02/11/2025
Le Collectif Brame Éternel a pour vocation de préserver le Cerf et l'écosystème qui l'abrite en France : la Forêt.
Mais les protéger face à quelles menaces ?
On nous dit pourtant un peu partout qu'il n' y a jamais eu autant de cerfs dans notre pays et que si les peuplements boisés souffrent, certes, du réchauffement climatique, la surface forestière n'a jamais été aussi importante.
Alors pourquoi s'alarmer ?
Il convient tout d’abord de rappeler que les densités de cerfs restent faibles à l'échelle métropolitaine, au regard de celles de certains de nos voisins européens.
Mais à dire vrai, s'il n'y a jamais eu autant de cerfs en France, c'est pour la simple et bonne raison qu'après la seconde guerre mondiale, il n' y en avait quasiment plus, ce qui était d'ailleurs le cas de tous les autres ongulés sauvages et du sanglier.
C'est aussi simple que cela, c'est historique et factuel.
Dès le 19ème siècle, avec l'abolition des privilèges en 1789 et la généralisation des armes à feu, les paysans pratiquent une chasse vivrière peu réglementée à l'exception des anciennes forêts royales et de certains grands domaines privés.
L'aboutissement en est la quasi disparition des ongulés sauvages sur la quasi totalité du territoire.
Seules les grandes forêts qui deviendront domaniales à l'avènement de la République conservent des populations : Compiègne, Tronçais, Fontainebleau, pour ne citer qu'elles.
Pendant l'occupation allemande, au cours de la seconde guerre mondiale, le braconnage des locaux rationnés par l'occupant et le goût pour la gâchette de nos libérateurs américains, mettra quasiment fin à la présence du Cerf en France.
Heureusement, le domaine de Chambord, clos, a été préservé et dans les forêts de plaine où la vénerie est pratiquée, des repeuplements sont opérés dès les années 50.
Il en est de même dans nos massifs montagneux de la moitié Sud qui avaient été vidés du noble animal dès le 18ème siècle par la chasse vivrière et le déboisement.
Rappelons qu'au 19ème siècle, le Mont Aigoual dans les Cévennes aujourd'hui recouvert de forêt, était complètement pelé.
Dans ces secteurs, la déprise agricole a favorisé le retour du sauvage,de la forêt, du Cerf et du loup plus récemment.
Néanmoins, à l’échelle du pays, pour le cerf, le chevreuil, le chamois et le sanglier, c'est l'instauration du plan de chasse dans les années 60 qui a permis l'essor des populations.
Dès lors, la chasse n'est plus vivrière, mais devient uniquement un loisir.
Face à l'effondrement du petit gibier dans les plaines agricoles transformées en déserts biologiques par le remembrement et le recours à la chimie ( pesticides et autres traitements ), le grand gibier devient l'avenir de la chasse.
Il n'est donc plus question de prélever de manière irraisonnée mais de gérer les populations.
Dans le même temps, la forêt se transforme, gérée sur ses surfaces domaniales par un organisme public à vocation industrielle et commerciale, l'office national des forêts, le Cerf devient un empêcheur de planter en ligne.
Dès les années 2000, la sonnette d'alarme est tirée.
L'équilibre forêt/gibier est rompu.
Dans les faits, c'est l'équilibre entre les intérêts des forestiers, des agriculteurs et des chasseurs qui est rompu.
Et oui, le Cerf a faim, il a la fâcheuse tendance de manger et il raffole des jeunes pousses des plantations artificielles de l'ONF.
Le Cerf devient un indésirable.
Continuant sa progression en montagne où les enjeux de production sont plus faibles, dans les forêts domaniales de plaine, ces effectifs commencent par fondre comme neige au soleil.
Le problème est simple.
Dans une plantation non protégée, un cerf, même seul, est toujours de trop.
Dès lors, face à un ONF endetté qui manque de personnel et dont la gestion technocratique est un échec sur le terrain, le Cerf devient un bouc émissaire, le responsable d'une mauvaise gestion.
Cette année, en 2025, le clou a été enfoncé.
Un rapport émanant conjointement des ministères de l'agriculture et de l'environnement, préconise son extermination sur certains secteurs.
Ni plus ni moins.
Ce que personne n'avait jamais osé dire jusqu'ici est écrit.
Le Cerf n'a pas sa place dans la forêt de demain, une forêt artificielle, plantée massivement d'essences résineuses, censées être adaptées au réchauffement climatique.
Voilà ce que l’État et l'ONF nous préparent.
En réaction, le collectif Brame Éternel voit le jour.
Face au délire technocratique, face au désastre écologique, face au pari fou, avec notre argent, d’adapter la forêt, nous le répétons, par des plantations, à majorité de conifères, qui appauvrissent l'écosystème et le rendent plus vulnérable aux incendies, sans savoir quel sera le climat de demain, nous nous devons de réagir.
Réagir non seulement pour sauver le Cerf, mais aussi pour sauver nos forêts d'une exploitation brutale et d'une artificialisation dangereuse;
Nous invitons tous ceux et toutes celles qui souhaitent préserver une espèce, un symbole, un écosystème, à nous rejoindre.
De notre côté, nous faisons le pari fou que certains, que certaines arriveront à dépasser les clivages.
Dialoguer avec les chasseurs de bonne volonté, soucieux de la conservation d'un patrimoine est devenu, si cela est possible, une nécessité.
Car, aujourd'hui, le danger est de voir arriver dans nos forêts, dans certains espaces non chassés, des fonctionnaires, venir faire froidement car payés pour cela, ce que des passionnés, certes détestés par la majorité des français, n'auront pas voulu faire.
Éliminer purement et simplement le Dernier Cerf, la Dernière Harde.
Une forêt sans brame, une forêt sans âme.
Et nous laisserons l'écrivain poète Maurice Genevoix conclure cette première publication :
" Le brame s'est tu, le vent ne soulève plus les feuilles.
Les biches attendent en frissonnant, toutes seules dans la forêt morte.
La lune brille juste au-dessus d'elles."
Crédit photo : Michael Noirot