30/05/2026
La France comptait des dizaines de races ovines régionales. La plupart ont failli ne pas survivre au XXe siècle.
Avant l'intensification agricole, chaque territoire façonnait ses propres moutons — adaptés à l'humidité des marais, aux pentes des estives pyrénéennes, aux landes granitiques bretonnes, aux alpages savoyards, aux sols sablonneux de Sologne. Ces races n'étaient pas interchangeables : chacune portait en elle les contraintes précises de son milieu, la flore de ses parcours, le savoir-faire de ses bergers. Aujourd'hui, quelques races commerciales standardisées dominent la production ovine nationale. Les races patrimoniales ont frôlé l'effacement dans le silence des statistiques agricoles.
Quelques portraits :
- Le mouton d'Ouessant est la plus petite race ovine au monde, originaire de l'île bretonne du même nom. En 1900, plus de 6 000 moutons peuplaient l'île. L'arrivée de moutons continentaux au début du XXe siècle a entraîné des métissages qui ont fait disparaître la race de son île d'origine. En 1977, un recensement sur le continent ne retrouve plus que 486 individus. Le Groupement des éleveurs de mouton d'Ouessant (GEMO), fondé en 1976, a reconstitué le cheptel à partir de quelques troupeaux conservés dans des propriétés privées.
- La Solognote est l'un des représentants les plus proches de l'ancien type de mouton français. Elle était 300 000 têtes en 1850 en Sologne, fournissant la laine des draperies de Romorantin et les agneaux des régions voisines. Son déclin suit le reboisement, le drainage, puis l'exode rural après 1918. Un programme de conservation mis en place dès 1969 — le premier du genre en France pour une race ovine — l'a empêchée de disparaître entièrement. Elle compte aujourd'hui environ 3 000 brebis.
- La Castillonnaise est la "tête rouge" de l'Ariège, ainsi surnommée pour la pigmentation cuivrée de sa peau. Elle était 50 000 têtes en 1929. Des croisements anarchiques avec des races plus grosses et l'exode rural des vallées pyrénéennes l'ont réduite à 2 000 individus en 2004. Un registre généalogique existe depuis 1982 ; elle compte aujourd'hui un peu moins de 6 000 brebis.
- La Thônes et Marthod est la brebis rustique des Alpes du Nord, dont le lait produit la tomme de Savoie dans des élevages fermiers. Elle était 32 000 têtes en 1932. La race a failli s'éteindre au début des années 1970. Une action de sauvetage engagée en 1975 par l'établissement d'élevage de Savoie et l'Institut de l'élevage, puis la création d'une union d'éleveurs en 1992, ont permis de la stabiliser autour de 7 000 brebis aujourd'hui.
- La Barègeoise est la race du canton de Luz-Saint-Sauveur, dans les Hautes-Pyrénées, isolée dans sa vallée par la géographie depuis des siècles. En 1988, il ne restait que 11 éleveurs et 1 200 brebis. L'obtention de l'AOP Barèges-Gavarnie en 2003 — première AOP ovine de viande dans les Pyrénées françaises — a transformé la race menacée en filière viable. Les troupeaux comptent aujourd'hui 5 000 brebis.
- Les Landes de Bretagne sont l'une des races ovines les plus proches du type primitif du bassin de la Loire. Race rustique des landes bretonnes, à laine grossière et à ossature fine, elles figurent parmi les 23 races ovines françaises officiellement menacées de disparition depuis l'arrêté ministériel de 2015.
Ce que le productivisme a failli effacer, ce n'est pas seulement de la diversité génétique. Ce sont des équilibres entre une race, un paysage et une pratique pastorale que personne ne peut reconstruire à partir de zéro.
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