06/06/2026
IL EST AUX PORTES DE LA FRANCE. EN JUILLET 2025, DEUX SPÉCIMENS ONT ÉTÉ CAPTURÉS À MULHOUSE ET SAINT-HIPPOLYTE.
Ce que vous devez surveiller dans votre jardin cet été — et pourquoi cette fois c'est différent.
Vous avez peut-être vu passer l'alerte l'été dernier. Deux scarabées japonais capturés dans des pièges phéromonaux en Alsace, les 1er et 2 juillet 2025. La préfecture a précisé qu'il s'agissait probablement d'interceptions — des individus transportés passivement via les flux de transport internationaux, train ou camion. Pas encore d'établissement de population reproductrice confirmé en France métropolitaine.
Pas encore.
Popillia japonica est déjà établi en Lombardie italienne depuis 2014, dans le Tessin suisse depuis 2017, et progresse vers l'ouest à une vitesse documentée de 40 à 100 km par an selon les conditions climatiques. L'Alsace est à moins de 200 km des zones d'infestation suisses. Les modèles climatiques de l'EPPO placent l'ensemble du territoire français — y compris le nord et l'Île-de-France — dans la zone de colonisation potentielle d'ici 2030.
Ce n'est plus une menace abstraite. C'est une question de calendrier.
Ce que la science dit :
🌱 Popillia japonica est un coléoptère de la famille des Scarabaeidae, originaire du Japon, introduit accidentellement aux États-Unis en 1916 où il est devenu l'un des ravageurs les plus dévastateurs documentés — dégâts annuels estimés à 460 millions de dollars rien qu'en gestion des pelouses et espaces verts (USDA, 2021). Son spectre d'hôtes est l'un des plus larges connus chez les coléoptères phytophages : plus de 300 espèces végétales documentées, dont rosiers, vigne, pommiers, poiriers, cerisiers, framboisiers, maïs, haricots, géraniums et tilleuls.
🌱 Le cycle biologique est le facteur clé de sa dangerosité. La femelle pond 40 à 60 œufs dans le sol en juillet-août, à 5 à 10 cm de profondeur, de préférence dans les pelouses et gazons. Les larves — vers blancs en C de 2 à 3 cm — se nourrissent des racines pendant 10 mois, de septembre à juin. Elles détruisent le système racinaire des graminées et légumes de l'intérieur, invisiblement, pendant que l'adulte dévaste simultanément le feuillage et les fruits en surface de juin à septembre. Deux phases de dégâts simultanées, souterraines et aériennes, sur la même parcelle.
🌱 Les adultes présentent un comportement d'agrégation par phéromones et par volatils végétaux qui amplifie exponentiellement les dégâts : les premiers individus attirés sur une plante émettent des signaux chimiques qui en attirent d'autres, créant des colonisations massives en 24 à 48h. Une plante saine peut être squelettisée — feuilles réduites à leur nervure, fruits perforés — en 2 à 3 jours par une colonie de 50 à 100 adultes.
❌ Les confusions qui feront perdre du temps :
❌ Confondre avec la cétoine dorée (Cetonia aurata) → la cétoine dorée est indigène, protégée, utile comme pollinisateur. Elle est verte métallique avec des stries blanches latérales. Popillia japonica est brun-cuivré avec des touffes de poils blancs latéraux caractéristiques sur l'abdomen — 5 touffes de chaque côté, clairement visibles. La cétoine n'a pas ces touffes. C'est le critère distinctif absolu.
❌ Attendre de voir des dégâts avant d'agir → à la vitesse d'agrégation documentée, attendre les premiers symptômes visibles sur le feuillage signifie que la population est déjà en phase exponentielle. La détection précoce — adulte isolé sur un rosier, avant la formation de colonie — est la seule fenêtre d'intervention efficace.
❌ Traiter les adultes sans traiter les larves → éliminer les adultes en surface sans s'occuper des larves dans le sol garantit une réinfestation l'année suivante depuis la même parcelle. Les deux phases du cycle doivent être gérées simultanément.
✅ Surveillance et protocole de détection 2026 :
✅ Période de vol des adultes : juin à septembre — pic en juillet-août. C'est maintenant. Inspecter quotidiennement rosiers, vigne, framboisiers et pommiers — les espèces préférentiellement attaquées en premier.
✅ Identification certaine en 10 secondes :
— Corps 8 à 12 mm, ovale, tête et thorax vert métallique brillant
— Élytres brun-cuivré à reflets bronzés
— 5 touffes de poils blancs de chaque côté de l'abdomen — visible à l'œil nu, critère absolu
— Vol lourd et bruyant, atterrissage direct sur le feuillage
— Comportement : immobile ou en alimentation active sur les feuilles, se laisse tomber au sol si dérangé
✅ En cas de détection — signalement obligatoire :
Signaler immédiatement sur le portail du Ministère de l'Agriculture (signalement-sante-vegetal.agriculture.gouv.fr) ou via l'application INPN Espèces. Joindre une photo nette de profil montrant les touffes abdominales blanches et la localisation GPS précise. Popillia japonica est un organisme de quarantaine prioritaire de l'UE — le signalement est une obligation légale, pas une option.
✅ Collecte manuelle immédiate → avant signalement, collecter les individus dans un bocal fermé contenant de l'eau savonneuse. Ne pas les relâcher, ne pas les écraser en extérieur. Conserver les spécimens pour identification par les services phytosanitaires si demandé.
✅ Surveiller les pelouses en août-septembre → zones de ponte préférentielles. Signal d'infestation larvaire : plaques de gazon qui se soulèvent à la main comme un tapis (racines détruites par les larves). Corbeaux et étourneaux qui picorent intensément le gazon en automne — ils détectent et consomment les larves, indicateur biologique fiable.
✅ Piège à phéromones de surveillance → des pièges agréés contenant la phéromone sexuelle de P. japonica (japonilure) + attractif floral (géraniol) sont disponibles. Attention : les pièges mal positionnés attirent plus d'adultes qu'ils n'en capturent — les placer à 10 m minimum des cultures sensibles, jamais au centre du jardin.
Le test simple à faire ce week-end :
→ Faites le tour de vos rosiers, votre vigne et vos framboisiers tôt le matin (avant 9h — les adultes sont plus lents par fraîcheur). Cherchez des feuilles squelettisées — nervures intactes, tissu foliaire consommé — et des coléoptères brun-cuivré de 10 mm sur le feuillage. Si vous trouvez quelque chose de suspect, photographiez de profil avec l'abdomen visible. Les 5 touffes blanches latérales vous donnent la certitude en une image. Signalez immédiatement. Ne pas attendre — chaque femelle non capturée pond 40 à 60 œufs dans votre sol.
📚 Sources : Préfecture du Haut-Rhin — Captures Popillia japonica Mulhouse et Saint-Hippolyte, juillet 2025 (Pleinchamp, juillet 2025) ; EPPO — Popillia japonica, pest risk assessment et modèles de distribution climatique (2023) ; USDA APHIS — Japanese beetle economic impact assessment (2021) ; ANSES — Popillia japonica, protocoles de surveillance et de signalement France (2024) ; Regione Lombardia / ERSAF — Monitoraggio Popillia japonica, bilan 10 ans d'infestation (2024).