyenconcerne/posts/pfbid037rGkntqL83rGXDEiPKshKJ3g5HNhheCtjM2Qt25ESFXGbGGWHYN9fnEVmXoXzF1jl), "Les convictions morales amplifient l'erreur fondamentale d’attribution" (https://www.facebook.com/citoyenconcerne/posts/pfbid0MMdzb5M4BWdpGHzGdzKE6nMwkeWbBD3c6ufS11QnrLF1TKWtR8AyBpayzieocq75l) et "«La Force d’être juste» : avec Jean Birnbaum, penser contre les siens" (https://www.facebook.com/citoyenconcerne/posts/pfbid02qV8KQGnwpc3Cbijf4v5twxmkuWjuHzcz24oVwM7k32eRc3HuWwcJt1bFYxiYkwLnl).

🧐 La misanthropie verte est-elle un mal propre à l'Occident ? - par Maarten Boudry😳 Comment l'Occident a appris à détest...
06/02/2026

🧐 La misanthropie verte est-elle un mal propre à l'Occident ? - par Maarten Boudry
😳 Comment l'Occident a appris à détester l'humanité

[ ⏱️ Temps de lecture estimé à 13 minutes, traduction DeepL ]

⛓️ Pour faire suite à la précédente publication "Peut-on mettre fin au compromis entre développement humain et environnement ?" (https://www.facebook.com/auxpetitsacteurslavenir/posts/pfbid0YhcKyLCYzGidky4arn6btyuj17BEwAQP6e89rTj3ExYKeCPtDxshvdmJZE1kTJU5l).

Dans la trilogie de science-fiction époustouflante de Cixin Liu, Remembrance of Earth's Past, une physicienne chinoise nommée Ye Wenjie invite les Trisolariens, une civilisation extraterrestre avancée, à conquérir la Terre et à juger l'humanité. Ye est un personnage tragique qui en est venu à mépriser l'humanité. Traumatisée par la Révolution culturelle, elle espère d'abord que les sages extraterrestres rendront justice cosmique, mais elle ne comprend pas (ou refoule cette pensée) qu'ils ont l'intention d'anéantir complètement la civilisation humaine. Elle finit par créer l'Organisation Terre-Trisolaris (ETO) avec quelques collègues scientifiques, une sorte de cinquième colonne terrestre qui aide les envahisseurs à mener à bien leur projet d'anthropocide. Leur motivation ? Une forme radicale d'écologisme qui considère les humains comme un fléau pour la planète.

Ce n'est pas la première histoire de science-fiction à utiliser le trope de l'écologiste radical qui croit que la Terre se porterait mieux sans l'Homo sapiens. La justification écologique de l'extermination humaine a été résumée de manière mémorable par l'extraterrestre incarné par Keanu Reeves dans le remake de 2008 du film Le Jour où la Terre s'arrêta : « Si la Terre meurt, vous mourez. Si vous mourez, la Terre survit. » Ou, comme le dit l'agent Smith dans Matrix : « Vous êtes un fléau, et nous sommes le remède. » Mais Cixin Liu utilise un procédé narratif intéressant pour catalyser le désenchantement de la protagoniste à l'égard de l'humanité : alors qu'elle est encore jeune femme, Ye tombe par hasard sur un exemplaire de Silent Spring (Printemps silencieux) de Rachel Carson, un livre interdit par le Parti communiste car considéré comme un pamphlet réactionnaire contre l'industrialisation. En lisant ce livre interdit en secret, et en finissant par être appréhendée par les cadres du Parti, elle se radicalise dans un pessimisme écologique. Liu ne fait pas mystère du rôle central joué par Silent Spring dans son éveil idéologique : « La réflexion rationnelle de Ye sur le côté maléfique de l'humanité a commencé le jour où elle a lu Silent Spring ». Et à la fin de la vie de Ye :

« Dans ses derniers instants, Ye Wenjie se souviendra de l'influence que Silent Spring a eue sur sa vie. Le livre ne traitait que d'un sujet limité : les effets négatifs sur l'environnement de l'utilisation excessive de pesticides. Mais le point de vue adopté par l'auteur a profondément bouleversé Ye. L'utilisation de pesticides semblait à Ye un acte normal, approprié — ou, du moins, neutre —, mais le livre de Carson lui a permis de comprendre que, du point de vue de la nature, leur utilisation était indiscernable de la Révolution culturelle et tout aussi destructrice pour notre monde. Si tel était le cas, alors combien d'autres actes de l'humanité qui semblaient normaux, voire justes, étaient en réalité mauvais ? »

C'est cette désillusion vis-à-vis de l'humanité, suscitée par la lecture de Silent Spring, qui a poussé Ye à envoyer son message fatidique annonçant la fin de l'humanité.

