21/03/2026
S : Oui, j'ai remarqué que dans l'extrême difficulté des conditions extérieures du monde, l'aspiration est beaucoup plus intense.
Mère : N'est-ce pas!
S : C'est beaucoup plus intense, c'est presque une question de vie ou de mort.
Mère : Oui, c'est cela! C'est-à-dire que l'homme est encore si fruste qu'il a besoin des extrêmes. C'est ce que Sri Aurobindo disait: pour que l'Amour soit vrai, il fallait la Haine; l'Amour vrai ne pouvait naître que sous la pression de la haine. C'est cela. Eh bien, il faut accepter les choses telles qu'elles sont et tâcher d'aller plus loin, c'est tout.
C'est probablement pour cela qu'il y a tant de difficultés – les difficultés s'accumulent ici: difficultés de caractère, difficultés de santé et difficultés de circonstances –, c'est parce que la conscience s'éveille sous l'impulsion des difficultés.
Si tout est facile et paisible, on s'endort.
C'est comme cela aussi que Sri Aurobindo expliquait la nécessité de la guerre : dans la paix, on s'avachit.
S : C'est dommage.
Mère : Je ne peux pas dire que je trouve cela très joli, mais ça paraît être ainsi.
Au fond, c'est ce que Sri Aurobindo dit aussi dans The Hour of God [L'Heure de Dieu]: «Si vous avez la Force et la Connaissance et que vous ne profitiez pas de l'occasion, eh bien... malheur à vous.»
Ce n'est pas du tout une vengeance, ce n'est pas du tout une punition, mais vous attirez une nécessité, la nécessité d'une impulsion violente – réagir contre une violence.
(silence)
C'est une expérience que j'ai d'une façon de plus en plus claire: le contact avec cet Amour divin véritable, pour qu'il puisse se manifester, c'est-à-dire s'exprimer librement, ça demande une PUISSANCE chez les êtres et dans les choses... qui n'existe pas encore. Autrement, tout se disloque.
Il y a des tas de détails très probants, mais naturellement comme ce sont des «détails» ou des choses très personnelles, on ne peut pas en parler; mais sur la preuve ou les preuves d'expériences répétées, je suis obligée de dire ceci : quand cette Puissance d'Amour PUR – merveilleuse, n'est-ce pas, qui dépasse toute expression –, dès qu'elle commence à se manifester amplement, librement, c'est comme si des quantités de choses s'écroulaient tout de suite : elles ne peuvent pas tenir. Elles ne peuvent pas tenir, c'est dissous. Alors... alors tout s'arrête. Et cet arrêt, que l'on pourrait croire une disgrâce, c'est le contraire ! c'est une Grâce infinie.
Agenda de Mère : 16 septembre 1964