06/06/2026
Le 6 juin 1944, l'opération Overlord marque le début de la libération de l'Europe continentale. Parmi les forces alliées engagées dans cette gigantesque opération aéronavale, 177 fusiliers marins français, intégrés au prestigieux N°4 Commando britannique sous les ordres du commandant Philippe Kieffer, s'apprêtent à écrire l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire militaire française contemporaine. Seule unité française en uniforme à débarquer sur les plages de Normandie, le Commando Kieffer a pour mission de s'emparer du secteur de Sword Beach, face à Ouistreham, une zone lourdement fortifiée par les troupes allemandes.
Maurice Chauvet, l'un de ces 177 volontaires, livre ici un témoignage direct, brut et d'une rare intensité dramatique. Il y décrit les premières minutes du débarquement, le chaos des barges de débarquement subissant le feu ennemi, la perte de camarades et les premiers pas sur le sol normand au milieu du fracas des armes.
Voici le récit de Maurice Chauvet :
« La côte est bien visible maintenant. Nous avançons entourés de hautes colonnes d’eau soulevées par les impacts d’obus tirés de la terre. Plusieurs ricochets formant des lignes de pointillés dans la mer sont visibles très près de notre coque ; ce sont des tirs de mitrailleuse.
Soudain, notre LCI vibre violemment et s’immobilise ; nous venons d’aborder la côte à toute vitesse. Face à nous, une étendue de sable d’environ cent mètres, plus loin des dunes au sommet recouvert d’herbages. Dans un vacarme étourdissant, j’entends à l’avant la chute des deux passerelles et les cris de Pinelli entraînant ses hommes… Il est 7 h 30. Pour nous, le Débarquement vient de commencer.
Je me dirige à l’arrière pour détacher mon vélo, mais à peine ai-je fait quelques pas, frôlant des hommes agenouillés en une longue file, qu’un choc formidable me projette à terre : un obus vient de tomber sur l’avant du bateau. Retentissent les hurlements des blessés et des hommes tombés à l’eau, incapables de nager avec le lourd équipement qui les attire vers le fond. L’avant du bateau a été pulvérisé, plus moyen de descendre par là… Les commandos refluent. Comment évacuer notre embarcation ? Le niveau du pont se trouve à deux mètres cinquante des flots dont la profondeur nous est inconnue, les balles sifflent au-dessus de nos têtes… La barge 527 qui a amené la troop 8 est à couple de nous, à six mètres sur tribord, son pont déjà désert. Elle recule et nous accoste rudement de l’arrière. Des matelots sont en train d’abattre câbles et rambardes. Un premier commando hisse son sac et son arme, il passe sur le pont de la 527… Une dizaine d’hommes a déjà quitté le bord quand je me présente avec mon vélo. Le matelot refuse de s’en charger et me crie qu’il le posera « on the beach » quand tous auront débarqué. Il me tire par le bras et je me retrouve à quatre pattes sur le pont, écrasé par mon sac de quarante kilos. Il faut faire vite, le paquetage de celui qui me suit me pousse en avant.
Remis sur mes pieds, je prends ma place dans la queue qui se forme. Les deux passerelles latérales ont été poussées, l’homme devant moi glisse et file comme sur un toboggan, je m’engage à mon tour… Je vois dans l’eau le dos et le sac d’un commando qui a trébuché. Il risque de se noyer, mais on ne peut rien faire. Au pied de la passerelle, un jeune marin blond revêtu d’un pull blanc à col roulé, dans l’eau jusqu’à la ceinture, assure la passerelle tout en poussant de grands cris pour activer la descente. Je suis frappé par son air joyeux, il semble à une fête. Mais je suis déjà dans l’eau, et bientôt sur le sable. Un ou deux corps, des objets divers, des boudins gonflables, un poste de radio, des armes, des casques jonchent le sol… Je parcours une vingtaine de mètres et tombe sur le commandant Kieffer, allongé par terre, le torse en appui sur les deux coudes. Bêtement, je me mets au garde-à-vous et lui demande si je peux l’aider. Avec violence, il me répond : « Non, passez, passez, évacuez ! Les brancardiers viennent me prendre ! »
Je continue et arrive à l’épaulement de la dune. À cet endroit, la marée a formé un à-pic. La dune, haute de trois mètres, est couverte d’herbe et couronnée par un réseau assez dense de barbelés. Une partie de la troop 8 est arrêtée ici, les balles sifflent, mais nous sommes à l’abri. De nombreux corps jonchent le sable, sans doute des soldats du génie débarqués avant nous… »
Notre association rend hommage aux Français des commandos Kieffer, aux F.F.I, aux S.A.S Français, aux Marins et aux aviateurs Français qui ont participé au débarquement de Normandie.
N'oublions jamais !