Un fléau venu de l'Occident ?

Il est tentant de rejeter cette histoire comme n'étant rien de plus qu'une propagande anti-occidentale émanant d'une nationaliste chinoise déclarée. Tout d'abord, Rachel Carson n'est pas la prophète anti-humaine que ses détracteurs et certains de ses disciples ont souvent dépeinte. En fait, elle n'était même pas opposée aux pesticides et à l'industrie chimique en soi — elle mettait simplement en garde contre l'utilisation imprudente et excessive de nouveaux produits chimiques, souvent pulvérisés par avion, qui ravagent des écosystèmes fragiles que nous comprenons à peine (et elle avait largement raison sur ce point). Pourtant, même si Carson n'était pas misanthrope, elle est devenue la sainte patronne d'un courant intellectuel occidental profondément anti-progrès et anti-humain. Et Liu a peut-être raison de penser que le moyen le plus efficace de rendre compréhensibles les motivations étranges de ses antagonistes misanthropes, en particulier pour un public chinois, est de les présenter comme une importation occidentale.

Prenons, par exemple, le deuxième rapport de ce think tank très occidental qu'est le Club de Rome, qui affirme que « le monde a un cancer, et ce cancer, c'est l'homme », précisément la métaphore utilisée par les méchants de Remembrance of Earth's Past. Dépeindre les humains comme des parasites, des fléaux ou des nuisibles est devenu un trope récurrent dans l'environnementalisme occidental. L'ONG britannique Population Matters compare l'humanité à un essaim de sauterelles : d'abord, nous dévorons tout ce que nous voyons, puis nous mourons de faim et disparaissons. Même Sir David Attenborough, pourtant connu pour son caractère doux, a qualifié l'humanité de « fléau » planétaire. Pendant la pandémie, un refrain courant parmi les écologistes radicaux présentait l'humanité comme le « véritable » virus, le COVID étant le moyen utilisé par Mère Nature pour se guérir.
Le pape François a décrit la pandémie comme « la réponse de la nature » à nos péchés écologiques. Si cela ne vous semble pas assez radical, que diriez-vous du Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité, fondé par un écologiste américain, qui appelle les humains à s'abstenir de procréer afin de provoquer l'extinction progressive de notre espèce ?

Une grande partie de cette misanthropie n'est guère plus qu'une posture, une forme d'autoglorification dissimulée derrière la grammaire du « nous auto-exclusif ». Lorsque les flagellants déclarent que « nous » sommes un cancer pour la planète, ils s'excluent discrètement eux-mêmes ainsi que d'autres individus sensibilisés à l'environnement. Comme l'avait compris Nietzsche, celui qui se méprise « s'estime néanmoins, en tant que méprisateur de soi ».

Histoires culturelles « Just-So »

Tout cela soulève une question pertinente : la misanthropie environnementaliste est-elle un mal propre à l'Occident que nous avons exporté dans le reste du monde ? La plupart des environnementalistes influents appartiennent clairement à la tradition intellectuelle occidentale et ont souvent été formés dans des universités occidentales. Mais là encore, la civilisation occidentale a été si dominante à l'échelle mondiale au cours des derniers siècles que presque toutes les idéologies ayant eu un impact mondial, y compris le libéralisme, le communisme et le nazisme, sont nées en Occident.
Il n'est pas difficile de raconter une histoire qui présente l'environnementalisme comme un produit de la tradition judéo-chrétienne. Plus que la plupart des systèmes religieux, le christianisme prône l'humilité et s'att**de sur la pourriture et la dépravation humaines. Nous sommes nés pécheurs et devons expier notre corruption. Dans son encyclique verte Laudato Si', le pape François a écrit que « l'abus de la création commence lorsque nous ne reconnaissons plus aucune instance supérieure à nous-mêmes, lorsque nous ne voyons rien d'autre que nous-mêmes ». À l'appui de cette éthique de l'humilité écologique, il a cité les Écritures et les Pères de l'Église.

