18/10/2026
➡️Merci Patrick Mathieu pour cette publication très intéressante a lire.
Mes Amis,
Une civilisation ne disparaît jamais d'un seul coup. Elle s'efface par renoncements successifs. Chaque époque connaît ses incendiaires. Certains brûlent des bâtiments ; d'autres brûlent les mots, les principes, la mémoire et l'Histoire. Les premiers fascinent presque moins que les seconds, car les flammes visibles ne sont souvent que le reflet d'un incendie intellectuel déjà en cours.
Depuis des années, nous assistons à une lente banalisation de l'inacceptable. On brûle des drapeaux français au nom de colères prétendument légitimes. Des professeurs sont assassinés pour avoir accompli leur mission de transmission, et certains cherchent des circonstances atténuantes là où il ne devrait y avoir qu'une condamnation sans réserve. Des pogroms sont relativisés. L'antisémitisme retrouve droit de cité sous des formes nouvelles. Des livres sont interdits, censurés ou voués symboliquement au feu. Et toujours les mêmes explications, les mêmes excuses, les mêmes renoncements.
Une révolution authentique élève l'homme. Elle agrandit le domaine de la liberté, de la connaissance et de la responsabilité. Ce que l'on nous présente aujourd'hui comme une révolution n'est souvent qu'une entreprise de déconstruction permanente, où tout ce qui fonde la nation est présenté comme suspect : l'histoire, la transmission, la laïcité, l'école, la culture et finalement la République elle-même.
Hier encore, le symbole a changé de cible. Après les drapeaux, après les enseignants, après les livres, ce sont les institutions qui représentent notre héritage commun qui ont été attaquées. On ne s'en prend pas à une mairie parce qu'on conteste une décision politique. On s'en prend à une mairie parce qu'elle incarne quelque chose qui dépasse les gouvernements : la continuité de la cité, la permanence de la République et la mémoire collective d'un peuple.
À Limoges, ce ne sont pas seulement des pierres qui auraient brûlé. C'est un morceau de l'histoire de France.
L'Hôtel de Ville, inauguré le 14 juillet 1883, est l'œuvre de Charles-Alfred Leclerc, Grand Prix de Rome. Inspiré de l'Hôtel de Ville de Paris, son architecture mêle les styles Renaissance et Louis XIII. Sa façade est ornée des allégories de l'Orfèvrerie et de l'Émaillerie, hommage aux savoir-faire limousins. Quatre médaillons rendent hommage à de grandes figures de l'histoire locale : Léonard Limosin, Henri François d'Aguesseau, Pierre Victurnien Vergniaud et Jean-Baptiste Jourdan.
À l'intérieur, les œuvres monumentales du peintre Henri-Paul Motte racontent l'union du Limousin à la France et la richesse artistique de la région. Devant l'édifice se dresse une remarquable fontaine de porcelaine, de bronze et de granit construite entre 1892 et 1893. Depuis 1975, ce bâtiment est inscrit à l'inventaire des Monuments historiques.
Voilà ce que les barbares détruisent lorsqu'ils mettent le feu à un hôtel de ville.
Ils ne détruisent pas seulement une toiture, des murs ou un campanile. Ils s'attaquent à des générations de bâtisseurs, d'artistes, d'ouvriers, d'élus et de citoyens. Ils s'attaquent à une mémoire qui ne leur appartient pas. Ils s'attaquent à une œuvre commune patiemment construite par ceux qui nous ont précédés.
L'Histoire nous enseigne une vérité immuable : avant d'abattre une civilisation, on attaque ses symboles. On brûle ses drapeaux. On intimide ses enseignants. On efface ses livres. On réécrit son histoire. Puis on s'en prend à ses monuments et à ses institutions.
À chaque étape, des voix expliquent qu'il ne faut pas exagérer, qu'il ne faut pas y voir un signe, qu'il ne faut pas faire de rapprochements.
Pourtant le signal est là.
Une société qui n'est plus capable de défendre ses symboles finit toujours par perdre les valeurs qu'ils représentent. Car lorsqu'une mairie brûle, ce n'est pas seulement un bâtiment qui est menacé. C'est l'idée même qu'il existe encore un bien commun digne d'être protégé.
Et lorsqu'un peuple cesse de protéger ce qui le relie à son histoire, il prépare lui-même son effacement.
Ne nous trompons pas de responsabilité.
Les incendiaires sont coupables de leurs actes. Mais ceux qui, depuis des années, relativisent, excusent, justifient ou ferment les yeux portent une responsabilité morale et politique écrasante.
Lorsque l'on explique que brûler un drapeau n'est qu'un geste de colère, lorsque l'on cherche des circonstances atténuantes à ceux qui attaquent la République, lorsque l'on relativise l'antisémitisme, les pogroms ou l'assassinat de professeurs, lorsque l'on oppose systématiquement les communautés à la nation, on prépare le terrain.
Jean-Luc Mélenchon et ceux qui l'entourent portent, selon moi, une lourde responsabilité dans la banalisation de discours qui fracturent le pays. A force de flatter les ressentiments, d'excuser l'inexcusable et de désigner la République comme l'adversaire plutôt que comme notre bien commun, ils ont contribué à fragiliser les digues qui protégeaient notre cohésion nationale.
Emmanuel Macron porte lui aussi une responsabilité immense. Car gouverner, c'est prévoir. Gouverner, c'est protéger. Gouverner, c'est transmettre et faire respecter l'autorité de l'État. Or, depuis des années, les fractures s'élargissent, les symboles vacillent, l'école est attaquée, les forces de l'ordre sont contestées et le sentiment d'abandon gagne une partie croissante du pays.
L'un est un antissemite digne de Doriot et a soufflé sur les braises.
L'autre a laissé le foyer se consumer.
Pendant ce temps, les Français assistent, impuissants, à l'effacement progressif de ce qui constituait le socle de leur vie commune : l'autorité du savoir, le respect des institutions, la transmission de l'histoire, la laïcité, la liberté de conscience et l'attachement à la nation.
Limoges n'est pas qu'une mairie. Comme les écoles ne sont pas que des bâtiments. Comme les églises, les bibliothèques, les monuments ou les drapeaux ne sont pas de simples objets.
Ce sont les pierres visibles d'une civilisation invisible.
Et lorsqu'une société regarde brûler ses symboles sans comprendre qu'ils représentent son héritage, sa mémoire et son avenir, alors elle découvre trop t**d que le feu ne visait pas seulement des bâtiments.
Il visait la République elle-même.
Il visait ce qui nous rassemble.
Il visait notre mémoire, notre histoire, notre héritage.
Et à force de détourner le regard, nous risquons de découvrir que ce n'est pas seulement un monument qui était en flammes.
C'était déjà une partie de notre France !!!!!!!