26/02/2026
Final show des ambassadeurs sportifs du zéro-déchet
De base, c'est un accomplissement. Cette fois, ce projet était en grande partie financé. Mon travail était en quelque sorte rémunéré, je n'étais pas simplement bénévole. Cet appel à projet financé par la Métropole de Montpellier pour ces Ambassadeurs Sportifs du Zéro Déchet en valait-il la peine ?
On va vite le savoir. En attendant, je peux déjà dire que je me suis fait mal pour aller au bout. Parce que j'y croyais, parce que je le trouvais vraiment stylé et sensé ce projet. Courir pour aller à la rencontre des acteurs et des solutions qui permettent de réduire les déchets. C'est sur le papier, un peu plus sexy que de courir en ramassant les déchets. Pour ceux qui ont raté un épisode, c'est un domaine de compétence chez moi et chez Ploggathon qui a porté mes records du monde de Plogging.
J’en ai évidemment ramassé quelques-uns, mais ce qui comptait surtout c'était de parler des solutions.
Allons-y. Vendredi 13 février 2026, c'est la Course de l'Or Brun.
Objectif : 50km pour mettre en avant les différentes solutions et les acteurs autour des biodéchets et de la boucle fertile du compost. À mes yeux, ce sont les déchets les plus importants à valoriser. Les biodéchets, c'est de l'or tout simplement. Ce ne sont même pas des déchets. Pourtant, certains remplissent encore 30% de nos ordures ménagères. Un coût environnemental faramineux pour transporter et détruire 80% d'eau et autant de nutriments qui devraient à nouveau nourrir le sol. Oui, c'est malvenu quand on est conscient de l'appauvrissement des sols que nous traversons. Ou plutôt la destruction effrénée des sols que les activités humaines génèrent. Selon les scientifiques, leur état ne permettra plus de nourrir notre population en 2040 tant ils seront arrivés au bout de leur capacité. C'est la réalité du système que nous alimentons.
Alors pratiquer le compost, c'est la première pièce à verser pour alimenter le monde de demain, celui qui collabore avec le vivant, qui boucle positivement et durablement. Aujourd'hui, ne pas le pratiquer est un choix individuel irresponsable ou inconscient tant les solutions sont présentes. Aujourd'hui, je vais courir pour montrer que ces solutions existent, qu'elles sont nombreuses et à portée de main sur la Métropole de Montpellier.
Mon engagement environnemental n'a rien à voir avec un héritage familial, à l'exception de cette pièce maîtresse qu'est la gestion des biodéchets que je n'ai jamais mis à la poubelle de ma vie.
Chez mes parents, nous avions le poulailler et tous les déchets alimentaires partaient pour les poules, à l'exception des résidus carnés réservés aux chiens. Les poules sont d'excellents digesteurs omnivores. Elles peuvent consommer jusqu'à 150 kg de déchets par an. C'est une super solution quand on a suffisamment d'espace à leur offrir. Leurs fientes font un très bon fertilisant pour le potager. Cerise sur le gâteau, elles vous rendent des œufs frais. Et en plus sur le territoire, la Métropole propose une aide pour acheter quelques poules. Adopter une poule ou deux, c'est un excellent choix. Néanmoins, c'est aussi une responsabilité à prendre.
Dans la série des animaux de compagnie qui peuvent nous aider à composter, il y a les lombrics. Le lombricompostage est également une super option pour valoriser ses biodéchets, spécialement conçue pour les appartements. Il utilise des vers spécifiques (vers de compost) qui transforment nos biodéchets en compost de qualité et en "thé de compost", un engrais liquide très efficace pour les plantes. Là aussi, la Métropole de Montpellier Méditerranée vous aide à l'achat. Si vous avez un jardin, vous pouvez même bénéficier d'un composteur individuel. Mais revenons-en à la course et aux solutions collectives.
La course de l’Or Brun
Il est 9h vendredi matin. Nous sommes devant le composteur de quartier du Potager Partagé Voltaire dans le centre-ville de Montpellier.
Louca me rejoint. C'est le vidéaste de ces aventures. Un petit gars comme j'adore : drôle, ouvert, bienveillant et professionnel. Je lui cède le vélo d'Olivier avec lequel je suis venu pour qu'il puisse suivre la course. J'ai apprécié ces 40 minutes d'échauffement à bicyclette, mais il est maintenant l'heure de courir.
Au départ, Adrien est aussi de la partie. C'est l'anti-sportif par excellence. En service civique chez C.L.O.P.E. (Collecte Locale Organisée Pour l'Environnement), il m'offre le plaisir d'une mise au sport pour l'occasion. Avant de partir, je jette mes déchets alimentaires de mon jus vitaminé dans le composteur collectif du jardin partagé pour la caméra. Soit les fibres de choux kales et les résidus de pommes et citrons que l’extracteur a rendus.