Et pourtant, dans un article célèbre publié dans Science, l'historien Lynn White a avancé un argument presque diamétralement opposé. Dans le récit historique de White, la domination impitoyable de la nature commence avec le christianisme (et le judaïsme), plus précisément avec l'injonction divine dans la Genèse de « soumettre » la Terre et de « régner » sur elle. Il oppose cet héritage à l'animisme païen, qui tend à considérer la nature comme « sacrée » et qui est plus en phase avec la place de l'humanité au sein de celle-ci. Alors, qu'en est-il ? Le christianisme autorise-t-il la soif de domination, ou cultive-t-il l'humilité et le respect envers le monde naturel ?

Avec un peu de créativité, nous pourrions inventer une histoire correspondante qui explique pourquoi la civilisation chinoise n'a pas produit sa propre tradition d'environnementalisme anti-humain. Peut-être que le confucianisme, qui met l'accent sur l'harmonie et l'équilibre, tend à rechercher la place appropriée de l'humanité dans l'ordre cosmique ? Peut-être que la philosophie chinoise est davantage axée sur la modération que sur le radicalisme de quelque nature que ce soit ? Pourtant, dans une tradition intellectuelle qui s'étend sur plusieurs millénaires, on peut certainement trouver des éléments qui font écho à l'environnementalisme occidental. Le taoïsme, par exemple, s'écarte de l'humanisme confucéen et nie que les humains occupent une place privilégiée dans l'ordre cosmique. Au IVe siècle avant notre ère, un philosophe comme Zhuangzi cultivait une affinité avec la nature et attirait souvent l'attention sur les animaux et les plantes précisément pour réduire l'importance que les humains s'accordaient à eux-mêmes. À la fin de la dynastie Tang (618-907 après J.-C.), la tradition de la peinture de paysage exprimait le désir des hommes cultivés de « s'échapper de leur monde quotidien pour communier avec la nature ».
Certes, ce culte doux de la nature et cette critique de la vanité humaine sont loin d'être aussi radicaux que le Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité, mais ils montrent que l'écocentrisme n'est en aucun cas étranger à la tradition chinoise.

Une explication plus approfondie

Il serait peu plausible de nier que la tradition judéo-chrétienne a laissé son empreinte sur l'environnementalisme moderne, en particulier dans ses formes les plus misanthropiques.
Certains écologistes ostensiblement laïques affichent une affinité indéniable avec les flagellants chrétiens du Moyen Âge, qui se fouettaient la peau en signe de pénitence. Dans leurs prophéties apocalyptiques sur la catastrophe écologique, on entend les échos de l'eschatologie chrétienne, dans laquelle l'humanité est traduite devant un tribunal supérieur. Nous avons péché contre Mère Nature et nous subirons sa colère.

Mais de telles explications ne nous mènent pas loin. Dans des cultures imprégnées d'imagerie chrétienne, il n'est guère surprenant que les récits apocalyptiques fassent écho à l'imagerie biblique ; cela ne signifie pas nécessairement que le christianisme en soit la cause profonde. Après tout, le christianisme est devenu la religion la plus répandue au monde en partie parce qu'il faisait écho à des intuitions humaines préexistantes. La principale d'entre elles est la croyance en un univers juste, dans lequel les bonnes actions sont récompensées et les mauvaises punies, une notion qui précède de loin le christianisme et qui apparaît dans toutes les traditions religieuses, du karma dans la pensée indienne à Maʿat dans l'Égypte ancienne.

Je voudrais proposer une explication différente de la susceptibilité de l'Occident à la misanthropie environnementaliste, une explication qui pourrait être moins réconfortante pour les défenseurs du progrès humain et de la modernité. Tout d'abord, nous devons garder à l'esprit que le cerveau humain est doté de ce que le regretté philosophe Daniel Dennett appelait la « position du design » : une tendance à interpréter le monde en termes de buts et d'objectifs. Cette capacité est indispensable pour comprendre les artefacts créés par l'homme et les desseins de la nature. Le monde vivant regorge d'apparences de design, chaque espèce occupant une niche et présentant des adaptations ingénieuses pour survivre et se reproduire. De là, il n'y a qu'un pas à franchir pour croire que la nature, dans son ensemble, est régie par un seul et même grand dessein. Et pour les créatures dotées d'intuitions morales, il est tentant de conclure que l'ordre naturel est bon et que s'en écarter est mauvais. En d'autres termes, l'erreur naturaliste n'a pas été inventée par des théologiens chrétiens scandalisés par l'homosexualité.

