31/05/2026
« Après avoir exploré la voie de la maîtrise martiale depuis son enfance, Meng Fuyuan, mon Maître, enseignait surtout l’art plus difficile encore de vivre en paix avec soi-même. »
LE MOUVEMENT VIVANT
Avez-vous remarqué qu’un enfant se balance spontanément lorsqu’il est heureux, rêveur ou absorbé ?
Avez-vous remarqué qu’un fauteuil à bascule apaise, qu’un hamac détend, que le mouvement des vagues calme l’esprit ?
Ce n’est pas un hasard.
Le balancement est l’un des mouvements les plus anciens de notre histoire.
Bien avant de marcher, nous avons été bercés dans le ventre maternel au rythme de la respiration et des pas de notre mère.
Puis nous avons été bercés dans les bras pour être rassurés, consolés ou simplement nous endormir.
Notre corps n’a jamais oublié cette expérience fondamentale.
Dans les arts internes chinois, nous retrouvons cette intelligence naturelle à travers les mouvements lents de bercement, de flottement et d’oscillation.
Lorsque nous nous balançons doucement, quelque chose cesse de forcer.
Les tensions commencent à se délier.
La respiration s’approfondit.
Le mental ralentit.
Le corps retrouve son rythme naturel.
Comme un roseau qui accompagne le vent sans jamais se rompre.
Comme une algue qui épouse le mouvement de l’eau sans lui résister.
Comme un arbre qui paraît immobile alors qu’il dialogue sans cesse avec les forces invisibles qui le traversent.
Le véritable équilibre n’est pas la rigidité.
Le véritable équilibre est une danse permanente avec le mouvement.
Mon professeur Meng Fuyuan, ancien compétiteur de haut niveau en Kung-fu puis enseignant passionné de Taichi, rappelait souvent que la finalité de la pratique n’était pas de vaincre un adversaire, mais de réguler le corps, apaiser l’esprit et cultiver la vie.
Après un long parcours dans les arts martiaux, il considérait que la victoire la plus importante n’était pas la domination, mais la capacité à retrouver l’harmonie en soi-même.
Le Taichi nous invite ainsi à passer de la force à l’écoute, de la contrainte à la présence, de l’agitation au calme intérieur.
Peu à peu, le corps se détend, le souffle s’unifie, l’esprit s’éclaircit.
Ce chemin n’est pas seulement physique.
Il touche à une dimension plus profonde de l’être, à cette qualité de présence qui nous relie à nous-mêmes, aux autres et au vivant.
Dans le Taichi, nous n’apprenons pas seulement à mieux bouger.
Nous apprenons à habiter pleinement notre mouvement, notre souffle et notre vie.