29/08/2026
Le médecin belge Yves de Locht est connu, dans le
bassin de Longwy, comme un référent au « droit à mourir dans la dignité » en pratiquant l’euthanasie. Dans le PaysHa u t , i l e s t s o u t e n u p a r l a Longovicienne Claudette Pierret, 78 ans, qui depuis treize ans,accompagne les Français, àmourir de l’autre côté de la frontière.
En France, la loi créant un droit à l’aide à mourir a été publiée au
Journal officiel, à la mi-août,dans le sillage de sa promulgation par Emmanuel Macron. Ce texte sur la fin de vie, validé par
le Conseil constitutionnel, crée un droit à l’aide à mourir pour
certains patients, sous plusieurs conditions, leur permettant de
s’administrer un produit létal en présence d’un soignant. Si, et
seulement si, le patient ne peut accomplir physiquement le geste, le soignant peut s’en charger.
Depuis le 28 mai 2002, la Belgique a légalisé l’euthanasie.
24 ans plus t**d, la France décide d’accepter cet usage, après
des années de débats houleux.
Une décision que le médecin généraliste belge approuve et salue même s’il émet des réserves :« Je dirais qu’il était temps que la
France prenne ce dossier à brasle-corps. Cependant, le texte est
restrictif car il impose des conditions cumulatives très précises.
De plus, je citerais commeexemple, l’euthanasie qui n’est
pas destinée aux mineurs ».
En revanche, la loi belge autorise les mineurs à demander la
fin de vie s’ils sont atteints d’une maladie incurable. À une condition, que les jeunes patients (*) vivent avec une souffrance physique constante et insupportable qui ne peut être apaisée : « Parconséquent, j’observe que la loi en France ne changera rien pour
nous. De manière générale, les Français viendront toujours en
Belgique pour être euthanasiés ».
Selon lui, la pratique y est ancrée, dans la mentalité des Français, depuis de nombreuses années. « L’euthanasie n’est jamais un acte banal »
Même si la loi dans l’Hexagone est adoptée, faut-il encore
pouvoir l’exercer dans de bonnes conditions. Les soignants
français sont-ils (vraiment) prêts ? Outre-Quiévrain, la formation aux soins de vie existe, mais elle n’a rien d’obligatoire.
Certains médecins français la suivent (déjà) de leur propre initiative. Un an d’apprentissagequi ne se limite pas à l’euthanasie : il touche à l’ensemble dessoins de fin de vie, y compris leur dimension psychologique :
« Je n’aurais pas osé pratiquer
une euthanasie avant d’avoir
suivi cette formation », admet
Yves de Locht, avec franchise.
D’ailleurs, il a mis des années avant d’oser réaliser « sa première euthanasie ». Même s’il s’est accoutumé, celle-ci reste un acte difficile :
« Nul n’est indifférent à la détresse des familles durant cet
instant voulu par le malade »,
confie-t-il. Une phrase simple, mais qui résume, des années
passées, au chevet de gens qui ont choisi, en pleine conscience, l’heure de leur départ.
Dans son livre Le D roit de mourir, Fin de vie : le combat
d’un médecin (Aux Éditions Michel Lafon), l’octogénaire tente
de mettre des mots sur cette expérience si particulière du dernier soin : « Au-delà d’un certain seuil, la souffrance ne doit pas
se prolonger », écrit-il. Une conviction forgée, par des années
de terrain, loin des débats abstraits qui agitent les parlements.
On l’interpelle souvent sur le serment d’Hippocrate, l’un des
textes fondateurs de la déontologie médicale : « Mon premier
rôle de médecin est de soulager la souffrance de mes patients. Je
ne prolongerai pas leur déchéance. Honnêtement, je ne pense pas qu’il faille s’indigner.
Avant 2002, j’ai vu beaucoup de patients agoniser et j’ai vu aussi
beaucoup de familles qui demandaient d’intervenir. Pour
ma part, je n’ai jamais eu l’impression de tuer. Je donne le
dernier soin, à un malade qui me sollicite. Je ne considère pas
ceci comme un meurtre. C’est une réponse à une requête d’un
patient. D’ailleurs, l’un d’eux m’a dit, un jour : Vous me faites
un cadeau, docteur ».
Yves de Locht se souvient aussi avoir eu des oppositions. Au
début. « Après autant d’annéesd’expérience, j’ai encore quelques remarques négatives. Mais, je dirais que c’est assez
calme. Il m’est arrivé de recevoir quelques lettres d’insultes ». Toutefois, avec cette nouv e l l e l o i , c e l u i - c i e s p è r e
pouvoir échanger librement avec ses homologues français,
comparer les savoir-faire mais aussi partager les doutes.
Un vœu simple, presque modeste, formulé par un homme
qui a passé, deux décennies, à assister des vies jusqu‘à leur terme : « La pratique de l’euthanasie ne s’exerce jamais seul, ni
sans émotion ».
● Chrystelle Thévenot L'Est Républicain 28.08.26
NB. du Choix Claudette Pierret et Yves de Locht sont membres de notre Comité d'honneur
(*) mineurs en fin de vie et les parents donnent leur avis