22/03/2026
Berlue 🐐
Le 31 août 2016, dans une période de transition intense, j’étais prête à prendre un tournant décisif : quitter un endroit cloisonnant pour vivre le début de mon rêve de liberté, dans cette ferme toulousaine.
Je prenais la route ce matin-là, et tu étais là, au bord de la départementale, avec ta compagne (ta sœur, je suppose). Je me suis arrêtée, j’ai attendu, je me demandais ce que je devais faire… avec ce sentiment étrange que ce moment n’était pas anodin. Puis j’ai porté l’une de vous deux dans la voiture, et l’autre a suivi.
Ce n’était pas prévu. Et pourtant, c’était écrit.
En arrivant à la maison, j’ai tout de suite pensé à vos prénoms : Lulu et Berlue sont apparus. Mais je me suis dit que c’était trop tôt pour vous nommer, qu’il fallait d’abord savoir si vous aviez une famille. Après quelques jours de recherche, j’ai compris que vous aviez été abandonnées. Alors Lulu et Berlue sont revenus dans ma tête. Le jour de notre rencontre, je perdais une âme chère à mon cœur : une jeune femme dynamique et pétillante qui, lors de notre premier rendez-vous, n’était pas présente car sa chèvre s’était échappée… Ses initiales étaient L.B. Un clin d’œil de sa part ? Pour moi, une évidence ✨
J’ai découvert deux âmes très sauvages. Vous m’avez choisie, comme si vous saviez que j’allais respecter votre liberté d’être, comme si quelque chose nous reliait déjà.
Berlue, tu étais la plus libre, celle que l’on approche seulement dans un soupçon de silence intérieur. Je ne sais pas ce que vous avez vécu avant moi, mais quelque chose est resté inscrit, quelque chose de profond, de discret mais bien présent. Je n'ai jamais cherché plus de contacts, j’ai respecté ce que tu étais et j’ai laissé faire. Tu n’étais pas juste une chèvre… tu étais un message, un passage, une leçon de liberté.
Vous avez créé un petit troupeau de quatre chèvres avec Zola et Huguette. Tu as vite pris ton rôle de petite cheffe après le départ de Huguette et le vieillissement de Zola, ton groupe était sacré, presque intouchable.
Nous avons vécu dix années de vie commune, tu as vécu nos déménagements, ton esprit libre a été parfois difficile à accompagner dans nos changements de maison, ça a été sportif mais on l’a fait, ensemble. Vous n’avez jamais été enfermées, toujours libres d’aller où vous le souhaitiez, et c’était essentiel pour moi de vous laisser cette liberté.
Ton caractère, ton tempérament, ta détermination, ton côté indomptable m’ont aidée chaque jour à tenir le cap dans mes ambitions, car du haut de tes quelques centimètres, personne ne pouvait te faire plier. Mais le temps est venu, le temps de baisser les barrières, de faire confiance pleinement à l’autre, de se laisser aller, mais surtout le temps d’aimer et d’être aimée. C’est une autre forme de liberté, plus vulnérable, qu’est la foi en l’autre. Tu as signé la fin de ta mission à mes côtés et quand je fais le parallèle entre nous, cela me fait sourire 💞
On ne sait pas trop ce qu’il s’est passé malgré les échographies et les prélèvements, j’aurais pu pousser les recherches mais c’était pour gagner du temps, quelques jours peut-être, pas plus. Garder la vie à tout prix n’a pas de sens pour moi, surtout quand la souffrance s’installe aussi vite, presque brutalement, et que les médicaments n’ont pas eu l’effet souhaité. Alors quand on m’a dit ce lundi qu’on était sur la gestion d’une fin de vie et que je pouvais prendre une décision, j’ai compris… mais j’ai refusé dans l’instant, parce que c’était mon anniversaire et que je ne voulais pas associer cette date au départ d’un être que j’aime.
Il me manquait un signe et ce signe tu l’as transmis le lendemain : ce cri de souffrance au petit matin. Mon cœur s’est accroché, j’ai couru, presque en apnée, ta tête s’est blottie dans mon cou, mes larmes ont coulé sans retenue et j’ai su que c’était le moment.
Je suis soulagée de savoir que la souffrance n’est plus, que ton âme soit libre et que tu as rejoint nos étoiles dans le ciel 🌟 Je t’imagine courir, libre, légère, faire tes cabrioles auprès de notre reine Huguette partie il y a 4 ans. Mais je n’imaginais pas te perdre toi cette année, quand je vois nos autres petits vieux auxquels je me prépare… Mais toi, non. Tout a été si vite, trop vite.
Merci ma Berlue, merci pour ces années de folie, de joie, de bêtises, d’amour libre et sincère. Je t’aime au-delà de la séparation physique et je suis profondément fière d’avoir été ta gardienne ❤️🩹
Tu me manques...
Merci du fond du cœur aux personnes qui ont été là pour nous accompagner ce jour-là. Je n’aurais pas pu traverser ce moment sans cette présence, cette douceur et ce respect.
Ophélie 🌻