11/05/2026
ASTROPHOTOGRAPHIE DE LA SEMAINE (20)
Cette image de la semaine montre le Soleil observé avec un instrument Sol’EX, un spectrohéliographe amateur qui permet d’isoler très finement certaines longueurs d’onde. Images par DIDIER (et non pas Denis) Guilbert, le 11 mars 2026.
Sol’EX, pour "Solar Explorer", n’est pas un télescope solaire au sens classique. C’est un spectrohéliographe compact que l’on place derrière une petite lunette ou un télescope. Il ne donne pas une image directe du Soleil comme une lunette H-alpha : il analyse la lumière solaire par spectroscopie, puis reconstruit une image du Soleil à partir d’un balayage.
Sol’EX fonctionne comme un spectrographe à fente. La lumière du Soleil est d’abord formée en image au foyer d’une lunette. À cet endroit se trouve une fente très fine, typiquement de l’ordre de quelques microns. Cette fente ne laisse passer qu’une tranche très étroite de l’image solaire.
Ensuite, dans Sol’EX :
1. la lumière issue de la fente est rendue parallèle par un collimateur ;
2. elle arrive sur un réseau de diffraction, souvent un réseau de 2400 traits/mm ;
3. le réseau disperse la lumière en un spectre ;
4. une optique de caméra reforme ce spectre sur le capteur d’une caméra CMOS ;
5. on sélectionne ensuite informatiquement une longueur d’onde précise, par exemple H-alpha, Ca II K, sodium D, hélium D3, etc.
Pourquoi faut-il “scanner” le Soleil ? À un instant donné, Sol’EX ne voit pas tout le disque solaire. Il ne voit qu’une ligne, correspondant à la portion de l’image solaire qui passe par la fente. Pour obtenir une image complète, on fait défiler l’image du Soleil devant la fente. Ce balayage peut se faire de deux façons :
* soit en laissant le Soleil dériver naturellement si le suivi de la monture est arrêté ;
* soit en commandant lentement la monture pour faire passer le disque solaire plus rapidement devant la fente.
Pendant ce balayage, la caméra enregistre une vidéo rapide. Chaque image de la vidéo contient une tranche du Soleil dispersée en spectre. Le logiciel extrait, pour chaque tranche, la lumière à la longueur d’onde choisie, puis assemble toutes les tranches pour reconstruire une image solaire complète. Shelyak indique qu’un balayage naturel prend moins de trois minutes, tandis qu’un balayage motorisé peut prendre moins de 20 secondes.
Sol’EX isole une bande spectrale extrêmement étroite dans une raie donnée.
Par exemple :
* en H-alpha, autour de 656,3 nm, on voit la chromosphère, les filaments, les protubérances, les plages actives ;
* en Ca II K, vers 393,4 nm, on révèle d’autres structures chromosphériques, notamment les plages brillantes ;
* dans le continuum, on peut obtenir une image plus proche de la photosphère, avec les taches solaires ;
* en se plaçant légèrement à droite ou à gauche du centre d’une raie, on peut détecter des déplacements de matière par effet Doppler.
C’est l’un des grands intérêts de Sol’EX : il ne se limite pas à l’imagerie solaire esthétique. Il permet aussi de faire de la spectroscopie solaire quantitative, par exemple des dopplergrammes montrant des vitesses radiales dans l’atmosphère solaire. Shelyak souligne que la résolution spectrale de Sol’EX permet d’isoler une bande plus étroite que beaucoup de filtres commerciaux et même de mesurer des mouvements de surface par effet Doppler.
Différence avec une lunette H-alpha classique: Une lunette H-alpha utilise un filtre très étroit qui laisse passer directement une petite bande autour de H-alpha. On obtient alors une image en temps réel du disque solaire. Sol’EX est donc moins immédiat, mais beaucoup plus pédagogique et spectralement polyvalent.
La sécurité est essentielle. Sol’EX est utilisé derrière une optique pointée vers le Soleil ; il faut donc réduire fortement le flux avec un dispositif adapté, par exemple un filtre frontal ou un prisme de Herschel selon la configuration. Il est nécessaire d’ajouter un système de réduction du flux, car l’énergie solaire est très importante.
Le logiciel, souvent INTI, transforme la vidéo brute en image solaire. Il :
* repère la raie spectrale choisie ;
* extrait la colonne ou la bande correspondant à cette longueur d’onde ;
* corrige l’inclinaison ou la courbure des raies ;
* assemble les tranches successives ;
* corrige certaines déformations dues au balayage ;
* produit une image monochromatique du disque solaire.
Des utilisateurs décrivent le fichier brut comme une vidéo SER contenant une série de “tranches” du Soleil, ensuite combinées par le logiciel pour former l’image finale.
En résumé:
Sol’EX est un spectrohéliographe amateur de haute résolution. Il transforme une petite lunette en instrument de spectroscopie solaire. Il ne photographie pas directement tout le Soleil ; il observe une fente, disperse la lumière en spectre, puis reconstruit l’image complète par balayage.
Son intérêt majeur est qu’il permet d’observer le Soleil dans de nombreuses longueurs d’onde, avec une grande finesse spectrale, et pas seulement en H-alpha. C’est à la fois un instrument d’imagerie solaire, de spectroscopie, et un excellent outil pédagogique pour comprendre la physique du Soleil.
Le Soleil au Sol’EX — 11 mars 2026
Les quatre vues montrent différentes couches ou signatures de l’atmosphère solaire : H-alpha pour la chromosphère et les filaments, une version Doppler pour révéler les mouvements de matière, puis les raies du calcium Ca II H et Ca II K, sensibles aux plages actives et au réseau chromosphérique.
Le 11 mars 2026, le Soleil n’était pas calme : plusieurs groupes de taches étaient visibles. Spaceweather indiquait ce jour-là un nombre de taches de 71, avec des champs magnétiques globalement stables et seulement une faible activité éruptive. Le flux radio solaire à 10,7 cm était de 127 sfu, signe d’une activité encore soutenue.
Cette date se situe dans le cycle solaire 25, le cycle d’environ 11 ans actuellement en cours. Son maximum lissé a été atteint en octobre 2024 ; en mars 2026, nous sommes donc dans la phase descendante du cycle, mais encore proche du maximum, ce qui explique la richesse des détails visibles en H-alpha et en calcium.
À plus grande échelle, ce cycle de 11 ans n’est qu’une demi-période du cycle magnétique de Hale, d’environ 22 ans : à chaque cycle solaire, les polarités magnétiques des régions actives s’inversent, et il faut deux cycles de 11 ans pour retrouver la même configuration magnétique globale.
Traitement de l'image:
En Ha traitée, puis colorisée. Image doppler et enfin en Ca-K.