12/08/2025
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https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/bande-de-gaza/pourquoi-les-soirees-boiler-room-sont-boycottees-en-soutien-a-gaza
Techno : pourquoi les soirées « Boiler Room » sont boycottées en soutien à Gaza ?
« Boiler Room » se dédouane de ce rachat et explique qu’aucun membre du personnel ne détient de droit de vote sur le choix de l’acheteur.
© Boiler Room
London calling. Le 1er août dernier, à Burgess Park, dans la capitale anglaise, des colonnes de son et une foule de bonne humeur. Au centre de la scène, les DJs défilent et dansent au rythme de leur mix. Pourtant, ils ne sont pas nombreux à avoir communiqué sur leur présence à cette Boiler Room. Surprenant lorsque l’on sait que les organisateurs de cet événement ont été parmi les premiers à diffuser les prestations des DJs dès 2010, non sans un certain succès (certaines vidéos cumulant des milliards de vues), ce qui participe depuis à la visibilité de ces artistes qui ne faisaient pas prier pour relayer ce contenu.
Comment l’expliquer ? La raison de cette discrétion tient au rachat, le 15 janvier dernier, de Boiler Room par Superstruct entertainment, géant européen des festivals et filiale du fonds d’investissement KKR. Un fond qui a des parts dans l’entreprise allemande Axel Springer, qui elle-même détient Yad2, une entreprise immobilière d’un genre particulier. Vous suivez ? En décembre 2023, dans un journal israélien, Yad2 publie un encart publicitaire accompagné de ce slogan, « Du fleuve à la mer », et un message en hébreu : « Yad2 vous aide à vous construire un avenir dans votre prochaine maison en Israël ». Une annonce classique pourrait-on penser. Sauf que les parcelles présentées sont en Cisjordanie palestinienne occupée.
À la suite de ce rachat, une intense campagne de boycott se met en place sur les réseaux sociaux. La scène techno, très connectée, voit fleurir sur plusieurs comptes Instagram des analyses sur les liens entre Boiler Room et KKR, comme celui au nom évocateur Ravers For Palestine. La polémique enfle et, progressivement, des artistes se désengagent des événements.
Appel au boycott de festivals européens
Le 24 mars, Ikonika, artiste non-binaire Britannique respecté·e et tête d’affiche de la Boiler Room londonienne du 1er août, publie un communiqué sur son compte Instagram pour exprimer son refus de cautionner KKR et annule sa participation. D’autres DJs suivent son exemple, comme la française Beatrice M. lors de l’événement Boiler Room parisien du 2 mai, ou encore les américains DJ Slugo ou DJ Clent pour la soirée du 26 juillet à Détroit.
Face à la tension croissante, Boiler Room réagit vite et publie à son tour un communiqué le lendemain. « Nous restons résolument pro-Palestine », affirme l’organisateur. Il se dédouane également de ce rachat et explique qu’aucun membre du personnel ne détient de droit de vote sur le choix de l’acheteur. En sous-texte, la responsabilité en incomberait donc directement à DICE, plateforme de vente de tickets et précédent propriétaire de Boiler Room.
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Dans son communiqué, l’organisateur annonce également rester fermement aligné avec les lignes directrices données par l’organisme coordinateur des boycotts internationaux contre Israël, BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) : faire attention à programmer des artistes palestiniens ou pro-Palestiniens et ne choisir que des partenariats avec des marques bienfaisantes.
Une réaction saluée par BDS, mouvement apparu en 2005 à l’initiative de plus de 170 associations palestiniennes, mais aussi par sa branche dédiée au boycott culturel et académique d’Israël, PACBI, qui mènent une guerre de communication intense contre Superstruct entertainment depuis leur rachat par KKR en 2024. Deux entités à l’origine de nombreux appels au boycott des festivals du géant européen – qui en organise plus de 80 à travers l’Europe tels que le Sonar à Barcelone ou Field Day au Royaume-Uni – souvent couronnés de succès.
Strike sur Superstruct
La campagne de boycott orchestrée par BDS prend toute son ampleur après le tollé du rachat du très populaire Boiler Room. Le festival Sonar à Barcelone perd une trentaine de ses têtes d’affiche après une lettre ouverte publiée le 15 mai l’appelant à « reconsidérer ses liens avec KKR », signée par environ 80 artistes et collectifs du monde de la musique électronique.
Idem pour le festival Field Day au Royaume-Uni, qui voit la moitié de sa programmation lui faire faux bond en mai dernier après la publication d’une lettre ouverte similaire, signée par plus de 100 artistes du monde de la musique électronique tels que Ben UFO, Brian Eno, Robert del Naja de Massive Attack.
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Cette campagne de boycott fait effet, et les festivals se voient désormais obligés de réaffirmer leur indépendance quant à Superstruct. Field Day, le festival anglais, publie un premier communiqué, dans lequel il assure que « les propriétaires changent, pas les valeurs »… Puis un second, dans lequel il affirme son plein soutien au peuple de Gaza, et conclut « Free Palestine ». Du côté de Sonar, la promesse est faite que « pas un euro » ne sera donné à KKR, et que tous les bénéfices seront directement utilisés dans les budgets des prochaines éditions.
Promesses dans le vent ou véritables prises de position ? Les boycotts réclamés par BDS et le PACBI auront au moins eu un impact sur les programmations et les festivaliers, qui, loin d’être déconnectés du réel, ont réclamé des prises de positions claires sur la guerre d’Israël à Gaza.
Le premier week-end d’août, un événement « Boiler Room » s’est déroulé à Londres. Ciblé par une volonté de boycott pour Gaza, Boiler Room appartenant depuis janvier ...