26/06/2026
🚨🎞️Suite de notre discussion avec le réalisateur Mehdi Lallaoui autour des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata 🇩🇿.
💚 Il y a des hommes qui se contentent de filmer, et il y a notre camarade Mehdi Lallaoui, qui désobéit avec une caméra et fait de l'art un lieu d'indocilité. Car filmer, dans ce pays-là, n'a jamais été neutre. Pour Mehdi, filmer c’est aller chercher, sous la Seine d'octobre 1961, les corps que la police de la République a jetés au fleuve. C'est retourner à Nanterre, dans la boue d'un bidonville que l'État français entretenait à l'écart de ses propres lois, pour affirmer qu’ici aussi on vivait, ici aussi on aimait, ici aussi, on est mort par lâcheté et décision publique.
Et c'est enfin aller à la rencontre des massacres de mai 1945 en Algérie, pour comprendre que ce 8 mai là, des corps célébraient l'illusion d'une libération pendant que d'autres corps étaient assassinés par milliers.
✍🏾 Mehdi Lallaoui ramasse et préserve ce que l'archive coloniale a jeté, une phrase coupée en deux par un préfet, un prénom, un visage, une âme. Il rend leurs noms propres à ceux qu'on avait rangés sous des matricules, les indigènes, les FMA, les sujets français toute cette grammaire administrative inventée pour ne pas avoir à dire, citoyens, humains, Algériens.
🎥 Filmer, ici, c'est nommer ce que l'État a méthodiquement tu. C'est arracher la mémoire au folklore commémoratif et à la repentance polie et édulcorée.
L'historien Noureddine Amara le dit sans détour « La mémoire ne vaut pas justice». Autrement dit, les hommages ne réparent pas et ne rendent pas les morts. La reconnaissance présidentielle, à dose homéopathique, n'est pas une politique, c'est une diplomatie de l'oubli.
⁉️Ce qui est dû, c'est autre chose. Ce qui est dû, c'est la vérité d'État, l'archive ouverte, la qualification des crimes coloniaux pour ce qu'ils sont, des crimes contre l'humanité. Et Noureddine Amara ajoute et c'est là que se tient toute l'œuvre de Mehdi Lallaoui :
« Le chemin de la justice est non seulement chemin de l'émancipation, mais aussi et surtout, le chemin de la dignité ».
👉🏼Alors filmer devient un geste politique contre la falsification, contre la déshumanisation. Mehdi Lallaoui continue, depuis plus de cinquante ans, de marcher plan après plan sur ce chemin-là, jusqu'à ce que les morts cessent d'être un objet d'étude et redeviennent des visages et une exigence politique, éthique et ontologique.