15/06/2026
Un destin à Immerhof en 1940.
Quand on visite l'ouvrage de l'Immerhof aujourd'hui, on est frappé par son état de conservation le béton est intact, le site est silencieux. Pourtant, il suffit de se plonger dans les archives et les témoignages de l’équipage pour comprendre la valeur du sacrifice qui s'est joué ici.
Parmi ces visages de la ligne Maginot, un nom résonne avec une force particulière pour nous celui du caporal André Rabu.
Durant la « Drôle de Guerre », comme ses camarades, le téléphoniste André Rabu a passé huit longs mois confiné sous terre, dans le béton, à endurer une humidité permanente — une sorte de « fog » qui stagnait sans cesse au milieu des galeries. Les conditions n'avaient vraiment rien d'agréable, mais il a tenu bon, partageant le quotidien de cet équipage soudé.
Le véritable choc survient à partir du 10 mai 1940, lorsque les bombardements ennemis commencent à s'abattre sur le secteur. Face au feu, l'équipage remplit son devoir, durant les semaines qui suivent, la tension ne cesse de monter, jusqu'à cette tragique soirée du 14 juin 1940 qui bouleversera le fort à jamais.
Ce soir-là, l'ambiance est lourde dans les couloirs de l'entrée, près du local radio. Alors que le capitaine Réquiston donne ses ordres aux caporaux présents, le caporal Rabu s'avance. Animé d'un courage et d'un sens du devoir exemplaires, il se présente devant son supérieur. Ses mots, rapportés par son camarade Roland Merlen, montre sa détermination : « Mon capitaine, comme les autres je veux aller là-haut ce soir, je suis volontaire pour la patrouille et c'est mon tour. »
Ce que ses frères d'armes n'apprendront que bien plus t**d, après la guerre, c'est qu'André Rabu avait un pressentiment, il avait préparé une lettre pour ses parents dans laquelle il prévoyait ce qui allait arriver.
La patrouille s'élance sur les dessus de l'ouvrage avec le caporal-chef Carré, le soldat Janvier et le caporal Rabu. Peu de temps après leur départ, le téléphone retentit brusquement à l’entrée : « Gros bombardement sur les dessus, des hommes sont blessés. » L'ordre est immédiatement donné au bloc 3 de surveiller et d’observer l'équipe de secours.
Derrière les réseaux de barbelés, les silhouettes se dessinent dans la nuit. Un homme s'avance, revolver au poing, suivi de l'adjudant Quéant et de deux porteurs de civière. Le drame s'est noué là-haut sous les obus. Au bout d'un moment, l'adjudant Quéant repasse, portant un homme sur son dos. L'émotion est lourde au sein de l'équipage lorsque la terrible nouvelle tombe : Carre et Janvier sont blessés, et le Rabu vient de rendre son dernier soupir. Il a fait le sacrifice de sa vie pour la défense de sa patrie.
Si les Allemands ont finalement annulé leur grand assaut contre l'Immerhof les jours suivants — reculant face à la puissance dissuasive des tourelles de 75 mm des ouvrages voisins de Molvange et de Soetrich —, le fort a payé son tribut de sang à travers la perte de Rabu.
C'est précisément pour que son histoire ne s'efface pas, et pour honorer ce destin brisé, que la mémoire s'est à nouveau animée à Immerhof ce dimanche 14 juin.
Quatre-vingt-six ans jour pour jour après ce drame, l’Association de l’Ouvrage de l’Immerhof, avec le renfort et l’amitié de l'AAOFLM (Fort de Fermont) et de l'ASBK (ouvrage du Bois-Karre), ont réuni le public pour une journée mémorielle. Ensemble,rassemblés autour du souvenir des combats et de la mémoire du Caporal André Rabu.
Transmettre pour se souvenir, parce que l’oubli est une seconde mort! Nous lui rendons hommage, et à travers lui, c’est à tous les équipages de la Ligne Maginot que nous pensons :
• À ceux du secteur fortifié de Thionville, qui ont tenu avec calme et courage dans une guerre qui s’effondrait autour d’eux.
• À ceux de l’ouvrage de La Ferté, dans les Ardennes, où tous sont morts asphyxiés.
• À tous ces soldats du béton et des cimes, qui ont résisté.
Pour nous le caporal André Rabu n’est pas qu’un simple nom gravé parmi d’autres sur un monument. Et tant que nous nous souviendrons, son sacrifice ne sera pas effacé.
🕯️ À André Rabu, aux équipages de la Ligne Maginot, on ne vous oublie pas !