27/08/2026
🚨 « Faut-il un cancer d’enfant dans chaque famille pour enfin bannir les pesticides ? »
Parmi les victimes des pesticides, les agriculteurs et leur famille sont en première ligne. Dans le Pays basque, Edouard Exilard a converti sa ferme en agriculture biologique suite au décès de son enfant d’une tumeur au cerveau. Aujourd’hui, il milite avec le collectif Cancer Colère pour en finir avec les pesticides.
Le décès de sa fille
A peine attablés autour d’un café dans sa cuisine, Edouard Exilard le précise tout de suite : c’est un paysan en colère. En colère contre le système français qui ne soutient pas l’agriculture biologique, et envers le corps médical qui a tant t**dé à reconnaître l’origine de la pathologie de sa fille.
A Lohitzun-Oyhercq, Edouard est paysan depuis 1991 sur la ferme familiale, issue de plusieurs générations. Autonome sur l’alimentation de ses animaux, cet éleveur vend des agneaux et du lait de brebis.
« J’ai utilisé, comme on nous a appris à l’école, comme mon père, plein de pesticides, d’engrais chimiques, d’antibiotiques, de semences hybrides », raconte Edouard pour La Relève et La Peste.
Jusqu’au jour où l’on a détecté à sa fille, alors âgée de 5 ans, une tumeur cérébrale, en 2004. « J’avais un doute. J’ai demandé au docteur qui devait opérer notre fille si ça provenait des produits que j’utilise, les pesticides. Il m’avait répondu qu’on ne pouvait pas savoir, que ce sont « des cellules qui mutent, puis la malchance » ».
A l’époque, il n’y avait quasiment pas d’études. « Personne n’en parlait trop », se souvient Edouard. Il y avait déjà eu, dans le village, un jeune de 33 ans décédé d’une leucémie en 1993. Grand sportif et « gros travailleur » sur sa ferme, il fumait. « On avait mis sa maladie sur le compte de la cigarette, mais il utilisait aussi tous ces produits toxiques ».
Le tournant des médecins qui lancent l’alerte, Edouard l’a attendu longtemps. Enfin, en 2013, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a établi « un lien entre l’exposition aux pesticides et certains cancers, lien reconfirmé en 2021 ».
La présomption d’un lien est « forte » pour « les lymphomes non hodgkiniens (cancers du système lymphatique), le myélome multiple (cancers du sang), les cancers de la prostate, les cancers de l’enfant ». Les enfants résidant près de grands domaines viticoles traités aux pesticides peuvent notamment développer des leucémies.
Depuis 1990, le nombre de malades du cancer a doublé en France, faisant notre pays l’un des plus touchés par cette maladie. En France, les cancers représentaient même la première cause de mortalité avec 157 400 décès en 2018.
Pour la fille d’Édouard, les opérations chirurgicales se sont mal passées. En un an et 3 mois, elle a subi 8 opérations à la tête, « c’était une boucherie », dénonce Édouard. C’est une maladie nosocomiale, un staphylocoque autour du cœur, qui a fini par lui ôter la vie. « Il y avait 35 enfants à Bordeaux, au service d’oncologie pédiatrique, avec elle. Seulement 5 d’entre eux ont survécu », se souvient Édouard.
Au village, « même les gens de la FNSEA » ont aidé Edouard suite au décès de Maïtena. « Mais pour eux, le cancer se joue à la roulette russe, on ne peut pas savoir où sera le prochain cas. Le déni reste très fort. » Édouard, lui, en est convaincu : ce sont les pesticides qui sont responsables de la pathologie de son enfant.
Alors, il convertit toute sa ferme en bio : des produits naturels pour soigner ses animaux, aucun intrant chimique dans les sols, que du fumier bio, et pour nourrir son cheptel le maïs paysan Arto Gorria dans ses champs (qui ne nécessite ni pesticides, ni irrigation).
Le manque de reconnaissance de la bio
Sur la ferme, les 5 premières années (2015 – 2020) en bio ont été assez bonnes. Puis, les subventions publiques sur l’agriculture biologique sont allées de diminution en diminution, jusqu’à ce qu’elles lui soient totalement retirées. irrigation).
Jean-Philippe Martin, docteur en histoire, expliquait ainsi pour La Relève et La Peste que : « 3,4 % des dépenses publiques agricoles françaises seulement sont consacrées à l’agriculture biologique. » A l’inverse, dans de nombreux autres pays européens, « les paysans bio touchent 50 % de plus que ce qu’ils auraient eu s’ils avaient été en conventionnel », rapporte Harold Levrel, économiste du CIRED, dans un reportage de Blast.
L’État français organise la précarisation des agriculteurs biologiques au profit de l’agroindustrie. Pourtant, les consommateurs réguliers d’aliments bio ont 25% moins de risque de développer un cancer que les personnes qui n’en consomment qu’occasionnellement.
« J’ai fait les deux, conventionnel et bio, je sais de quoi je parle. En conventionnel, on met de l’insecticide sur le grain direct, et les bêtes le mangent. Pareil sur le blé. Ne vous faites aucune illusion, on mange directement des insecticides dans le pain », prévient Édouard.
La puissance du collectif face à l’hypocrisie gouvernementale
Après des années d’alerte par des médecins, dont La Relève et La Peste se faisait l’écho, l’Anses a confirmé la contamination massive des français au cadmium par l’alimentation, à travers les engrais chimiques. Selon Santé publique France, ce métal lourd – considéré comme cancérogène certain depuis 1993 – joue un rôle dans l’explosion des cas de cancer du pancréas en France.
En juin, la proposition de loi du député Benoît Biteau visant à protéger la population des effets néfastes sur la santé du cadmium a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, avant l’examen au Sénat. Hélas, dans le même temps, la loi Duplomb a été promulguée. Les néonicotinoïdes dangereux (l’acétamipride et le flupyradifurone), d’abord retoqués par le Conseil Constitutionnel, ont été réintroduits par le Sénateur Laurent Duplomb lui-même à travers des amendements dans la Loi d’Urgence Agricole.
Face à ce passage en force, La France insoumise a fait savoir qu’elle utiliserait sa niche parlementaire le 29 octobre prochain pour en faire abroger l’introduction. Ce mépris des 2 millions de citoyens opposés aux pesticides, et cette « hypocrisie gouvernementale » a renforcé la colère d’Édouard.
« Le gouvernement préfère protéger l’argent que la santé des enfants. Moi, ça fait longtemps que j’ai compris que les laboratoires qui font les pesticides sont les mêmes qui font les traitements anticancéreux. Cela fait des années que je le dis », avertit Édouard pour La Relève et La Peste.
🚨 L’heure est grave. Notre média et maison d’édition sont attaqués en justice par une multinationale via une procédure bâillon. Cette multinationale se nomme Pierre Fabre, l’entreprise derrière la polémique A69. Notre tort ? Vouloir protéger l’anonymat d’un habitant inquiet pour sa santé, en conformité avec la loi relative à la protection des sources de 2010.