Il a fallu des milliers d'années à un membre de notre espèce (ou deux, si l'on compte Alfred Russel Wallace) pour enfin comprendre d'où venait tout ce dessein apparent. L'univers de Darwin ne laisse aucune place à un dessein global dans la nature, et encore moins à un dessein ayant une signification morale. Au contraire, nous avons des millions de desseins et d'objectifs interdépendants, dont certains sont alignés, mais dont la plupart sont en conflit. Malgré cela, il est difficile de résister à l'intuition que la nature elle-même a un but. Aujourd'hui, des millions de personnes instruites qui professent leur adhésion à l'évolution darwinienne s'accrochent à des versions de l'hypothèse Gaïa, la croyance selon laquelle la nature forme un tout harmonieux dans lequel chaque espèce a un rôle utile à jouer. En bref, la croyance en l'harmonie naturelle nous a toujours accompagnés.

Cependant, dans presque toutes les sociétés humaines jusqu'à très récemment, cette croyance était tempérée par la dure réalité de la vie quotidienne. La nature inspirait la crainte et la terreur à nos ancêtres, car ils étaient exposés à ses prédateurs sanguinaires, à ses parasites carnivores, à ses caprices climatiques et à ses maladies infectieuses. La nature était donc rarement confondue avec une mère nourricière, même au sens figuré. Elle imposait le respect, car elle pouvait vous ôter la vie en un instant ou vous affamer progressivement.
Pour préserver la vision d'un univers moralement ordonné, il fallait croire soit que les êtres humains existants étaient mauvais et méritaient d'être punis, soit que nos ancêtres avaient commis une erreur et que nous héritions de la punition pour leurs péchés. Cela explique en grande partie pourquoi la croyance en une punition surnaturelle est presque universelle dans toutes les cultures.

L'exception de la modernité occidentale

Ce qui nous amène à l'exception distinctive de la modernité occidentale.
Les sociétés modernes sont les premières dans lesquelles les citoyens ne sont pas contraints à une confrontation incessante avec la nature. Lorsque Thomas Malthus a averti en 1798 que la croissance démographique aboutirait inévitablement à une mort massive par famine et maladie, il avait raison pour toutes les sociétés qui l'avaient précédé. Ses prédictions se sont révélées fausses uniquement parce que les Européens étaient sur le point de créer un type de société entièrement nouveau, le premier à échapper au piège malthusien. La mortalité infantile a chuté à un centième de ses niveaux historiques. L'abondance matérielle a atteint des sommets auparavant inimaginables, et les famines ont disparu. Pour la première fois dans l'histoire, il est devenu possible de vivre une vie largement à l'abri des terreurs de la nature, des épidémies et des inondations aux sécheresses et aux tempêtes destructrices de récoltes. La sécurité matérielle est devenue si abondante dans les sociétés occidentales que de nombreux citoyens sont devenus « post-matérialistes », selon le terme de Ronald Inglehart.

Les économistes ont depuis observé que la relation entre le développement économique et la dégradation de l'environnement suit souvent une courbe en U inversé, connue sous le nom de courbe environnementale de Kuznets. Lorsque les sociétés sortent de la pauvreté, la pollution augmente dans un premier temps, conséquence inévitable de l'industrialisation. Lorsque la survie est en jeu, la pollution de l'air et la dégradation des paysages sont des préoccupations secondaires. Mais à mesure que les revenus augmentent et que les besoins fondamentaux sont satisfaits, les sociétés peuvent se permettre de se soucier de la dégradation de l'environnement et, à terme, de valeurs immatérielles telles que la nature sauvage et la biodiversité. Cette combinaison d'abondance et de sécurité, comme je l'ai récemment soutenu dans Quillette, est précisément ce qui permet aux gens modernes de romancer la nature à un degré sans précédent.

Les Occidentaux postindustriels aiment imaginer que les peuples autochtones possédaient une sagesse surnaturelle leur permettant de vivre en harmonie avec la nature, une croyance reflétée dans des films hollywoodiens tels que Avatar et Pocahontas. Cependant, il s'agit principalement d'une projection de notre part. Ce sont les hommes modernes qui idéalisent la nature, précisément parce qu'ils n'ont plus à endurer ses difficultés quotidiennes. Plus nous sommes protégés des dangers du monde naturel, plus nous nous en éloignons. Avec le confort de la vie contemporaine à portée de main, il est facile de se laisser aller à fantasmer sur une harmonie primordiale avec la nature que nous aurions perdue en cours de route.

