05/11/2024
Le nom de famille : 3. Son origine
Les Gaulois ont un nom unique qui ne se transmet pas de père en fils, ce surnom personnel ayant toujours un sens concret, souvent valorisant (Vercingétorix signifie par exemple « chef suprême des guerriers »).
Le nom romain se diffuse chez les Gallo-romains avec l'expansion de l'empire composé de 3 parties :
—>Le prénom qui est l'appellation individualisée du citoyen, peut faire écho à une particularité à la naissance (Lucius signifie « qui est né à l'aube » et provient de lux, lucis « lumière »)
—>Le nom (symbole héréditaire de la famille)
—>Le surnom qui est d’abord personnel mais qui deviendra vite héréditaire comme caractéristique d’une branche de la famille (Cicéron est un surnom, Cicero, qui vient de cicer, « pois chiche » car selon Plutarque, un membre de la famille aurait eu une verrue de la taille d'un pois chiche, son nom complet est Marcus Tullius Cicero).
La femme portait un nom féminisé suivi parfois de sa filiation et de son lien de mariage .
Puis le principe de ce triple nom s'efface à partir du IIIe siècle avec les invasions barbares qui propagent les désignations germaniques uniques, noms individuels « binaires » (formés de deux éléments : Bern/ard, Ro/bert, Berth/ier, Rim/baud) qui ne se transmettent pas d'une génération à l'autre, et avec l'expansion du christianisme qui donne aux nouveaux convertis un nom de baptême unique.
Dans le haut Moyen Âge, seul subsiste le nom germanique, notamment francique.
De nouveau accolé au patronyme germanique qui s'est généralisé vers l'an mille mais dont le stock de noms traditionnels s'est réduit, un prénom réapparaît au Xe siècle, période de croissance économique. Le développement d'une anthroponymie double avec patronyme et prénom dans les années 1050-1100 et son succès dès la première moitié du XIIe siècle paraissent correspondre à cette période d'essor démographique et de plus grande mobilité des populations qui rendent nécessaire de distinguer les homonymes, devenus trop nombreux. Se développe ainsi l’habitude d’accoler au nom de baptême un surnom individuel souvent très personnel. Le nom de baptême se transforme en prénom et le surnom devint l'élément clé de l'identification familiale. Ces surnoms deviennent les noms de famille dont l'apparition par la transmission du nom du père s'est faite spontanément.
Ces noms de famille ont quatre origines possibles (ce sont ces quatre catégories de noms de familles qu'on retrouve aujourd'hui en France) :
—>36 % sont des noms de baptême (Jean, fils de Martin devenu Jean Martin, Robert, fils de Pierre devenu Robespierre, Bernard, Thomas, Richard, Robert, etc.),
—>30 % des noms de localisation (Dupont, Duval, Dubois, Beauchêne, Delacroix, Langevin ou Langlais, qui peut exprimer l'origine de la personne ou être une simple allusion à un voyage d'affaires),
—>18 % des noms de métier ou de statut (Lemarchand, Boucher, Pelletier, Sabatier, Tisserand, Boulanger, Dufour, Fabre, Faure, Ferrari, Ferrer, Herrero, Lefebvre, Le Goff ou Schmidt),
auxquels peuvent être rattachés ceux qui traduisent un statut (Chevalier, Lenoble, Bourgeois, Lécuyer, Vasseur, Lévêque, Labbé, Leclerc),
une charge administrative (Sergent, Prévost, Maréchal, Lemaire)
ou une position dans la famille (Legendre, Beaufils, Cousin, Deloncle, Neveu, Lainé, Cadet, Besson),
—>16 % sont des sobriquets liés au caractère physique (Petit ou Bihan, Legrand, Leborgne, Boiteux, Legros, Joly, Canu ou Le Guen, Leroux, Moreau, Brunet, etc.) ou moral (Lamy, Leroy ou Rey, Lecourtois, Renard, Sauvage, etc.) de l'ancêtre initial.
Le phénomène des noms de famille héréditaires s’étend à toute la population à partir du XIVe siècle, quand l'augmentation de la population ne permet plus de différencier les individus par leur simple nom individuel qui, jusque-là, suffisait à l'identification d'un individu dans l'espace restreint de cette société d'interconnaissance que constituait le village. Les différentes personnes portant le même nom sont désormais distinguées en leur associant un surnom (nom attribué) ou un pseudonyme (nom choisi), ce qui n'empêche pas les doublons !