18/07/2026
États-Unis : nouvelles attaques contre la Cour pénale internationale
Les États-Unis ne se contentent pas de bafouer le droit international : ils veulent le neutraliser. Lundi 13 juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio annonçait vouloir démanteler la “capacité d’action” de la Cour pénale internationale (CPI). Une nouvelle attaque gravissime, alors qu'il s’agit d’un des mécanismes les plus importants pour rendre justice aux victimes de crimes contre l’humanité. Face à la loi du plus fort, la communauté internationale doit résister. C’était l’alerte lancée dans notre dernier rapport annuel.
Nous sommes à un tournant. L’ordre mondial bâti dans l’après-guerre menace de s’effondrer. Après la Seconde Guerre mondiale, la logique du “plus jamais ça” avait conduit les Etats à ériger un système fondé sur le respect du droit international. Bâti sur les 80 dernières années, cet ordre vise à empêcher les guerres et l’amassement des pouvoirs et des richesses au profit de quelques-uns. Il repose au contraire sur l’idée d’un monde où priment les droits, la justice et l’égalité.
2025 est une année de bascule car le droit international n’est plus simplement bafoué. Il est méprisé et ouvertement attaqué par ceux qui voudraient conquérir et accumuler les territoires et les ressources sans aucune limite. Vladimir Poutine en Ukraine, Benyamin Netanyahou en Palestine, Donald Trump au Venezuela puis en Iran. Ces trois dirigeants ont été les chefs de file des attaques contre le droit international, le laissant plus fragilisé et vacillant qu’il ne l’a jamais été depuis ses fondements en 1948.
« Je n’ai pas besoin du droit international ». « Ma propre moralité, mon propre esprit, c’est la seule chose qui peut m’arrêter ». Le président des Etats-Unis a donné le ton dans un entretien du New York Times sur sa conception du respect du droit international.
Avec le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre d’Israël Benyamin Netanyahou, Donald Trump a particulièrement mis à mal le droit international depuis son retour à la Maison Blanche en 2025. Les violations se sont multipliées avec les crimes contre l’humanité en Ukraine, le crime de génocide à Gaza et les crimes de guerre dans les eaux des Caraïbes, du Pacifique et plus récemment en Iran.
Mais ils n’ont pas seulement bafoué le droit international à de multiples reprises. Ils l’ont également ciblé avec la volonté de le neutraliser. Ils se sont attaqués à ses piliers qui œuvrent pour la justice : sanctions contre la Cour Pénale internationale (CPI) par les Etats-Unis, condamnation de son procureur et de ses juges par la Russie, décrédibilisation de la Cour internationale de justice (CIJ) qualifiée d’“antisémite” par Benyamin Netanyahou. Les Etats-Unis se sont retirés des principaux organes internationaux comme le Conseil des droits de l’hommes des Nations Unies et ont créé de toutes pièces un organe concurrent au Conseil de sécurité des Nations unies : le Conseil de la paix.
Quelle est l’alternative proposée par ceux qui attaquent l’ordre mondial ? A quoi ressemblerait le monde sans droit international ? L’ordre mondial que ces “prédateurs” proposent renonce à la justice raciale, de genre et climatique. Il considère la société civile comme un ennemi et rejette la solidarité internationale. Ses fondements consistent à réduire au silence la dissidence, manipuler la loi et déshumaniser toutes les personnes considérées comme “différentes”.
Le droit international gêne les plus puissants. Ils en viennent même à le craindre. S’ils cherchent tant à le faire disparaitre, c’est parce qu’il représente un contrepouvoir puissant. Dès ses fondements en 1948 avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, il a permis de façonner un monde post-guerre vers davantage de justice, d’égalité, d’équilibre de pouvoirs entre les Etats, de protection des droits des minorités. Il représente un rempart à l’accumulation des ressources naturelles et énergétiques, à l’expansion des territoires et à la concentration des pouvoirs.
Bien sûr l’ordre mondial actuel est loin d’être parfait. Il n’est d’ailleurs pas exempt d’injustices, de guerres et de conflits. Des millions de personnes se voient refuser une protection légitime comme les femmes persécutées en Afghanistan, les manifestant·es massacré·es en Iran et la population palestinienne victime d’un génocide.
Le système actuel est rendu inefficace par son « double standard”. Le droit international est universel et s’applique à chaque pays, sans différence de traitement. Pourtant, nombreux sont les exemples de double standard, à commencer par la différence d’application des mandats d’arrêt internationaux envers Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou.
L’ordre mondial est également paralysé par le système du droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette institution a pour mandat de résoudre les conflits dans le monde. Or ses cinq membres permanents (la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni) peuvent bloquer toute décision avec leur droit de veto. Des pays comme la France et le Mexique proposent des réformes bienvenues permettant d’outrepasser le droit de veto en cas d’atrocités de masse.
Donald Trump, l’un des pires pourfendeurs actuels du droit international, accuse les Nations unies d’inefficacité. Mais son pays, par son utilisation abusive de son droit de veto, est bien souvent à l’origine de situations de blocage.
Face à la bascule de l’ordre mondial, nous avons besoin de dirigeant·es qui choisissent le courage plutôt que la complicité. Les Etats doivent réaffirmer les principes fondateurs du système actuel : empêcher la loi du plus fort dans les relations internationales et placer la protection des civil·es et des droits humains au cœur des priorités. Ils doivent résister aux discours qui attaquent le droit international et faire évoluer ce système imparfait pour qu’il soit plus efficace et protecteur.