08/10/2025
HENRI VERNEUIL : "Une anecdote sur Marseille ? Quand on a vécu 35 ans dans une ville, on a beaucoup de souvenirs, on a beaucoup d'anecdotes. Mais j'ai une anecdote en lien avec mon métier de cinéaste : J'avais vu que le film La reine Christine était à l'affiche au cinéma le Rialto. Je m'en souviens très bien. J'avais 14 ans et le metteur en scène était ROUPEN MAMOULIAN, d'origine Arménienne comme moi. C'est un très très grand metteur en scène, très connu. J'ai réussi à entrainer toute ma famille au cinéma. Nous avons fait la queue. C'était un dimanche d'hiver, il faisait froid. La queue était tellement longue qu'on ne voyait pas la caisse. On ne voyait pas le prix des places. Et quand nous sommes arrivés petit à petit assez près de la caisse et que mon Père a vu le prix, il m'a dit : "Fils, je suis très fatigué, je crois que je vais rentrer. Voilà l'argent. Tu vas emmener ta Mère, ta Tante et tout le monde". Puis nous sommes rentrés dans le cinéma et je ne sais pas pourquoi, puisqu'à 14 ans je ne savais pas du tout ce qu'était la mise en scène, je ne pensais qu'à ROUPEN MAMOULIAN pendant tout le film. Pourquoi ? Parce que nous avions les mêmes origines ? Je ne me l'analyse pas aujourd'hui parce que ce souvenir est lointain et puis il faudrait que je me souvienne du mécanisme qui se passe dans mon cerveau à ce moment là. Mais c'est ce jour là que j'ai décidé de devenir metteur en scène. C'est un souvenir important puisque je le suis devenu et c'est ma profession aujourd'hui. Mais je me souviens aussi de la fin de l'histoire. Quand nous sommes rentrés à la maison, j'ai dit à mon Père : "Papa je crois que je vais devenir metteur en scène", alors que je me dirigeais vers des études d'ingénieur, c'est à dire des études sérieuses. Il s'est retourné vers ma Mère et lui a dit : "Tu vois ce que c'est que d'emmener notre fils au cinéma ? Tu l'as voulu, tu l'as maintenant ! Voilà le poison qu'on vient de lui mettre dans la tête !"... Par la suite, il a vu mon premier film puis avant de mourir les cinq ou six films suivants et quand je lui remémorais cette anecdote, il était très étonné et me répondait "Moi j'ai dis ça ?" et je lui répondais : "Oui tu as dis ça Papa" (rires)"