C'est à mes yeux la solution la plus pertinente, la boucle la plus évidente à mettre en avant et à valoriser à travers cette course. Ici, le compost est utilisé directement dans le jardin qui produit de la nourriture pour les jardiniers du quartier. La boucle fertile de l'or brun est directement visible et ne nécessite aucune énergie extérieure.
Il y a 35 jardins partagés sur la métropole et 200 bacs d'apports volontaires. Ce sont ceux que je recommande en priorité. On ne peut néanmoins pas tout y mettre. Les restes alimentaires avec du gluten, les résidus carnés et les fruits de mer ne sont pas les bienvenus. Mais pour ça, il y a d'autres solutions.
En attendant, nous prenons la route vers le Lac des Garrigues, où nous allons tenter de trouver un autre jardin partagé et d'autres bacs de compostage. Florestan, coordinateur de C.L.O.P.E., nous a rejoint. Il pousse son vélo et encourage Adrien!
Je suis très enthousiaste d'enfin démarrer ces courses. Néanmoins, ma douleur sous le pied gauche n'a pas traîné à revenir. 300 mètres à peine et je la sens déjà se pointer. C'est moins agréable, mais jusque-là je ne suis pas inquiet qu'elle soit vraiment contraignante.
Je resterai à l'écoute de mon corps. En attendant, je ne vais pas me défiler. J'ai 50 km à parcourir pour le compost qui m'est cher. La bonne nouvelle, c'est que dans mon échelle d'athlète d'ultra-endurance, avec ma perception modifiée des distances, 50 km ce n'est pas si fou. Et même si je dois le faire deux fois d'affilée, je pense pouvoir courir 100 km avec cette douleur.
Réponse demain. En attendant, je constate en direct les effets de la sédentarité sur les humains à travers Adrien qui est parti pour réaliser la perf de sa vie, non sans douleur. Il devient rapidement rouge écarlate, mais avec le soutien de Florestan, il va parvenir au bout de sa peine et arriver jusqu'au Lac des Garrigues au nord de la ville. 8 km au moins. Quel champion, il est allé au bout de lui-même. Et rien que pour ça, cette course est une grande réussite.
Nous trouvons le jardin partagé Cariera où les jardiniers sont en action. Claudine nous reçoit avec une grande sympathie, nous montre les jardins, son utilisation du compost venu du centre de compostage de Grammont où nous avons aussi prévu de passer, et son composteur individuel.
Nous cherchons les bacs de compostage collectif sans les trouver. Claudine nous confie, à notre grande surprise, ne pas en avoir ici. Stupéfaction-réaction. Ni une ni deux, Florestan appelle le responsable compost des services de la Métropole. A priori, le problème devrait être résolu rapidement.
Après avoir pris quelques images, remercié nos hôtes et nos héros sportifs du matin, je repars seul avec Louca, direction la Biocoop Clemenceau où un ravito nous attend. Le timing étant serré, j'accélère le rythme. Nous prenons tout de même le temps de faire attention aux jardins partagés du Bosphore et à l'Agro Parc de Malbosc, ainsi que quelques images sur les nombreux bacs d'apports collectifs présents, en nous amusant à quelques figures gymniques.
Nous arrivons avec le début de la pluie à la Biocoop Clemenceau où un ravito fruité nous a gentiment été préparé. Les activités du magasin génèrent quelques kilos de biodéchets. Les professionnels n'étant pas autorisés à utiliser les solutions individuelles, le magasin engagé fait appel aux Alchimistes, la solution pour les entreprises. C'est d'ailleurs le point suivant que nous irons voir. Le compost produit est même revendu dans le magasin en petits sacs. Nous apprécions encore une fois le partage de valeurs avec Biocoop qui soutient une fois de plus nos aventures.
Swane nous a rejoint pour la suite de la course. Record de distance à 10 km, elle ne sait pas encore qu'elle va le fracasser de 60% pour sa reprise. Cette jeune future bachelière a fait péter les cours pour venir courir aujourd'hui. Et si nous ne lui avons pas demandé, je me réjouis qu'elle l'ait fait car sa présence va illuminer la course alors que la pluie commence sérieusement à se pointer. Voilà maintenant près de 3h de course et 20 km, je suis toujours sec et n’ai pas mal au pied outre mesure.
Nous avons pris la direction de Pérols pour trouver le centre de gestion des Alchimistes. N'ayant pas eu de réponse à mes prises de contact téléphoniques et mails en amont, nous tentons quand même le coup en direct. La responsable est occupée et ne peut pas nous recevoir maintenant, ce que je comprends tout à fait. Néanmoins, ça m'agace un peu qu'elle me donne sa carte pour la prévenir en amont alors que j'ai déjà son numéro, que je l'ai déjà contactée et laissé au moins un message sur le sujet.
Qu'importe. La solution compostage pour les professionnels est bel et bien présente et fonctionnelle, et c'est cela qui compte. Nous repartons sous une pluie qui s'intensifie.
