01/05/2026
Jeudi 23 avril 2026 "Club-Lecture Affdu Grenoble " animé par Madeleine Kovarik et Françoise Alardet ( CR M. Kovarik )
Le livre : UN GENTLEMAN à MOSCOU
L'auteur: Amor TOWLES.
Début de séance avec un parfum de muguet .
C'est Chantal qui nous accueille dans son salon et Clotilde lui offre un beau bouquet de muguet de son jardin. Nous espérons toutes que ces clochettes apporteront du bonheur à Chantal notre présidente.
D'emblée, nous convenons que nous avons été enthousiasmées par le talent d'écriture de l'auteur, son style. On ne s'ennuie jamais . Les phrases se déroulent avec fluidité et juste au moment où l'on pourrait les trouver trop longues, une saillie intervient avec un rebondissement qui redonne un élan, entretient le rythme.
L'auteur n'hésite pas à s'adresser directement au lecteur, sur un ton familier et débonnaire. « Attendez !» nous dit-il (p.284, 515)
L'humour épice son texte et il parvient à nous fait sourire sur des réalités du régime soviétique des plus inquiétantes.
L'humour est aussi ce qui participe au charme du Comte Alexandre Ilitch Rostov dont ce roman raconte l'histoire.
Des photos de l'auteur et de l'hôtel Metropol sont présentées par Françoise
Présentation des principaux personnages.
Le luxueux hôtel Metropol.
Le comte Rostov, en tant qu'aristocrate à l'époque du dernier tsar, a été un client de cet hôtel. Mais, sous le régime soviétique, il y est assigné à résidence et le Kremlin l'a à l'oeil!
Avec quelques meubles et effets personnels, il est alors contraint à vivre dans une chambre de 9 m2 ! ( plus un placard caché) et sera exécuté s'il sortait de l'hôtel ! ( lire le PV du comité exceptionnel du commissariat du peuple aux affaires intérieures (p.11)
Mais entre les murs du Metropol, il se passe toujours quelque chose...Nous emprunterons des couloirs, ouvriront des portes dissimulées, graviront des escaliers, assisteront à d'innombrables rencontres et vivront des situations tragiques ou désopilantes... il y a ceux qui travaillent à l'hôtel, ceux qui surveillent, contrôlent, dénoncent et d'autres qui se faufilent, se cachent, élaborent des stratégies... Depuis le changement de régime, l'hôtel accueille des personnalités importantes pour des assemblées, des artistes, des voyageurs..., et d'autres résidents dont nous ferons connaissance....
Qui est le Comte Alexandre Ilitch Rostov? Que fait-il ?
Un « gentleman », tel qu'il se définit lui même lors de sa comparution devant le comité exceptionnel du commissariat du peuple , le 21 juin 1922. « Un vrai gentleman n'a pas de métier... » répond-il au procureur. (p.12)
C'est un aristocrate russe ; il s'est exilé en France un certain temps, aurait pu y rester, mais a tenu à revenir dans son pays en 1918 car il s'est toujours senti profondément russe, attaché à ses racines. Sur les raisons de son retour, il dit au procureur « le climat me manquait » ! (p.13)
Il a été arrêté en raison d'un poème qui a déplu aux autorités... ( (p.10) .(Il faut que vous lisiez le livre pour savoir plus !...)
C'est un homme élégant, très cultivé, fin gourmet. Il est toujours en mouvement et prêt à réagir, débrouillard, très observateur et fin stratège. On le voit « descendre toutes moustaches dehors la rue Tverskaîa ».
L'humour, dont il ne se départit jamais, lui permet de ne jamais se plaindre et d'accepter les revers qui l'assaillent avec élégance en faisant en sorte d'en tirer partie ( il dit avoir « rejoint la confédération des perdants »).
Ne se résignant jamais mais capable de résilience, «il fait avec» la réalité. Il a fait sienne une devise « Un homme doit maîtriser le cours de la vie , sinon il en devient le jouet » (p.231)
Homme sensible, doté d'un grand cœur, il fera preuve d'un immense amour paternel avec Nina et Sofia. La fidélité en amitié est une autre de ses valeurs.
