10/08/2026
Daniel Cordier, né le 10 août 1920 à Bordeaux et mort le 20 novembre 2020 à Cannes, est un résistant, marchand d'art et historien français.
Après avoir été membre de la Fédération nationale des Camelots du roi, il s'engage dans la France libre dès juin 1940. Secrétaire de Jean Moulin en 1942-1943 — au contact de qui ses opinions évoluent du nationalisme intégral maurrassien à une tendance plus libérale —, il consacre à celui-ci une biographie en plusieurs volumes d'une grande portée historique. Après la guerre, il est marchand d'art, critique, collectionneur et organisateur d'expositions, avant de se consacrer à des travaux d'historien et à la rédaction de son autobiographie Alias Caracalla (en trois tomes), et Les Feux de Saint-Elme.
En juin 1940, il se trouve avec sa famille à Bescat (Basses-Pyrénées), attendant avec impatience son incorporation prévue le 10 juillet. Le 17 juin, il écoute à la radio le premier discours de chef du gouvernement du maréchal Pétain, s'attendant de la part du vainqueur de Verdun à une volonté de poursuivre la guerre ; il est donc totalement révolté par l'annonce de la demande d'armistice. Le jour même, il imprime et diffuse un tract « contre Pétain ».
Après avoir rassemblé seize volontaires et espérant que l'Empire français continuera la guerre, il embarque le 21 juin à Bayonne sur un navire belge, le cargo Léopold II, qui devait aller en Algérie. Le bateau fait finalement route vers l'Angleterre.
Daniel Cordier atteint Falmouth (Cornouailles) le 25 juin et s'engage avec ses camarades dans les premières Forces françaises libres de la « Légion de Gaulle » le 28 juin 19409. Il découvre - avec un étonnement dû à son éducation au sein d'une famille d'extrême-droite ultranationaliste - que des socialistes et des communistes comptent parmi ces engagés patriotes. Il rencontre parmi ceux-ci Raymond Aron et Stéphane Hessel, puis Georges Bidault, auxquels il restera lié. En transit pendant quelques jours au palais d'expositions de l'Olympia (West Kensington, Londres), il est affecté au bataillon de chasseurs alors en formation et arrive début juillet à Delville Camp (Aldershot), pour y suivre un entraînement jusqu'à la fin du mois. Le bataillon est ensuite installé au camp d'Old Dean (Camberley), où Daniel Cordier complète sa formation militaire. Il obtient le grade de Lieutenant.
Entré au Bureau central de renseignements et d'action, il est parachuté près de Montluçon le 26 juillet 1942. Il gagne rapidement Lyon et est choisi comme son secrétaire personnel par Jean Moulin, membre (nommé secrètement par de Gaulle) du Comité national français, officieusement seul représentant de ce comité en métropole. Il prend alors le pseudonyme d'Alain en référence au philosophe. Il fonde et dirige le secrétariat de Jean Moulin et pendant onze mois, il est au quotidien l'un de ses plus proches collaborateurs. Il gère son courrier et ses liaisons radio avec Londres. Il l'aide à créer divers organes et services de la Résistance, et assiste aux patients efforts de celui-ci pour unifier la Résistance intérieure française et la placer sous l'égide de Londres.
Ce long travail aboutit à la fondation du Conseil national de la Résistance (27 mai 1943). Il a fallu pour cela passer par bien des frictions et des divergences avec beaucoup de chefs de la Résistance, ainsi qu'avec Pierre Brossolette, autre envoyé de De Gaulle et concurrent de Jean Moulin
Resté jusqu'au 21 mars 1944 au service du successeur de Moulin à la délégation générale, Claude Bouchinet-Serreulles, Cordier passe les Pyrénées en mars 1944, est interné à Pampelune puis au camp de Miranda en Espagne, puis rejoint la Grande-Bretagne le 9 mai 1944.
Comme Cordier le raconte dans son livre Alias Caracalla, ses convictions évoluent au fil de ses rencontres et de ses expériences. Il abandonne ses positions royalistes et maurrassiennes, notamment parce que Charles Maurras « trahit » en soutenant le maréchal Pétain, ainsi qu'à cause de l'antisémitisme présent dans ce milieu.
À l'occasion du procès de René Hardy en 1947, il dépose dans le sens de sa culpabilité dans l'affaire de Caluire. Il conclura à nouveau à cette culpabilité des décennies plus t**d « en [son] âme et conscience », cette fois après de longues recherches historiques.
En 1964, à l'occasion de la translation au Panthéon des cendres de Jean Moulin, il est désigné pour tenir un tour de garde autour du catafalque entre 2 heures et 3 h 30 du matin. Il retrouve alors sur la place déserte et glaciale entourant l'édifice une partie de son ancienne équipe (Suzanne Olivier, Laure Diebold et Hugues Limonti), dont les membres s'étaient éloignés après la guerre.
Après la guerre, Cordier choisit de tourner la page et ne parle plus de la Résistance en public pendant plus de trente ans.
Il ne se consacre plus au militantisme politique et a renoncé à ses opinions d'extrême droite au contact du radical-socialiste Jean Moulin, se décrivant comme « presque communiste » à l'issue de la guerre. Il aide à la fondation du club Jean-Moulin au début des années 1960. Opposé au gaullisme, il déclare voter à gauche mais n'a quasiment plus d'engagement public.
Entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017, Daniel Cordier prend fermement position contre Marine Le Pen, qualifiant sa possible élection de « monstrueuse » car représentant « la négation de tout ce pour quoi nous nous sommes battus »