25/04/2026
APPEL INTERSYNDICAL À MOBILISATION : 1er MAI 2026
Créer, vivre, gagner : nul·le n’est à l’abri d’une victoire.
Parce que rien n’est écrit d’avance… et surtout pas la défaite !
Iels disent que c’est inévitable. Que les budgets vont baisser. Que nos droits vont reculer.
Nous refusons d’acquiescer et de céder à la confiscation du sens des mots. Car l’histoire des
travailleur·euses de l’art et de la culture, comme celle de toutes les luttes sociales, le prouve :
aucune conquête n’a jamais été offerte, elles ont toutes été arrachées, conquises.
Et surtout : aucune défaite n’est irréversible.
Alors oui, la situation est dure. Oui, nos métiers sont fragilisés. Oui, iels aimeraient qu’on s’habitue,
qu’on se résigne, qu’on se taise. Mais nous savons pourquoi on se bat.
Parce que chérir la création, c’est prendre soin de la société que nous construisons
ensemble. Celle qui nous révèle, nous relie, nous fait vibrer, nous interroge, nous rend libres.
Celle qui ne se contente pas d’exister, mais qui transforme, qui ouvre, qui dérange parfois. Et c’est
heureux.
Chérir la création parce qu’elle nous est essentielle.
Essentielle à nos vies.
Essentielle à nos liens.
Essentielle à toute émancipation.
Et pour cela, nous refusons qu’elle soit sacrifiée aux logiques du marché, aux politiques d’austérité,
aux tentations autoritaires.
Créer, ce n’est pas seulement un droit : c’est un travail.
Il ne doit pas être réservé à quelques-un·es.
Un travail fait de temps invisible, d’engagement total, de recherche, de doutes, de rencontres, de
réécritures, de présences. Un travail que l’on partage quand il est en train de se faire, puis quand il
devient œuvre.
Sans artistes-auteur·ices, sans intermittent·es du spectacle, sans technicien·nes, sans journalistes,
sans enseignant·es artistiques, sans étudiant·es en arts, il n’y a pas d’œuvres, pas d’images, pas de
récits, pas de musique, pas de livres, pas de traduction, pas de cirque, pas de danse, pas de cinéma,
pas d’exposition, pas de musées, pas de transmission entre générations, pas de pratiques
artistiques amateurs, pas de nouveaux professionnel·les de la culture et des arts…
Pourtant, tou·tes ces acteur·ices des arts et de la culture continuent de vivre et de
travailler dans des conditions très dégradées.
Les artistes-auteur·ices sont au cœur de l’écosystème artistique et culturel, mais leurs conditions de
travail restent précaires. Le travail de création demeure invisibilisé, au profit de revenus issus de l’exploitation des œuvres, sans grille tarifaire collective. Iels sont privé·es de droits sociaux
fondamentaux tels que l’assurance chômage, les congés payés ou une protection effective contre les
accidents du travail. Leur activité repose sur des revenus discontinus et instables. Nombre d’entre
elleux doivent recourir à des dispositifs (RSA) et institutions inadaptés à leurs professions, ne
reconnaissant ni la continuité du travail de création ni la nécessité d’un revenu de remplacement
en période creuse.
Les intermittent·es du spectacle restent les cibles privilégiées du patronat comme l’ont démontré
les dernières propositions mortifères du MEDEF de février dernier. Iels demeurent la monnaie
d’échange permanente pour cogner plus dur sur les privé·es d’emploi. Iels continuent d’être les
victimes d’une campagne calomnieuse qui les fait passer pour des privilégié·es ou des parasites,
alors qu’iels n’ont jamais été autre chose que des travailleur·euses précaires, malmené·es par la
discontinuité de l’emploi et par les coupes budgétaires incessantes qui sabordent le service public
de la culture.
Les enseignant·es artistiques, malgré un haut niveau de qualification (Bac+3, souvent plus), restent
cantonné·es pour leur grande majorité en catégorie B de la fonction publique territoriale, avec,
pour plus de la moitié d’entre elleux, des contrats précaires ad vitam aeternam, tant les concours
les concernant sont peu et mal organisés. Celleux qui enseignent dans l’associatif se voient voler
leurs droits sociaux, car un trop grand nombre d’écoles de musique associatives bafouent la
convention collective ECLAT, pourtant obligatoire. Certaines font appel à des auto-
entrepreneur·euses : c’est du travail dissimulé !
Face à la montée de l’extrême droite, il devient plus qu’urgent de défendre l’ensemble
de l’écosystème des arts et de la culture.
Parce qu’aujourd’hui, la réalité est brutale : une immense majorité de créateur·ices vit dans la
précarité, souvent sous le seuil de pauvreté, dans une incertitude permanente. C’est la raison pour
laquelle des syndicats, des collectifs, des artistes s’organisent. Iels posent une question simple,
mais décisive : quels droits pour celles et ceux sans qui aucune œuvre n’existe ?
Iels avancent des réponses. Pour les artistes-auteur·ices : une continuité de revenus, une véritable
protection sociale. Pour les enseignant·es artistiques : une réforme statutaire de fond, qui,
notamment, reclasserait l’ensemble de leurs cadres d’emploi en catégorie A de la fonction publique
territoriale ; la suppression de la qualification d’animateur technicien dans le secteur associatif
(tou·tes professeur·es !). Pour tout le monde, publics comme artistes, un soutien pérenne et
indéfectible du service public de la culture et des arts.
Dans un contexte comme le nôtre, tout cela peut sembler audacieux.
Mais rappelons-nous : tous les droits que nous avons aujourd’hui ont commencé comme
des idées jugées impossibles. Rappelons-nous que Martha Desrumaux a mené la grève
massive des mineurs de 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, qui a abouti à une victoire :
augmentations de salaire et améliorations des protections des tenues de travail.
Rien n’est figé.
Rien n’est joué d’avance.
Et surtout, nul·le n’est à l’abri d’une victoire.
Le 1er mai, on ne vient pas seulement dire non. On vient affirmer tout ce qu’on veut
voir advenir : une culture libre, vivante, accessible à tou·tes ; des droits solides pour
les travailleur·euses ; un monde où la liberté d’expression est possible, respectée,
reconnue et émancipatrice.
Ce 1er mai :
On sort, on se retrouve, on se compte.
On fait du bruit, du commun, du vivant.
On mêle nos colères et nos joies.
On rappelle une chose simple : créer est un travail.
Vivre de ce travail est un droit.
Et ce droit, on va le gagner.