04/12/2025
Témoignages très émouvants de deux adhérents de notre DT38 qui interviennent en maintien des acquis dans un ESAT de Grenoble. Smaïl en est le rapporteur :
1- Malgré ma modeste expérience comme bénévole engagé auprès d’adultes en situation de déficience intellectuelle, je suis heureux de vous faire part de mon témoignage et, par
procuration, de celui de ma co-équipière Anne-Marie L. qui est bien plus expérimentée
dans les missions du Maintien des Acquis Scolaires (communément désigné par les 3
lettres M.A.S. ou MAS tout court).
Je vais d’abord vous lire le texte intégral qu’elle m’a demandé de vous transmettre.
«Du point de vue ESAT, nous faisons partie intégrante de l’Atelier Ressources en lien
avec les équipes éducatives.
Dans cet établissement, le maintien des acquis scolaires a été mis en place depuis de
nombreuses années.
Aujourd’hui notre intervention est reconnue.
Nous apportons "une bouffée d’air" à certains usagers qui ont besoin de sortir de l’atelier
de temps en temps ; pour d’autres, ayant un projet d’évolution professionnelle, l’activité "MAS " leur permet de revoir et parfois d’approfondir leurs connaissances scolaires.
D'autres participent au MAS car ils ont des enfants scolarisés et souhaitent pouvoir les
aider.
J’ai toujours travaillé avec des personnes handicapées et depuis quelques années, je suis passée du côté des bénévoles.
J’ai toujours autant de plaisir à intervenir auprès de cette population touchée par le
handicap intellectuel, handicap psychique... ; les usagers arrivent en séance avec le
sourire. Ils sont contents et ont une réelle reconnaissance.»
Pour ma part, c’est ma deuxième année dans ce domaine.
Quand j’ai accepté cette mission, j’avais une idée assez vague de ce que j’allais vivre : je savais que j’allais aider, transmettre, accompagner… Mais je n’avais pas mesuré à quel point j’allais également recevoir.
Lorsque j’ai intégré le groupe, il y avait donc Anne-Marie L. et Dominique et la
bonne entente du trio a été déterminante. J’ai aussi été accepté de prime abord par les
apprenants parmi lesquels j’ai vu des personnes vulnérables mais sincères dans leur désir de progresser.
2- Qu’est-ce que le MAS, concrètement ?
Le MAS, ce n’est pas “refaire l’école”. C’est entretenir les compétences déjà acquises : lire, écrire, compter, comprendre une consigne, s’appuyer sur des repères. Mais c’est aussi – et peut-être surtout – développer la confiance en soi, stimuler la mémoire, la logique, l’expression orale, et encourager la participation à la vie sociale.
Le MAS est basé sur :
• des exercices de lecture et compréhension,
• des petits calculs du quotidien,
• des jeux éducatifs pour stimuler l’attention,
• des activités créatives pour valoriser l’expression,
• des situations pratiques : remplir un formulaire, lire une affiche, gérer de l’argent fictif…
En plus de ces activités menées en commun, je m’occupe, personnellement, de 2 personnes dont les acquis scolaires sont bien au-dessus de la moyenne et qui ont comme projet
d’évolution professionnelle de travailler à l’accueil de l’établissement ou en secrétariat. Je les forme au NUMÉRIQUE (MS OFFICE : Word, Excel, PPT, Outlook…).
Ce qui compte le plus, c’est le rythme individuel, le respect du niveau de chacun, et la bienveillance qui entoure chaque séance.
3- Les bienfaits pour eux.
Les effets positifs sont visibles.
D’abord, il y a le plaisir de réussir : un calcul réussi, une phrase correctement écrite, une
bonne réponse à une question orale. Ce sont des petites victoires qui ont un impact immense et leur procure la confiance en soi et une fierté, parfois mal dissimulée.
Ensuite, il y a le maintien de l’autonomie. Beaucoup d’adultes déficients mentaux perdent leurs acquis s’ils ne sont pas stimulés régulièrement. Le MAS permet de garder vivantes des connaissances qui contribuent à leur autonomie au quotidien.
Il y a aussi le lien social : venir en séance, participer en groupe, échanger, rire, s’entraider…
Cela crée un cadre rassurant où chacun trouve sa place.
Et puis, il y a l’estime de soi. Je les vois fiers, enthousiastes, parfois surpris de leurs propres capacités. Certains, qui n’osaient pas parler, prennent désormais la parole spontanément.
D’autres arrivent à rester concentrés plus longtemps. Ce sont des évolutions qui me touchent vraiment.
4- Les défis rencontrés.
Bien sûr, tout n’est pas simple. Il faut parfois répéter, recommencer, réinventer un exercice
pour qu’il devienne accessible. Il faut gérer l’inattention, la fatigue, les frustrations.
Mais j’ai compris que le rythme n’est jamais linéaire, et que ce qui compte n’est pas la
vitesse, mais la constance. À force de patience, de bonne humeur et d’adaptation, on finit par
trouver une porte d’entrée pour chacun.
Pour finir, je dirais que le bénévolat dans le cadre du MAS est une aventure humaine
exceptionnelle. Elle change ceux qu’on accompagne, mais elle nous change aussi,
profondément.
Je suis reconnaissant de pouvoir vivre ces moments, d’être témoin de ces progrès, et de
contribuer – à ma petite échelle – à leur épanouissement.
Depuis le départ de Dominique, nous ne sommes plus que 2 à gérer plus ou moins une dizaine d’apprenants et nous hésitons à recevoir d’autres candidats.
Anne-Marie L. et moi espérons que ce court exposé puisse inviter certains à essayer. Vous
découvrirez un engagement où l’on donne un peu… mais où l’on reçoit énormément.
Je me permets d'ajouter que les autres intervenants en maintien des acquis, pour un autre ESAT, partagent tout à fait ces témoignages...