19/05/2026
Aujourd'hui j'essaye de sourire mais franchement le coeur n'y est pas, ne soyez pas dupes.
Je vais être franche, la décision des sénateurs de refuser l'aide à mourir me donne envie de vomir. Attention, je respecte totalement ceux qui souhaitent maintenir leur vie quoi qu'il arrive mais en quoi cela peut-il les gêner que quelques uns veuillent abréger leurs souffrances? Il est heureusement des fins de vie sereines et apaisées mais, au cours de ma carrière de psychologue en cancérologie et soins palliatifs, j'ai accompagné aussi, bien d'autres situations plus complexes. Faut-il vous dire que Laura, 57 ans, m'avait fait promettre le respect de sa dignité jusqu'au bout, de l'aider au besoin à mourir, promesse que je n'ai pu respecter parce que malgré ses gémissements de douleur contre lesquels aucun traitement ne pouvait rien, elle a été maintenue en vie jusqu'à son dernier souffle à moins de 30 kilos, exsangue, visuellement si difficile à regarder tant le visage reflétait la mort, tant son corps sentait cette mort qui n'advenait pas. Même son mari ne parvenait plus à entrer dans cette chambre où la lumière était tamisée pour amoindrir le choc visuel. Faut-il vous parler de Marie, 19 ans, que j'ai bercé jusqu'au bout, qui me suppliait qu'on mette un terme à ses douleurs tant la tumeur contre laquelle la médecine ne pouvait plus rien gonflait dans sa tête et faisait compression ? Faut-il raconter comment Paul s'est étouffé, les yeux exorbités, jusqu'à son dernier souffle ? Et Claudine, voulez-vous savoir à quel point elle a marqué mes bras de ses ongles tant l'agonie de son cancer des os provoquait des douleurs contre lesquelles aucun médicament ne pouvait plus lutter ? Et Mathieu, dont le cancer de la langue a fini par gagner la partie, de cette langue qu'il a fallu couper petit à petit jusqu'à... Par respect pour lui, pour son souvenir, je ne vous raconterai pas ses derniers jours. Pourquoi eux n'ont-ils eu que le droit de subir ces formes de tortures inhumaines alors qu'ils réclamaient qu'on les aide à mourir, en vain ? Et moi, simple psychologue à leur chevet, impuissante, ne pouvant que leur offrir mon humanité, mes bras, mon infinie compassion après avoir tenté de convaincre cent fois, bien plus encore, l'équipe soignante de ce service, qu'on n'avait pas le droit de les abandonner ainsi. Si j'ai fini par quitter mon poste à l'hôpital, au bout de quasi 20 ans, c'est parce que je n'ai plus pu supporter cette déshumanisation des soins car accompagner une personne en fin de vie est pour moi un soin. Bien sûr, il y a eu de merveilleux soignants dans certains services mais trop souvent des décisions médicales inacceptables, des médecins absents lors de la fin de vie de leurs patients, incapables de comprendre que ces personnes en fin de vie ne voulaient que leur présence jusqu'au bout plutôt que d'être ainsi abandonnés comme des pestiférés, guidés par des internes à qui on demandait l'impossible. Pourquoi en 2026 ne peut-on accepter que certaines personnes en fin de vie ne puissent être soulagées alors que toute l'Europe le fait sauf nous ? De quelle hypocrisie nauséabonde se vantent nos élus dans l'irrespect du choix de quelques uns, de ces êtres en partance qui constatent avec horreur que l'on décide pour eux qu'ils doivent endurer l'infamie jusqu'au bout. Je suis profondément triste du manque d'empathie, de compassion face à cet impossible à vivre que certains subissent dans le silence et la pénombre de chambres d'hôpital ou bien plus encore, renvoyés chez eux avec un ou une infirmière qui va prendre un temps pourtant compté pour tenter au moins d'être présente. Renvoyés au domicile pour qu'ils ne meurent pas à l'hôpital et ne grossissent le quota "autorisé" de morts hospitaliers.
Je pense fort à vous, belles âmes qui m'ont fait l'honneur de me demander à votre chevet à la fin de vos vies, je vous envoie mon infinie tendresse dans l'au-delà. Quant aux personnes en fin de vie et à leurs proches (qu'il ne faut pas oublier), je vous envoie toute ma compassion. Je n'ai hélas que cela à vous offrir.