13/06/2026
Entretien exclusif avec la Directrice Pays de CBM à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la Sensibilisation à l’Albinisme (JISA 2026).
À l’occasion de la célébration du 13 juin, Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, l’Association Nationale des personnes atteintes d’Albinisme au Togo (ANAT) donne la parole à l’un de ses partenaires, Christian Blind Mission (CBM), afin de mettre en lumière les actions menées en faveur de l’inclusion des personnes atteintes d’albinisme au Togo.
Dans cet entretien, Madame Laure TAY, Directrice Pays de CBM Togo/Bénin, revient sur les mécanismes mis en place par CBM pour encourager, soutenir et promouvoir l’inclusion socio-économique des personnes atteintes d’albinisme, notamment à travers l’accès aux soins, l’éducation inclusive, l’autonomisation économique, la sensibilisation et le plaidoyer communautaire.
ANAT :
Madame la Directrice Pays, merci d'avoir accepté de prendre la parole à nos côtés à l'occasion de cette Journée internationale de sensibilisation à l'albinisme. Pour commencer, pourquoi CBM accorde-t-elle une importance particulière à l'inclusion des personnes atteintes d'albinisme ?
Madame Laure TAY, Directrice Pays de CBM Togo/Bénin :
Merci à l'ANAT pour cette opportunité. Chez CBM, nous sommes convaincus que chaque personne atteinte d'albinisme a le droit de vivre dignement, sans discrimination et avec les mêmes chances que les autres. Notre engagement consiste à promouvoir une inclusion réelle qui combine l'accès aux soins, à l'éducation, à l'autonomisation économique et à la transformation des mentalités.
ANAT :
L'un des défis majeurs des personnes atteintes d'albinisme concerne la déficience visuelle. Quelles actions concrètes CBM a-t-elle menées dans ce domaine ?
Laure TAY :
Effectivement, la déficience visuelle liée à l’albinisme constitue un frein majeur à la scolarisation et à l’épanouissement des enfants qui en sont atteints. En collaboration avec le Programme National de Santé Oculaire, nous avons financé des consultations ophtalmologiques et la conception de verres correcteurs pour des enfants et jeunes dans plusieurs villes du Togo, permettant à des élèves qui peinaient à voir le tableau de retrouver de meilleures conditions d’apprentissage et à leurs enseignants de porter enfin une attention réelle à leurs besoins visuels.
ANAT :
Au-delà de la santé, l'accès à l'éducation demeure un enjeu essentiel. Comment CBM accompagne-t-elle les enfants et les jeunes atteints d'albinisme sur ce plan ?
Laure TAY :
Nous savons que les contraintes financières empêchent encore de nombreuses familles de maintenir leurs enfants à l'école. C'est pourquoi nous avons pris en charge des kits scolaires ainsi que des frais de scolarité pour des élèves et étudiants atteints d'albinisme à travers le pays.
Parallèlement, nous avons sensibilisé les enseignants, les responsables d'établissements et les inspecteurs sur les bonnes pratiques d'éducation inclusive afin de créer un environnement d'apprentissage plus adapté et plus favorable à leur réussite.
ANAT :
L'inclusion passe également par l'autonomie économique. Quelles initiatives avez-vous développées dans ce domaine ?
Laure TAY :
La précarité économique des familles de personnes atteintes d’albinisme aggrave leur exclusion et limite leur capacité à faire face aux besoins spécifiques de leurs enfants. Nous avons soutenu la formation des jeunes atteints d’albinisme et des mères d’enfants atteints d’albinisme en entrepreneuriat et en gestion d’activités génératrices de revenus, en les appuyant avec des microcrédits sans intérêt et en facilitant leur accès aux groupes d’épargnes et de crédit. Ces dispositifs ont contribué à leur autonomisation socioéconomique.
ANAT :
Les préjugés et les croyances erronées restent malheureusement très présents. Comment CBM agit-elle pour faire évoluer les mentalités ?
Laure TAY :
Le changement des perceptions est indispensable pour bâtir une société inclusive. Nous avons soutenu des campagnes de sensibilisation impliquant des leaders communautaires, des parents, des élus locaux, relayées par des médias communautaires.
Ces actions ont permis d'observer des changements encourageants : plusieurs leaders se sont engagés à poursuivre la sensibilisation dans leurs communautés et de nombreux parents ont adopté un regard plus positif et protecteur envers leurs enfants atteints d'albinisme.
ANAT :
À l'occasion de cette Journée internationale de sensibilisation à l'albinisme, quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux partenaires et à la population togolaise ?
Laure TAY :
L'albinisme ne doit jamais être une cause d'exclusion. Chaque personne atteinte d'albinisme possède des talents, des compétences et un potentiel qui ne demandent qu'à être valorisés.
Nous invitons les autorités, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile et l'ensemble des citoyens à poursuivre leurs efforts pour construire une société où chacun peut apprendre, travailler, entreprendre et vivre pleinement, quelles que soient ses différences.
L'inclusion est une responsabilité collective, et c'est ensemble que nous pourrons bâtir un Togo plus juste, plus solidaire et plus respectueux des droits de toutes et tous.