14/12/2025
🎬 Retour sur la projection du film Frantz Fanon de Abdennour Zahzah au Cinéma Le Studio
« Et nous aurons à panser des années encore les plaies multiples et quelquefois indélébiles faites à nos peuples par le déferlement colonialiste. » — Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre. 
🏥Partir de cette image du « pansement » — soigner des blessures qui restent ouvertes — permet de nommer les mécanismes criminels du colonialisme.
🫵Le premier mécanisme, l’expropriation, n’est pas une simple redistribution de terres : c’est l’annihilation des droits de propriété, des moyens de subsistance et d’un ordre social. En Algérie, dès les premières décennies de l’occupation, des centaines de milliers d’hectares furent confisqués au profit de colons et du domaine public colonial : entre 1830 et 1851, l’administration française expropria au moins 364 341 hectares de terres rurales cultivées, provoquant la paupérisation massive des paysans et la perte de la souveraineté foncière des familles locales. 
🌾Avec le temps cette spoliation prit une ampleur systémique. Les politiques de colonisation agricole (Mitidja, plaines colonisées, création d’un domaine public colonial) redéfinirent la propriété foncière : si en 1830 la quasi-totalité des terres appartenaient à des Algériens natifs, les transformations imposées au fil du XIXᵉ et XXᵉ siècle réduisirent fortement cette part — au point que, à la veille de la guerre d’indépendance, la structure foncière était durablement bouleversée au détriment des populations autochtones. 
⚖️Le deuxième mécanisme — la domination politique, juridique et culturelle — accompagne et légitime l’expropriation : l’application du droit colonial, la création d’institutions séparées et la marginalisation des formes locales d’organisation ont rendu les Algériens étrangers chez eux, soumis à des régimes discriminatoires dans l’emploi, l’administration et la justice. Ce double mouvement (spoliation matérielle + dépossession civile) correspond à ce que Fanon décrit comme une violence structurelle produisant des « plaies » psychiques et sociales, et qui ne peut être effacée par un simple transfert de pouvoir. 
🎓Le troisième mécanisme, souvent occulté, est l’imposition ou l’entretien d’un état d’analphabétisme : priver d’éducation de masse, limiter l’accès à l’école ou orienter celle-ci au seul profit d’une minorité conduit à fragiliser des générations entières. Les enquêtes et rapports internationaux montrent qu’à l’indépendance (1962) l’Algérie connaissait des taux d’analphabétisme extrêmement élevés — des sources historiques et pédagogiques estiment qu’une large majorité de la population adulte était alors analphabète, ce qui témoigne de décennies d’investissement scolaire insuffisant et sélectif sous le régime colonial. Ce déficit éducatif a été, et reste, une des séquelles majeures qu’il a fallu « panser ». 
🇩🇿Quand l’État colonial exproprie la terre, ferme des voies d’émancipation politique et bloque l’accès à l’éducation, il commet une triple atteinte aux droits fondamentaux (propriété, dignité, savoir) qui s’apparente, dans ses effets et sa logique, à un crime : non seulement il détruit des moyens matériels de vie, mais il fracture le tissu social et compromet l’avenir collectif. Fanon nous prévient : la guérison exige du temps, de la conscience et des réparations actives — reconnaissance des faits, restitution ou compensation foncière, et politiques massives d’éducation et de reconstruction sociale.
🕊️Aujourd’hui c’est la journée mondiale de la décolonisation et nous ne devons pas oublier le passé, nous ne devons pas céder aux raccourcis et toujours raconter l’Histoire pour mieux comprendre et s’interroger inlassablement…