Il convient également de rappeler que la domination à grande échelle de la nature par l'Occident industrialisé est elle-même sans précédent dans l'histoire. L'ambition de dompter et de conquérir la nature n'est pas née en Europe (ni dans le livre de la Genèse), mais les sociétés occidentales modernes se sont montrées extraordinairement habiles dans cette tâche, ce qui explique en partie l'intensité de la réaction négative. Des chemins de fer et des bateaux à vapeur aux gratte-ciel et aux barrages en béton, des avions aux vastes canaux reliant les océans, la révolution industrielle a permis des transformations du monde naturel à une échelle sans précédent.
Les résultats n'ont pas toujours été très esthétiques, en particulier pour les sociétés qui continuent de gravir la pente ascendante de la courbe environnementale de Kuznets.

Le train de wagons

Si cette hypothèse est correcte, elle explique pourquoi le culte de la nature, dont l'éco-misanthropie est le prolongement radical, a jusqu'à présent été un phénomène principalement occidental. Ce n'est peut-être qu'une question de temps avant que la Chine et le reste du monde ne rattrapent leur ret**d. Dans un récent essai pour le Breakthrough Institute, Seaver Wang, Ted Nordhaus et Vijaya Ramachandran ont cherché à tempérer l'enthousiasme curieux exprimé par les écologistes occidentaux à propos de l'expansion des énergies propres en Chine. « Il y a peu de raisons de penser », écrivent-ils, « que le développement énergétique de la Chine sera fortement influencé par cette caractéristique de la modernisation, typiquement occidentale et paroissiale, qu'est l'environnementalisme ».

Ils ont probablement raison, du moins pour l'instant. Mais je pense qu'il serait erroné de supposer que l'écologisme restera à jamais une préoccupation exclusivement occidentale.
À mesure que la Chine s'approche du stade post-matériel de son développement, elle pourrait devenir plus réceptive aux croyances écologistes. Et si les Chinois fortunés oublient les horreurs du monde naturel auquel ils ont échappé, comme beaucoup d'entre nous l'ont fait, ils pourraient finir par succomber au même mythe d'une harmonie naturelle perdue depuis longtemps, offrant ainsi un terrain fertile pour que les graines vertes de Rachel Carson puissent germer.

L'un des plus éminents défenseurs universitaires de la décroissance aujourd'hui est Kohei Saito, un philosophe japonais de l'université de Tokyo, qui soutient que nous devons nous appauvrir pour « sauver la Terre ». Est-ce une simple coïncidence si le Japon a été le premier pays non occidental à s'industrialiser et à rejoindre les rangs des sociétés riches ? Si l'on trace la répartition géographique des articles sur la décroissance en fonction de l'affiliation des auteurs, les principaux foyers se trouvent, sans surprise, en Europe occidentale, mais on observe également une activité croissante dans les pays non occidentaux, y compris au Japon. Un article publié en 2022 dans Nature Sustainability appelant à un système alimentaire « post-croissance » compte pas moins de dix auteurs affiliés à des institutions japonaises.

Dans The End of History, Francis Fukuyama nous invite à imaginer l'humanité comme « un long convoi de wagons s'étirant le long d'une route ». Certains wagons sont enlisés dans des ornières, tandis que d'autres ont fait une pause ou ont même temporairement fait demi-tour. Mais la grande majorité d'entre eux avancent tranquillement vers la même destination. Cependant, comme les wagons sont très éloignés les uns des autres, nous avons tendance à exagérer les différences culturelles. Comme le note Fukuyama, « les différences apparentes entre les situations des wagons ne seront pas considérées comme le reflet de différences permanentes et nécessaires entre les personnes qui les occupent, mais simplement comme le résultat de leurs positions différentes le long de la route ». Pour ceux qui croient au progrès matériel et à la modernité, cette explication peut être déprimante. Si Fukuyama a raison, ce n'est peut-être qu'une question de temps avant que la Chine – et le reste du monde – ne donne naissance à sa propre génération de prophètes verts de l'antimodernité et de l'anti-humanité, sans aucun encouragement de la part de l'Occident.

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