Nous allons maintenant nous intéresser à la solution industrielle de la Métropole et aux bornes d'apport volontaires qui sont, depuis 2 ans, installées un peu partout. Ces bornes accueillent tous les déchets organiques, même les déchets carnés ou les fruits de mer, et constituent la solution complémentaire aux premières. C'est aussi une solution simple pour le grand public avec des bornes disposées un peu partout et qui permettent à chacun de trier ses biodéchets comme les autres. Il y en a déjà des centaines et l'installation continue encore pour les quartiers et villes qui n'ont pas encore été équipés.
Les déchets sont ensuite collectés et partent en camion au centre de méthanisation Amétyst. Cette solution industrielle est loin d'être low-tech et nécessite beaucoup d'énergie. Elle a néanmoins le mérite de produire du biogaz valorisé en production d'électricité et du compost en fin de chaîne pour alimenter ensuite des parcelles agricoles du territoire. C'est une boucle pour du gros volume. Le centre Amétyst est au sud de la ville. Les déchets collectés ne parcourent pas des centaines de kilomètres.
Swane nous a laissés en partant de son côté après avoir parcouru plus de 16 km à la course. Elle n'en avait jamais fait plus de 10 jusqu'ici. C'était en plus une reprise pour elle. Encore une fois, courir pour le vivant, courir autrement permet de dépasser ses limites. Loin du chrono, courir pour une cause qui nous dépasse permet de nous dépasser. La perf de Swane l'illustre parfaitement et m'en réjouit. Cette jeunesse engagée donne de l'espoir. Ensemble, nous avons "composté" un rat mort sur la chaussée, et elle est repartie avec ses poireaux sauvages collectés.
Désormais, la pluie se calme par instants seulement, et les averses sont de plus en plus intenses. J'ai légèrement dévié de mon parcours. Louca m'indique un raccourci piégeux que j'accepte de prendre. Le sentier est détrempé, enfin même inondé. C'est un jeu dangereux pour ne pas se mouiller les pieds et ruiner mes saguaro (chaussures minimalistes) jaune toutes neuves. Un petit saut et une glissade plus t**d, me voilà complètement plein de boue. Jolie chute. Je me suis étiré l'épaule, mais a priori sans gravité. La douleur sous ma voûte plantaire s'est accentuée sans être contraignante jusqu'ici.
Je suis au sud-ouest de Montpellier et je dois maintenant traverser la ville en entier pour aller repérer le centre de compostage de Grammont, bien à l'est de la ville.
Cette fois, je suis trempé et seul pour terminer. J'ai dit à Louca d'aller se mettre à l'abri autant que possible et que l'on se retrouverait à la fin. Finalement, ce n'est que 3 heures à être trempé. Ce n'est pas la fin du monde, je ne suis pas en sucre. Pour moi, cette rincée est l'occasion de sortir de la zone de confort, de m'acclimater à des conditions plus difficiles. Je profite de courir seul. Ce n'est pas le but de ces courses, mais avec le temps et la pluie, personne d'autre ne me rejoindra pour le final.
Louca me retrouve à 3 km de l'arrivée. Nous allons jusqu'au centre de compostage de Grammont. Ici, c'est une déchetterie verte de la Métropole, pour les branchages, la tonte, etc. La production de compost se fait sur site et est redistribuée pour les jardins partagés ou d'autres espaces agricoles.
À quelques centaines de mètres se trouve l'Oasis Citadine, notre partenaire d'arrivée. Je me sens plutôt frais, mais je suis bien content d'arriver. 50 km à pied, ce n'est pas rien. Encore une flaque ou deux à traverser et nous y voici.
La pluie ne se calme pas. Je termine complètement rincé. Noémie et Léane de l'Oasis Citadine nous accueillent à l'abri avec un petit feu, une compote anti-gaspi toute chaude et une infusion elle aussi bien chaude avec les plantes du jardin. Tom et Zelda nous ont rejoints avec le reste du goûter et mes habits de rechange.
La visite de l'Oasis Citadine sera remplacée par de simples échanges très sympathiques autour de nos parcours et l'histoire de ce lieu que j'apprécie particulièrement. Comme son nom l'indique, l'Oasis Citadine est une ferme urbaine collective qui montre la voie de la permaculture et de l'agroécologie. Je suis très content de terminer cette course ici et encore plus de la conclusion de Noémie qui nous parle du point de compostage du jardin : "Notre compost, c'est le cœur fertile de l'Oasis. C'est avec lui qu'on nourrit le jardin qui nous nourrit."
Sur ces magnifiques mots de conclusion, je plie mes affaires et apprécie le retour motorisé avec Tom et Zelda. La famille Thaler m'accueille toujours chaleureusement. Place à la récupération puisque demain, c'est à nouveau 50 km, mais cette fois pour la seconde vie de nos objets.
Je m'endors en me demandant si je vais tenir. Mon corps accuse le coup, enfin mon pied, pour le reste, rien à déclarer.
Photos Louca Le Guillou