16/08/2026
" Au début des années 1970, le siège administratif du Parc National (dit alors « des Pyrénées Occidentales ») est sis place au Bois à Tarbes, dans un immeuble ancien sentant bon la cire des vieux parquets. Sur la cheminée en marbre de son bureau, le père fondateur et premier directeur de ce sanctuaire de la vie sauvage - le regretté Pierre Chimits - a ostensiblement exposé une photo de lui, en cravate et leggings de cuir, le fusil en bandoulière, un bel isard sur les épaules. Certes, l’équipe alors réduite de ce récent Établissement Public est dynamique et sincèrement engagée pour les valeurs écologiques nouvelles qu’elle défend, mais dans un style à la fois discipliné, humaniste et paré du charme bienveillant de la vieille fonction publique.
Et voilà qu’un certain vendredi soir, alors que quelques rares fonctionnaires s’att**dent sur la grave question du remplacement de la défunte cafetière électrique, on sonne à la porte. Jeannette P… ouvre et un chauffeur de messagerie, effleurant sa casquette d’un réflexe pavlovien et professionnel déclare:
- « B’jour Ma’ame, j’arrive de Chambord pour livrer les bêtes que le Parc a commandées. ».
- Jeannette: « Ah oui, on en a vaguement entendu parler. Très bien, entreposons le colis sur le palier. On s’en occupera lundi. ».
- Le livreur, abasourdi : « Mais, mais…ça ne peut pas attendre…C’est qu’ils ne sont pas du tout contents, dans mon fourgon ! ».
- Jeannette: « Comment ça, pas contents ? Ôtez-moi d’un doute: il s’agit bien de têtes empaillées de cerf, biche et faon destinées à décorer la toute nouvelle porte du PNPO au Plan d’Aste ? Notre directeur les a demandées au commissaire du Domaine du Château de Chambord, à l’occasion de sa récente visite à nos futurs gardes-moniteurs en formation à la toute proche École Nationale des Gardes-Chasse du Bouchet ».
- Le livreur : « Moi, je sais pas…mais j’apporte des animaux vivants ! ».
À l’évidence, la commande, probablement orale et convenue à la fin d’un repas bien arrosé entre pairs, ingénieurs des Eaux-et-Forêts, avait été soit mal exprimée, soit mal comprise…
Pas question d’imposer aux pauvres bêtes un trop long retour à l’envoyeur. Branle-bas de combat immédiat ! Ordre est donné au chef du secteur du Parc à Arrens de les libérer au barrage du Tech et d’établir pour les fixer, des râteliers d’affourragement hivernal. Tout cela dans la plus grande discrétion. Il n’y a eu à notre connaissance ni compte-rendu écrit, ni photos. Mais pourquoi tant de discrétion pour le lâcher d’un cerf accompagné d’une ou deux biches alors que, quelques années après, des lâchers similaires concernant d’autres espèces ici où là dans les Pyrénées (ours, bouquetins, isards …) s’accompagnaient d’un tapage médiatique triomphaliste? Outre le côté cocasse et improvisé de l’aventure, propre à écorner l’image de sérieux de l’administration du Parc, Pierre Chimits - toujours finaud - a eu l’intuition qu’il valait mieux éviter d’être plus t**d accusé d’avoir contribué à la prolifération d’une espèce certes magnifique, mais qui peut impacter négativement les écosystèmes dont elle fait partie et les usages que nous en faisons. "
La suite dans l'article de Claude Berducou: "le cerf, sa réintroduction dans les Pyrénées" publié dans notre numéro 305.
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