16/06/2026
L'ÉVAPOTRANSPIRATION - La transpiration des arbres est présentée comme leur superpouvoir rafraîchissant... mais elle s'affaiblit précisément quand la chaleur est la plus forte et qu'on en aurait le plus besoin.
L'arbre en ville n'est pas un climatiseur miracle : 7 idées reçues que la science nous invite à revisiter - 2/7
1️⃣ Les arbres aussi subissent chaleur et sécheresse.
La transpiration assure 20-30 % du rafraîchissement sous une canopée. On s'attendrait à ce qu'elle se renforce avec la chaleur : air plus chaud, demande évaporative plus forte, donc plus de transpiration, mais les mesures montrent l'inverse.
2️⃣ L'arbre choisit de se sauver plutôt que de nous rafraîchir.
En stress hydrique, l'arbre ferme ses stomates - les pores des feuilles - pour limiter ses pertes en eau. La transpiration chute brutalement - jusqu'à -58 % selon Anys & Weiler (2025) pour des arbres plantés en fosse de trottoir, où bitume et bordures détournent l'eau de pluie du pied d'arbre. Si l'aménagement ne conduit pas l'eau vers la fosse, le sol ne se recharge presque pas.
3️⃣ Le paradoxe de la canicule : transpirer pour ne pas cuire, au risque d'en mourir.
Marchin et al. (2022) ont observé qu'en cas de canicule, certains arbres rouvrent leurs stomates pour maintenir la température foliaire sous le seuil de dénaturation des protéines photosynthétiques. Un mécanisme de survie qui a un coût fort : la déshydratation.
4️⃣ La colonne d'eau dans l'arbre : un mécanisme fragile.
L'eau ne "monte" pas dans un arbre : elle est tirée par une colonne en tension continue, du sol aux feuilles. Chaque molécule qui s'évapore en "tire" une autre, comme une chaîne. Si le sol s'assèche et que la demande reste forte, la tension finit par rompre la chaîne : des bulles d'air se forment dans les vaisseaux, c'est l'embolie du xylème.
5️⃣ L'embolie : un point de non-retour.
Les vaisseaux touchés ne conduisent plus l'eau et, passé un seuil, ne se reconstituent pas. Les branches du sommet meurent en premier : c'est la descente de cime, souvent irréversible, qui fini par réduire la canopée.
6️⃣ 70% des arbres vivent au bord de la rupture hydraulique.
Choat et al. (2012) ont démontré que 70% des arbres du globe fonctionnent à la limite de leur tolérance hydraulique : un surcroît modéré de stress thermique ou hydrique suffit à les mettre en danger.
L'évapotranspiration est un service conditionnel et variable.
Et si l'ombre reste le premier levier de rafraîchissement des arbres (70-80%), elle reste aussi dépendante de sa bonne santé.
Installer un arbre dans une fosse où aucune précipitation n'est conduite, puis attendre qu'il rafraîchisse comme cinq climatiseurs, c'est ignorer sa physiologie.
L'arbre nous rafraîchit quand il en a les moyens. Ce n'est en rien une raison de renoncer aux arbres en ville, c'est une raison pour mieux comprendre leurs besoins afin de les planter et les soigner comme ils le méritent.
L'enjeu n'est pas de planter davantage, mais de planter -et de jardiner - mieux.
(d'après la publication LinkedIn de Thomas Hanss, cofondateur & Directeur Technique de Villes Vivantes, Architecte Paysagiste & Urbaniste)