30/07/2026
Le Collectif La Méandre, lieu de joie artistique emblématique de Chalon sur Saône, menacé d'expulsion, a subi une attaque violente et injustifiée au dernier soir du festival.
"Regarde au loin l'horizon crasseux, l'absence de volupté", et comprends qu'il est déjà là, à nos pieds.
Lisez le récit de Marie-Magdelaine de la Compagnie Mmm et signez la pétition en ligne pour les soutenir :
https://www.change.org/p/pour-l-arr%C3%AAt-imm%C3%A9diat-de-la-proc%C3%A9dure-d-expulsion-de-la-m%C3%A9andre-et-pour-sa-r%C3%A9gularisation
Cette année nous n’avons pas été sélectionnés à « Chalon dans la Rue », pourtant j’ai décidé d’y aller quand même. Libre de jeu, de collectif, en bike, bon train, pour voir des spectacles, des copaines, soutenir, regarder le fil au-dessus de nos têtes, rire, promener Eden, danser… J’ai été touchée plein fouet par maintes propositions, j’ai été saisi encore sur les kilomètres du retour par les expressions du duo matinal et magistral en langue des signes, j’ai parcouru d’Est en Ouest cette ville no man’s land pendant cinq jours. Ça se célèbre toujours un festival comme celui-ci ! Alors dimanche soir, pour la Sainte clôture, le rendez-vous de « l’After » était pris. Profitez, on vous attend au tournant…The place to be, malgré l’expulsion annoncée du Collectif de la Méandre, nous étions toustes là, sur ce bord de Saône, fatigués, éprouvés, perlant du front jusqu’aux chevilles. Ensemble : les travailleur·ses, les bénévoles, le public, les couche-tard, les assoiffées, les ancien·nes, furax et solidaires, riant, cherchant l’enivrement général. Habillés léger, sans arme, sur nos pieds bondissants.
BREF : un peu de gaieté dans ce monde barbares.
Et là, vers 4h du matin - il me semble - dans ce contexte de culture massive, on s’est fait cueillir en pleine nuit. Affolement. Mouvement obligatoire vers la sortie, la fête est finie. Tout le monde dégage, sans sommation. Une ARMADA de CRS, abrutis sous leurs casques et leurs matraques. Obéir sans réfléchir. À mon top, chargez !
BREF : on connaît leurs méthodes.
Totalement encerclés. Nous n’avons pas eu d’autre choix que de quitter le lieu, ne pas faire marche arrière, « baisse la tête sinon j’te casse les dents ». On s’est fait gazés, chargés, rossés pour certain·es… La clôture transformée en chasse à l’homme, tapis dans le noir. Nous n’étions pas préparés. Un mélange de scénarios à la Snow therapy, et d’autres que nous n’avions pas imaginé ! L’année dernière on a eu droit aux « graffeurs-casseurs » à Aurillac, cette année c’est Chalon qui tourne au pujilat. Créer la peur au sein de la culture…Mais m***e !!! Nous sommes cerné·es au sens propre et figuré. Rage et ivresse étouffées par le bruit des sabots dressés.
Voilà ce qu’il se passe : On nous supprime des espaces ! On supprime les collectifs et partout où il peut s’en organiser. On se fait brutaliser. Gratos et injustement. Et, de l’autre côté, on regarde nos forêts partir en fumée. L’enfer qui se rapproche, ça pue, ça pique le nez. Se faire déloger, c’est à la mode on dirait…
Après les gaz dispersés, avec une petite troupe dont frère Panda, nous sommes revenus sur le lieu, voir le soleil se lever sur cette berge désertée, le levant déposant des promesses dans nos yeux ahuris.
Paraît qu’ils ont trouvé comment « déclasser » ces vieilles grues, jadis « classées », comme ça on rase tout. Cassez-vous les saltimbanques, les va-nu-pieds sales, les conteur·euses de trottoirs ! C’est important d’ajouter de d’engagement social et politique dans nos œuvres de bitume parce que ça fait belle lurette que les espaces publics sont bafoués…Et on n'enlèvera pas le goût de l'intimidation aux hommes.
BREF : La guerre est déclarée, sans nous demander notre avis.
Hahaha ! Que ça a l'air con un CRS qui court ! « Dommage que le ridicule ne tue pas », j’ai pensé. « Qu’est-ce que tu regardes ? Bouge ! » Ce pas là, ne fait vraiment pas le même bruit qu’une robe qui flotte au vent : il n’y a aucune poésie.
Soutien à tous mes camarades de rue, de salle, de gazon, de front.
Et, une pensée spéciale à mon amie Jacqueline de la Petite Pierre envolée aujourd’hui.
Allons compter les étoiles avant qu’on ne puisse plus les discerner entre les nuages des flammes et celles des lacrymogènes.