01/04/2026
Ce texte de Christiane Taubira n'est pas une réaction à chaud. C'est un acte.
Elle distingue avec une précision chirurgicale ce que beaucoup confondent : l'irréparable — qui appartient à l'histoire absolue — et les réparations contemporaines, qui relèvent, elles, du droit universel. Nul ne peut esquiver cette distinction.
Ce qui me frappe, en tant que militant de la mémoire depuis plus de trente ans : la résistance à la réparation vient toujours des mêmes. Des héritiers. De ceux qui ont déjà reçu leur dédommagement légal pour la perte de leurs « biens humains ».
La France qui s'abstient aujourd'hui à l'ONU est la même France qui indemnisait les esclavagistes en 1848. Non les esclaves. Les esclavagistes. La continuité est glaçante.
Et pendant ce temps, leurs descendants — nos ancêtres libérés — héritaient, eux, de la dette. Celle qu'Haïti a mis 122 ans à rembourser à la France pour avoir osé être libre.
Taubira a raison : "nul ne se débarrassera jamais, ja-mais, du sujet." Le crime contre l'humanité est imprescriptible. La revendication l'est tout autant.
Nous ne réclamons pas la pitié. Nous réclamons la cohérence du droit.
— Philippe-Claude Éléonore EBROIN
Auteur | Président d'AFODOMI (1993–2017) | Fondateur du CASOMI (1998)
Militant de la mémoire — Le Vauclin, Martinique