30/07/2026
Décidément !!!
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Un nouveau décret pour simplifier l’arrachage des haies en France
Publié le 25/07/2026
Tribune de Philippe Clergeau, professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle et membre de l’Académie d’agriculture de France.
C’est une situation pour le moins paradoxale : alors que diverses aides financières incitent depuis quelques années à la plantation de haies, les autorités françaises viennent d’en faciliter grandement la destruction.
Que ce soit en ville ou en campagne, la haie joue une multitude de rôles. Leur première fonction est celle de clôture. Mais elle fournit aussi divers biens aux populations, que ce soit pour du bois de chauffage, d’outillage ou de menuiserie, pour l’alimentation du bétail ou la production de fruits d’arbres spontanés, etc. Surtout, elle a un rôle environnemental de premier plan : elle fixe le sol et limite l’érosion et les inondations ; elle favorise l’infiltration d’eau et l’alimentation des nappes phréatiques ; elle a un rôle évident d’absorption de CO2 et celui dans la micro-climatologie des territoires est aujourd’hui reconnu. Elle offre également un effet brise-vent connu depuis longtemps.
Enfin, les haies servent d’habitats à de très nombreuses espèces animales et végétales, et jouent un rôle de corridors écologiques permettant la dispersion de nombreuses espèces au sein d’un territoire. C’est un écosystème à part entière qui bénéficie à l’agriculture comme à la biodiversité locale (prédateurs, pollinisateurs, etc.).
Les haies forment le paysage de bocage, typique de nombreuses régions. Elles sont l’expression d’une culture locale et d’une histoire sociale ancienne d’organisation d’un territoire. Elles témoignent des expériences et des pratiques des habitants, de leur attachement à leur milieu de vie, d’un patrimoine.
Jusqu’en 2015, pourtant, les haies ne bénéficiaient que de peu de mesures de protection et de compensation en zone agricole. La mécanisation a ainsi pu entraîner sans difficulté un remembrement soutenu dans les années 1960-1980. Encore aujourd’hui, la France perd 20 000 kilomètres de haies par an. Plusieurs aides financières existent pour accompagner leur plantation et leur gestion en zone agricole : le Plan haie, puis le Pacte en faveur de la haie qui vise 50 000 km de nouvelles haies pour 2030. Parallèlement, de nombreuses associations se chargent de promouvoir leurs plantations.
Pourtant, le gouvernement semble vouloir faciliter l’arrachage des haies en ayant ouvert fin mars 2026 un Guichet unique de la haie qui réduit plus d’une dizaine de procédures possibles d’arrachage à une seule. Ceci dans le cadre des procédures de simplification administrative souhaitées par la profession agricole. Le gouvernement assure que cette simplification n’aggravera pas l’arrachage des haies et permettra de présenter plus facilement les réglementations en cours de protection.
Mais ce nouveau guichet ne semble pas du tout propice à une préservation des haies existantes puisqu’il facilite les demandes d’arrachage. Ainsi, il est réclamé une justification du projet mais sans cadrer davantage ce qui est attendu, ni s’il existe une solution alternative satisfaisante.
Le Conseil national de protection de la nature (CNPN), mais aussi 11 000 signataires de l’enquête publique ont tiré la sonnette d’alarme. Ils soulignent comment ce nouveau décret contredit toutes les opérations en cours et compromet la transition écologique de l’agriculture française. Le collectif Réseau haies de France demande, lui, l’application de la démarche « Éviter, puis réduire, puis compenser » (loi d’août 2016) alors que le nouveau décret pousse directement vers des compensations discutables. Une nouvelle haie ne peut remplacer une vieille où un écosystème complexe s’est installé. L’Association des maires de France émet également de sérieuses réserves.
Ce nouveau dispositif est d’autant plus inquiétant que les haies demeurent plus importantes que jamais. Elles restent un des outils les plus efficaces pour gérer les inondations et protéger concrètement les captages d’eau des pollutions, pour accompagner la mise en place des pratiques agroécologiques et introduire une biodiversité dans les milieux urbains et périurbains où l’espace est compté. Sous contraintes notamment du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, la haie est un pilier indispensable à la durabilité de nos territoires.
Philippe Clergeau