26/10/2024
La place des femmes dans les gouvernances associatives : un enjeu d’égalité et de diversité
Yannick Dubois, Kogito
Dans le secteur associatif, les femmes représentent en moyenne plus de 55 % des bénévoles actifs, avec une présence particulièrement forte dans les domaines de l’éducation, de la santé, et de l’aide sociale. Pourtant, malgré cette implication massive, leur présence aux postes de direction reste inégale. Comprendre les disparités existantes et explorer les leviers pour une gouvernance associative plus inclusive et représentative est essentiel.
Une forte implication féminine, mais un déficit de représentation en gouvernance
Les chiffres montrent une surreprésentation masculine dans les instances de gouvernance. En 2023, seulement 35 % des postes de présidence et 27 % des directions générales dans les associations étaient occupés par des femmes¹. Ce contraste est particulièrement marqué dans les grandes associations, où moins de 25 % des femmes atteignent des fonctions de présidence ou de direction, bien que leur taux de participation bénévole y soit supérieur à 50 %².
Ces chiffres varient en fonction des secteurs associatifs. Dans les associations sportives, par exemple, les femmes représentent seulement 15 % des présidences, contre 40 % dans les associations à vocation sociale et éducative³. Ce constat met en lumière la persistance de stéréotypes influant sur la perception des compétences féminines selon les domaines d’activités.
Spécificités antillaises : la femme « poto mitan » de la vie associative
En Martinique et en Guadeloupe, les femmes jouent un rôle essentiel dans les associations, souvent appelées « poto mitan », ou pilier, de la vie sociale et communautaire. Contrairement à d'autres régions, elles sont majoritaires aux postes de présidence, trésorerie et secrétariat, avec une représentation féminine dépassant les 60 % dans de nombreuses structures locales. Cette prépondérance féminine reflète un modèle culturel où les femmes sont perçues comme les gardiennes de la solidarité et des traditions communautaires. Ce rôle de « poto mitan » illustre une réalité où les femmes antillaises non seulement participent activement, mais assument aussi les responsabilités de gouvernance, contribuant à la stabilité et à la cohésion du tissu associatif.
Obstacles à l’accès des femmes aux postes de gouvernance
Les stéréotypes de genre persistent : près de 60 % des membres de gouvernances masculines considèrent que les fonctions stratégiques et financières requièrent des compétences « naturellement masculines », selon une étude de l'Observatoire de l'égalité⁴. Cette perception limite l’accessibilité des femmes aux postes de pouvoir.
Le manque de réseaux freine aussi l’avancement des femmes. Une enquête de la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA)⁵ révèle qu’elles disposent, en moyenne, de 30 % moins de connexions stratégiques dans les réseaux associatifs par rapport à leurs homologues masculins⁶. Cette différence d'accès réduit les opportunités pour les femmes de se hisser aux postes de direction.
Par ailleurs, selon l’INSEE, 70 % des femmes actives dans les associations indiquent que les responsabilités familiales freinent leur implication dans des rôles nécessitant un investissement plus conséquent⁷, limitant ainsi leur disponibilité pour occuper des postes à forte implication.
Enfin, la question de l’auto-censure est un frein supplémentaire : près de 40 % des femmes interrogées dans le secteur associatif estiment manquer de légitimité pour postuler à des fonctions de direction, contre seulement 15 % des hommes⁸.
Les bienfaits d’une gouvernance mixte
Une gouvernance inclusive et diversifiée présente des bénéfices pour les associations. Selon une étude du Haut Conseil à l’Égalité, les équipes de direction mixtes montrent une amélioration de 25 % de l’efficacité des décisions grâce à la pluralité des perspectives⁹. Cette diversité favorise une meilleure compréhension des besoins des membres et des bénéficiaires, notamment lorsque les activités touchent les domaines sociaux et éducatifs où les femmes sont fortement impliquées.
Initiatives et bonnes pratiques pour une gouvernance plus équilibrée
Conscientes de l’importance de l’égalité de genre, plusieurs associations et organismes ont mis en place des initiatives pour encourager la parité dans les gouvernances associatives.
Les programmes de développement en leadership, tels que ceux soutenus par le Ministère de l'Égalité, montrent que les participantes aux formations voient leurs chances d’occuper un poste de direction augmenter de 40 %¹⁰.
Les réseaux de soutien, comme ceux déployés dans plus de 100 associations en France, offrent aux femmes un cadre pour partager leurs expériences et se perfectionner en leadership, favorisant leur montée en compétences¹¹.
La mise en place de quotas dans certaines associations a permis d’augmenter la représentation féminine de 15 % dans leurs instances dirigeantes en moyenne, selon le Rapport 2023 de France Bénévolat¹².
Enfin, les actions de sensibilisation aux biais de genre portent leurs fruits : selon une enquête de 2021, les associations qui ont engagé des actions pour déconstruire les stéréotypes de genre ont enregistré une hausse de 30 % du nombre de candidatures féminines pour des postes de gouvernance¹³.
Les chiffres montrent un écart significatif entre l’implication des femmes dans les activités associatives et leur accès aux postes de décision. En encourageant des initiatives de soutien et de sensibilisation, et en promouvant une culture de la parité, les associations peuvent devenir plus inclusives et mieux refléter la diversité de la société. L’égalité au sein des instances dirigeantes est un enjeu de taille pour renforcer la représentativité et l’efficacité des associations, et ainsi répondre aux défis actuels de manière plus équilibrée et adaptée.
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¹ Observatoire de l'égalité femmes-hommes dans le secteur associatif, Rapport 2023, France Bénévolat
² Ibid.
³ INSEE, Les femmes dans le secteur associatif : Participation et leadership, Etudes et Résultats, 2022
⁴ Ibid.
⁵ La Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA), renommée « Le Mouvement Associatif » en 2014
⁶ Ibid.
⁷ INSEE, Les femmes dans le secteur associatif : Participation et leadership, Etudes et Résultats, 2022
⁸ Observatoire de l'égalité femmes-hommes dans le secteur associatif, Rapport 2023, France Bénévolat
⁹ Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, La place des femmes dans les instances dirigeantes associatives, 2020
¹⁰ Ministère de l'Égalité et de la Jeunesse, Réussir l’inclusion féminine dans les structures associatives, 2021
¹¹ Ibid.
¹² France Bénévolat, Rapport 2023
¹³ Observatoire de l'égalité femmes-hommes dans le secteur associatif, Rapport 2023, France Bénévolat