Pour lui, la sagesse se définit par l'aptitude à être d'une bonne humeur constante et il a une philosophie qui lui fait dire «On peut revisiter notre passé avec bonheur tant qu'on le fait en s'attendant à voir presque tous ses aspects changés» (p.228)
Alors… Comment ne pas tomber sous le charme d'un tel homme ?! …
… Faisons donc maintenant la connaissance d' Anna Urbanova, « la beauté svelte » , une actrice de cinéma accompagnée de ses deux barzoïs... Elle ne laissera pas le comte indifférent !...(p.182 le ba**er)
Avec ce personnage, nous vivrons des séquences d'élégance et de volupté, des moments de désinvolture par ailleurs non dénués de profondeur. Anna est charmeuse et maline, courageuse aussi ; elle saura sauver la situation grâce à ses « connaissances » dans la sphère politique... (p.235)
..Et voici Nina Karlikova, la petite fille « habillée façon jonquille »
Elle réside dans l'hôtel et elle a un « pass » qui ouvre toutes les portes …Elle sera un fil d'Ariane pour le comte.
Elle est étonnante, telle une petite fée; elle est futée, curieuse, a des réflexion d'adulte, sait mettre le réel au centre. Elle peut être sérieuse, grave...
Elle a du caractère . « Il est hors de question que je dise merci pour des choses que je n'ai jamais demandées ». dit-elle (p.83)
… Elle partira avec son mari et deviendra une « camarade» …..puis Sofia, la fille de Nina.
Nina a confié sa fille au comte, pour la sauver. Il deviendra « oncle sasha » puis elle l'appellera « papa » ; quand on la rencontre, elle a 5 ou 6 ans , un sac à dos et une poupée de chiffon...
Elle a les yeux bleus foncés, un teint d'ivoire, des cheveux noirs ( sauf une mèche qui deviendra blanche...) Le détail est important mais n'en disons pas plus pour celles qui n'ont pas encore lu le livre
« sage » et silencieuse, elle est douée « d'intelligence et de raffinement »
Elle deviendra pianiste … là aussi, il faut lire le livre pour en savoir davantage!
D'autres personnages aux portraits évocateurs méritent notre attention, et ont un message à nous faire passer.
Michka (l'ami d'université du comte et qui sera déporté en Sibérie)
Yaroslav, le barbier
Marina, la couturière
« Le fou »
L'architecte
Richard ( un américain)
Emile, Andreï ( membres du« triumvirat » avec le comte)
… et d'autres encore...
Ne laissons pas de côté la présence d' animaux:Koutousov le chat borgne, les chiens barzoïs, les pigeons, des abeilles...
Régalons nous avec des recettes de plats cuisinés, les bons vins, les cocktails que le comte apprécie sans réserve ! Le ragoût letton (p.135), Le bar rôti (p.178), Le café avec le pain noir et le miel (p.190)
Dans ce lieu d'enfermement et de contention, l'auteur met de la vie partout jusque dans des objets comme une malle, un fauteuil ou une pendule...
Ce roman relate aussi des réalités du régime soviétique ( toujours avec humour) et nous parle d'Histoire...
La mort de Staline (Soso)
Quid du bolchevisme :« Nous n'avons peut-être pas appris grand chose... mais au moins, nous savons faire la queue » (p.403)
La manie de faire des assemblées. (p.101)
Le goût persistant de l'apparat pour les bolcheviques
Le logement à Moscou. Des lieux de prière cachés (p.462)
La pratique de la dissimulation de la réalité par Staline ( les parades..la communication mensongère... (La famine en Ukraine p.337)
La cruauté du régime (p.625)
La vie au camp, au goulag (p.423, 424) racontée par Michka
Le sort des écrivains sous Staline. La correspondance de Tchekhov censurée
(p.388, 397)
Capitalisme et communisme (p.429- 437). La vie en Amérique fait rêver.
Les plans Marshall et Molotov (p.506).. Les bombes atomiques...
Conclusion
« Un gentleman à Moscou » illustre le pouvoir qui nous est donné de faire en sorte que « l' espace-temps » puisse se dilater par la puissance de l'imagination et du rêve, dans la mesure où nous saurions aménager des aller-retour et passerelles entre passé, présent et futur , sans jamais chercher à faire revivre le passé tel qu'il a été et sans jamais non plus renier nos racines à la base de notre identité.
A l'unanimité lors de ce « club-lecture », nous avons trouvé
qu'« Un gentleman à Moscou » est un livre qui fait du bien.
Allons nous emprunter à l'élégant comte Alexandre Ilitch Rostov sa recette du bonheur qui pourrait se composer ainsi ?
Une belle et bonne dose d'humour qui parfumera l'ensemble
Un fond de bonne humeur qui a un parfum de sagesse.
Une bonne dose de souplesse pour que la pâte puisse s'adapter et rebondir.
De la poudre d'imagination à volonté
...et ne pas oublier d'introduire à l'ensemble... de belles rencontres
En espérant vous avoir donné l'envie de lire cet ouvrage ou pourquoi pas le désir de le relire, nous vous donnons RV pour un prochain club lecture en Septembre.