28/07/2025
Lettre ouverte à Monsieur Thierry Marx
Président national de l’UMIH
L’heure est venue de défendre réellement notre métier
Monsieur le Président,
Je vous ai écouté récemment lors de vos interventions médiatiques sur LCI Et comme de nombreux professionnels du terrain, j’ai été surpris par le manque de vigueur, de colère et de prise de position ferme que nous étions pourtant nombreux à attendre.
Face à une profession en souffrance, face à des médias souvent caricaturaux et injustes envers notre métier, nous n’avons vu ni révolte, ni défense claire, ni discours structuré pour porter la voix de tous les restaurateurs. Votre non-agressivité devient une absence de réaction.
En tant que nouveau Président du GHR Hauts-de-France, je me dois d’exprimer publiquement ce que beaucoup de restaurateurs vivent en silence depuis trop longtemps : une profonde perte de repères, d’identité, et surtout de soutien.
La restauration française traverse une crise silencieuse mais bien réelle. Et nous ne parlons pas ici des étoilés que l’on voit à la télévision, mais de ceux qui font vivre le tissu de notre pays : les brasseries, les bistrots, les routiers, les établissements familiaux, les bars de quartier, les restaurants de ville ou de campagne. Ceux qui accueillent chaque jour des habitués, des travailleurs, des familles, des touristes, et qui participent activement à la vie sociale de nos territoires.
Aujourd’hui, ces professionnels ne se sentent plus représentés, ni défendus.
Notre métier se déshumanise. Le service à table disparaît. Les QR codes remplacent les cartes. Les tablettes suppriment les regards et les conseils. Le contact humain, essence même de la restauration, est relégué au second plan. Le client, lui aussi, s’en détourne.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Parce que pendant des années, tout a été accepté. Parce que les mutations technologiques ont été subies, non encadrées. Parce qu’on a laissé s’installer une idée fausse : que la restauration peut se faire sans formation, sans expérience, sans passion. Que tout le monde peut ouvrir un restaurant, comme on ouvre un simple commerce. C’est faux.
Et pendant ce temps, les vrais professionnels se battent seuls.
Ils se battent pour maintenir un accueil, pour cuisiner du frais, pour garder du personnel malgré les charges, pour transmettre un savoir-faire et donner envie aux jeunes d’entrer dans ce métier. Mais sans soutien fort, ces efforts s’épuisent.
Il est temps que les organisations représentatives – dont vous êtes l’un des représentants nationaux – reprennent une position claire, ferme, engagée :
• Pour revaloriser la dimension humaine et culturelle de notre métier ;
• Pour défendre les métiers de service, trop souvent oubliés au profit de la cuisine médiatisée ;
• Pour encadrer davantage l’accès à la profession et garantir un minimum de qualification ;
• Pour exiger une baisse des charges sur les métiers en tension, notamment pour favoriser l’emploi durable ;
• Pour imposer la valorisation des pourboires via les outils de paiement électroniques ;
• Pour alerter les pouvoirs publics et les médias sur les conséquences de l’ultra-standardisation (cartes identiques, plateformes de livraison, perte d’âme des établissements) ;
• Et pour réagir enfin à l’injustice des tickets restaurant : cela fait plus de cinq ans que les restaurateurs subissent cette injustice , des commissions abusives, des retards de remboursement et un système qui les pénalise. Il est temps d’agir, pas simplement d’en parler.
Notre métier est un métier d’engagement. Il demande de la présence, de la rigueur, du contact humain, du savoir-faire, du cœur. Il ne se résume pas à une application ou à une commande automatisée.
Et pourtant, Monsieur Marx, vos prises de parole restent trop timides. Vous ne portez pas la colère et la détresse du terrain. Vous mettez en avant vos amis les chefs étoilés, mais vous oubliez ceux qui font tenir la restauration française au quotidien. Ceux qui travaillent dans l’ombre, sans projecteurs, mais avec courage et passion.
Les restaurateurs des Hauts-de-France – et de bien d’autres régions – attendent des actes. Ils attendent qu’on parle de leur réalité, pas seulement des grands noms. Ils veulent croire que ce métier peut redevenir une fierté, un projet de vie, un avenir pour les jeunes, une valeur ajoutée pour nos territoires.
En tant que Président du GHR Hauts-de-France, je m’engage pleinement pour que cette voix soit entendue. Je vous invite, Monsieur le Président, à venir sur le terrain, à dialoguer avec ces femmes et ces hommes qui portent ce métier à bout de bras.
Parce qu’il est encore temps de redonner à la restauration française son authenticité, sa dignité, sa valeur humaine et sociale.
Respectueusement,
Claude Thomas
Président du GHR Hauts-de-France